Malgré ses lourdeurs, la grand-messe de l’ONU reste «un forum adéquat», selon sa présidente

0
L’Assemblée générale de l’ONU, le 2 avril 2013 à New York. (Archives/AFP)

Des discours non-stop de 193 pays devant des travées clairsemées, des centaines d’événements parallèles au risque de la dispersion: pour Maria Fernanda Espinosa, la nouvelle présidente de l’Assemblée générale de l’ONU, la grand-messe annuelle de septembre, à New York, reste cependant « le forum adéquat ».

Les Nations unies sont « le seul endroit au monde où les chefs d’Etat ou de gouvernement peuvent venir dire ce qu’ils pensent, avoir des contacts bilatéraux avec des pays très éloignés », fait valoir lors d’un entretien avec l’AFP l’Equatorienne de 54 ans, poète, docteur en philosophie et plusieurs fois ministre.

« L’Europe peut ainsi parler avec les îles Pacifique, les îles Pacifique avec l’Amérique latine, les Caraïbes avec l’Afrique et l’Asie », souligne-t-elle.

De 09h00 à 21h00, une semaine durant, les discours s’enchaînent. Peu retiennent l’attention, sauf faits insolites, comme la Première ministre néo-zélandaise, Jacinda Ardern, confiant son bébé de trois mois à son conjoint le temps de son allocution.

Ou ces rires qui fusent lors du discours de Donald Trump. Au fait, était-ce à ses dépens ou pour marquer une connivence, comme l’a assuré le président américain?

« Je ne sais pas vraiment », répond Maria Fernanda Espinosa, amusée. « Sa réaction a été très intelligente, en disant qu’il ne s’attendait pas à cette réaction et il a souri aussi. Il a accompagné la réaction du public ».

Pour les discours, les consignes sont claires: 15 minutes maximum et ne pas parler trop vite pour éviter des traductions au lance-pierres. Elles ne sont guère respectées, ni par le Vénézuélien Nicolas Maduro, au micro pendant 50 minutes, ni par le chef de la diplomatie chinoise Wang Yi, au débit vertigineux.

« Les dirigeants ont des styles différents, ils ou elles communiquent de façon différente », concède la responsable de l’ONU.

« Le discours de la présidente de la Lituanie, une femme (Dalia Grybauskaite), a pris cinq minutes. C’était un discours complet, puissant. L’année dernière, elle avait parlé quatre minutes. Ce qui veut dire que la longueur n’a rien à voir avec la qualité », ajoute-t-elle.

Avec 450 événements –chiffre en constante hausse– organisés en marge de l’Assemblée générale, le célèbre hémicycle se vide dès le discours du président américain passé, suscitant des doutes sur un exercice coûteux en dollars et en policiers.

« J’ai envoyé le premier jour une lettre aux Etats membres pour leur demander d’être présents dans la salle. Cela a eu un effet, la salle n’est pas complètement pleine, mais il y a pas mal de délégations qui écoutent », assure la présidente.

« C’est vrai qu’il y a une dispersion à cause des événements parallèles », comme cette année sur « la prohibition des armes nucléaires ou la tuberculose, avec des centaines de ministres de la Santé », reconnaît-elle.

Mais « c’est symboliquement très important », veut croire Maria Fernanda Espinosa. « Beaucoup d’analystes disent que le multilatéralisme n’est plus efficace, des leaders mettent en cause sa validité. En même temps, cette semaine, New York a été la capitale du pouvoir du monde ».

En 2017, il y avait eu 115 chefs d’Etat et de gouvernement, « cette année, on en a eu plus de 130 », se félicite-t-elle. « Ça veut dire que le +pouvoir du monde+ trouve que les Nations unies continuent d’être le forum adéquat pour avoir des dialogues de haut niveau et prendre des décisions sur les problèmes mondiaux ».

Maria Fernanda Espinosa estime aussi qu’il « y a beaucoup à faire » pour les femmes, très peu représentées parmi les dirigeants. La question du droit des femmes sera donc « au centre de l’agenda de l’ONU » durant son mandat d’un an.

« Je vais organiser en mars une réunion avec uniquement des femmes leaders, une vingtaine de dirigeantes politiques et cheffes d’entreprises, pour avoir la voix des femmes au pouvoir sur les droits des femmes », précise-t-elle en déplorant « une régression assez importante ces dix dernières années » à leur endroit.

Les commentaires sont fermés.