Le Pentagone réfléchit à la guerre du futur

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Le Pentagone. (AFP)

Des nuées de petits drones, des navires sans pilote, des satellites intelligents: la guerre du futur sera automatisée, avec des interactions constantes entre robots et humains et des équipements moins chers et jetables, selon les projets du Pentagone dévoilés cette semaine.

Au cours de sa réunion annuelle, l’Agence pour les projets de recherche avancée de défense (DARPA), le bras scientifique de l’armée américaine, a présenté sa vision du combat de demain, où l’intelligence artificielle aura un grand rôle à jouer.

Scientifiques et généraux se sont succédé à la tribune pendant trois jours pour expliquer en quoi une bataille «en mosaïque» – associant des pilotes d’avions de combat furtifs F-35 à des «essaims» de drones de combat, de surveillance et ravitailleurs, des satellites, des navires autonomes, des sous-marins sans pilote – peut permettre de submerger les systèmes de défense adverses de données et les prendre de court.

Avec cette nouvelle approche, les scientifiques du Pentagone reconnaissent qu’ils ne pourront pas maintenir à long terme un avantage technologique sur la Russie ou la Chine.

Au lieu de fabriquer toujours plus de porte-avions à coups de milliards, tellement précieux qu’il faut tout un groupe aéronaval pour assurer leur protection, ils proposent donc d’utiliser davantage d’équipements moins chers, qui auront une durée de vie moins longue mais seront facilement remplaçables. Comme les pièces d’une mosaïque, si un élément disparaît, la vue d’ensemble reste.

Le Pentagone se prépare déjà à ce nouveau type de guerre.

Aujourd’hui, la Marine, l’armée de terre et l’US Air Force, dont les équipements sont toujours plus informatisés, utilisent des nuages séparés. En juillet, l’armée américaine a lancé un appel d’offres pour son futur nuage unique, sous le nom de code «Jedi», qui permettra à toutes les armées de communiquer entre elles.

Moins chers

Fin août, le Pentagone a accordé au groupe aéronautique américain Boeing un contrat de 805 millions de dollars pour développer son premier drone ravitailleur, le «Stingray».

Ces drones, dont la silhouette rappelle celle d’une raie manta (stingray, en anglais), seront lancés depuis un porte-avions, ce qui étendra largement le rayon d’action des appareils américains et permettra des missions qui sont actuellement impossibles.

Et vendredi, la DARPA a annoncé qu’elle allait investir 2 milliards de dollars dans la recherche sur l’intelligence artificielle pour développer des machines capables de faire efficacement le tri dans les milliards de données qu’elles recevront et de s’adapter à des situations changeantes.

La DARPA a présenté cette semaine une multitude de programmes qui vont tous dans le sens d’une automatisation, comme le projet «Blackjack», une constellation de petits satellites à bas coût (6 millions de dollars chacun) évoluant en orbite basse, qui fourniront une couverture continue pour les opérations militaires.

Si l’un des satellites est détruit par l’adversaire, un autre prendra automatiquement le relais. «Nous allons étudier, au sein de ce programme, comment nous pouvons aider les satellites à communiquer entre eux et à développer un comportement de groupe», a indiqué le directeur de la DARPA, Steven Walker, au cours d’une conférence de presse.

L’agence a confié il y a quelques mois à la société américaine Dynetics le soin de développer le programme «Gremlins», qui permettra de récupérer des essaims de drones depuis des avions de transport. L’objectif est de saturer les défenses de l’ennemi avec de grandes quantités d’aéronefs sans pilote, moins chers, qui pourront assurer des missions de reconnaissance, de surveillance ou d’appui aérien rapproché, puis de les réutiliser une vingtaine de fois.

La DARPA travaille aussi sur un sous-marin autonome capable de fonctionner sans intervention humaine sur des milliers de milles marins, ou encore le «Sea Hunter», un navire de surveillance autonome capable d’arpenter les océans pendant plusieurs mois sans intervention humaine tout en respectant les canaux de navigation commerciale. L’US Navy en a reçu cette année le premier prototype.

«C’est l’avenir», explique M. Walker. «Mettre suffisamment d’intelligence artificielle dans les machines pour qu’elles puissent effectivement communiquer et fonctionner à la vitesse de l’ordinateur en temps réel».

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