Réfugiés: les Palestiniens désemparés après la fin des financements américains

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Des Palestiniens manifestent contre les baisses de l’aide internationale, devant les locaux de l’ONU, à Gaza, le 17 janvier 2018. (AFP/Archives/MOHAMMED ABED)

Déjà convaincus que Washington veut « liquider » leur cause, les Palestiniens ont exprimé samedi leur courroux et leur désarroi après la décision américaine de stopper tout financement de l’agence de l’ONU pour les réfugiés (Unrwa), dont l’aide à des millions de personnes est désormais en jeu.

Vendredi, les Etats-Unis, qui étaient de loin les plus grands contributeurs de l’agence, ont annoncé qu’ils cessaient leur financement à l’Unrwa, aux activités « irrémédiablement biaisées », selon la porte-parole du département d’Etat Heather Nauert.

Israël a salué samedi cette décision, accusant cette organisation de « perpétuer le conflit » israélo-palestinien en entretenant l’idée –à laquelle il s’oppose– que de nombreux Palestiniens sont des réfugiés dotés du droit au retour sur les terres qu’ils ont fuies ou dont ils ont été chassés lors de la création d’Israël en 1948.

Une responsable de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), Hanane Achraoui, a de son côté dénoncé une décision « cruelle et irresponsable ».

« Les réfugiés palestiniens sont déjà des victimes qui ont perdu leurs maisons, leurs moyens d’existence et leur sécurité du fait de la création » d’Israël, a-t-elle dit dans un communiqué.

« Une fois encore, ils sont brimés par l’administration américaine qui soutient Israël et ses dizaines d’années d’occupation militaire », a-t-elle ajouté.

Elle a appelé la communauté internationale à poursuivre son soutien « jusqu’à ce que la situation critique des réfugiés palestiniens soit résolue ».

– « Impact majeur » –

L’Unrwa aide plus de trois millions de Palestiniens sur les cinq millions enregistrés comme réfugiés –notamment à travers ses écoles et ses centres de santé, dans les territoires palestiniens mais aussi au Liban, en Jordanie et en Syrie.

La peur d’un manque de fonds avait déjà fait dire à l’Unrwa qu’elle craignait de devoir fermer de façon permanente les plus de 700 écoles qu’elle gère, après des fermetures temporaires.

A Gaza, enclave surpeuplée sous blocus israélien où la plupart des enfants fréquentent les écoles de l’Unrwa, la décision américaine suscite de vives craintes au sujet de l’éducation.

« S’ils arrêtent complètement leur aide, cela aura un impact majeur sur nos enfants », a déploré Abou Mohammed Houweila, 40 ans, du camp de Jabaliya, dans le nord de la bande de Gaza.

Père de neuf enfants ayant obtenu leur diplôme dans des écoles de l’Unrwa ou encore scolarisés, il juge la décision américaine « injuste ». « Les gens n’ont pas les moyens d’acheter des sacs d’école et des livres », argue-t-il.

Un autre habitant de Gaza, Hicham Saqallah, avertit que cette décision pourrait mener à une hausse des violences.

« Arrêter l’aide aux écoles signifie détruire l’avenir d’un grand nombre d’élèves et les jeter à la rue », dit l’homme de 55 ans.

Pour M. Saqallah, il s’agit rien de moins qu’un « chantage politique » pour faire pression sur les Palestiniens.

« Je ne pense pas que cela puisse éliminer notre cause palestinienne. C’est une cause juste. Si l’aide est arrêtée, la lutte (…) se poursuivra ».

L’Agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens (Unrwa) est un intervenant essentiel auprès de millions de Palestiniens depuis sa mise en place il y a près de 70 ans, après le conflit ayant suivi la création d’Israël.

Vendredi, les Etats-Unis, de loin ses plus grands contributeurs, ont annoncé qu’ils cessaient leur financement à l’Unrwa, l’accusant de mener des activités « irrémédiablement biaisées ».

– Intervenant essentiel –

L’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient est établi en décembre 1949 par l’Assemblée générale de l’ONU après le premier conflit arabo-israélien qui a éclaté au lendemain de la création d’Israël en 1948.

Il succède à l’Aide des Nations unies aux réfugiés de Palestine (Anurp), créé un an auparavant, avec pour but de répondre plus efficacement aux besoins économiques et sociaux de l’ensemble des réfugiés palestiniens.

Jusqu’au cessez-le-feu en janvier 1949, plus de 760.000 Palestiniens avaient été poussés à l’exode par l’avancée des forces juives ou chassés de chez eux, pour la plupart vers des pays voisins.

Désormais, l’Unrwa devient le seul garant par défaut du statut international du réfugié palestinien.

Cet organisme fournit une aide à plus de trois millions de Palestiniens sur les cinq millions enregistrés comme réfugiés, notamment à travers ses écoles et ses centres de santé, dans les territoires palestiniens mais aussi au Liban, en Jordanie et en Syrie. Il existe un total de 58 camps de réfugiés reconnus par l’agence onusienne, dont 19 en Cisjordanie, un territoire palestinien occupé militairement par Israël depuis 50 ans.

Plus de 520.000 enfants étudient dans les écoles de l’Unrwa (54% de son budget va à l’éducation) qui fournit aussi des soins et une aide sociale. L’agence emploie plus de 20.000 personnes au Proche-Orient, en majorité des Palestiniens.

– Fin des financements américains –

Les Etats-Unis étaient les principaux contributeurs de l’Unrwa, avec 350 millions de dollars (300 millions d’euros) versés en 2017. L’Union européenne arrive ensuite avec la moitié de cette somme.

En janvier 2018, Washington n’a pourtant versé à l’agence que 60 millions de dollars (52 millions d’euros).

Vendredi, l’administration de Donald Trump « a décidé que les Etats-Unis ne feraient pas de contribution supplémentaire à l’Unrwa ».

Israël, qui a salué la décision américaine, accuse l’organisation de « perpétuer le conflit » israélo-palestinien en entretenant l’idée –à laquelle il s’oppose– que de nombreux Palestiniens sont des réfugiés dotés du droit au retour sur les terres qu’ils ont fuies ou dont ils ont été chassés lors de la création d’Israël.

Le directeur de l’Unrwa, Pierre Krähenbühl, a lui rappelé jeudi que l’agence est vitale jusqu’à ce que soit trouvée une solution définitive au conflit israélo-palestinien.

Les Palestiniens soulignent de leur côté que les Etats-Unis versent plus de trois milliards de dollars d’aide militaire annuelle à Israël.

Une responsable de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), Hanane Achraoui, a qualifié de « cruelle et irresponsable » la décision américaine de couper les fonds à l’Agence pour les réfugiés.

– « Répercussions très graves » –

Avant même la décision américaine, l’Unrwa se débattait dans une situation financière très difficile. L’Agence est financée quasiment entièrement par des contributions volontaires des Etats membres de l’ONU.

En 2015, elle avait failli fermer ses écoles. Le déficit de ses comptes se chiffrait à plusieurs dizaines de millions de dollars l’an dernier.

Le 30 août, la Jordanie a annoncé l’organisation d’une conférence le 27 septembre à New York pour soutenir l’agence, qui a besoin d’au moins 200 millions de dollars (170 millions d’euros) d’ici la fin de l’année. Et Berlin a annoncé une hausse « substantielle » de la contribution allemande à l’agence.

Mais le directeur des comités populaires en charge des 19 camps de réfugiés en Cisjordanie occupée, accueillant environ 500.000 Palestiniens, a averti des « répercussions très graves » de la décision américaine.

« Fin septembre, l’Unrwa n’aura plus un sou, y compris pour les écoles et les centres médicaux », a averti fin août le porte-parole de l’Unrwa, Chris Gunness.

– Actions américaines « dangereuses » –

L’ONU a dit « regretter » la décision américaine, estimant que l’Unrwa « fournit des services essentiels aux réfugiés palestiniens et contribue à la stabilité de la région ».

D’ici fin septembre, l’agence « n’aura plus un sou », avait averti mercredi son porte-parole, Chris Gunness.

« Les gens vont devenir plus désespérés et marginalisés », a-t-il dit samedi à l’AFP, mettant en garde contre les « conséquences dramatiques (…) profondes et imprévisibles » d’une telle mesure.

Selon Hugh Lovatt, un expert au think-thank European Council of Foreign Relations, la décision américaine est une façon de chercher à « écarter unilatéralement (le sujet du) droit au retour des (réfugiés) Palestiniens de la table des négociations ».

« Mais les actions américaines sont (…) dangereuses et ne marcheront pas », dit-il, estimant que le plan visant à obtenir des financements des pays accueillant les réfugiés n’était pas viable.

« Ni le Liban ni la Jordanie ne vont (les) suivre », selon lui.

Quelques initiatives ont émergé pour tenter de pallier le retrait américain. Berlin a annoncé vendredi une hausse « substantielle » de la contribution allemande à l’agence de l’ONU et a appelé ses partenaires européens à en faire autant.

La veille, la Jordanie avait annoncé l’organisation d’une conférence le 27 septembre à New York pour soutenir l’agence, qui a besoin d’au moins 200 millions de dollars (170 millions d’euros) d’ici la fin de l’année pour remplir sa mission.

La décision de Donald Trump de reconnaître unilatéralement Jérusalem comme capitale d’Israël, fin 2017, a marqué une rupture dans les relations avec les Palestiniens.

Ses dirigeants ont immédiatement coupé tout contact avec Washington, lui déniant désormais tout rôle de médiateur dans le processus de paix avec Israël, malgré les ambitions affichées par le président des Etats-Unis.

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