Les Occcidentaux impuissants face aux Russes à Idleb

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Des soldats russes et syriens au point de passage d’Abu ad Duhur, dans la province d’Idleb en Syrie, le 20 août 2018. (AFP/Archives/ George OURFALIAN)

Au-delà des cris d’alarme sur le risque de catastrophe humanitaire, les Occidentaux paraissent impuissants à stopper une offensive du régime de Damas et des Russes sur le dernier bastion rebelle de Syrie, faute de leviers d’action, estiment des experts.

« Les protestations des pays occidentaux et de l’ONU n’ont aucune influence car Damas, la Russie et l’Iran veulent en finir avec la poche d’Idleb« , analyse Fabrice Balanche, spécialiste du Moyen-Orient à l’Université Lyon-2.

Pour Robert Malley, président de l’International Crisis Group, centre d’analyse des conflits à Washington, c’est même tout « le système international qui a failli en Syrie, le rôle des Nations unies, leur capacité à régler des conflits ».

L’aviation russe, allié du régime Assad, cible la province syrienne d’idleb.(OMAR HAJ KADOUR/AFP)
Après avoir repris une bonne partie du pays aux rebelles et jihadistes, le président Bachar al-Assad, appuyé par l’aviation russe, a lancé une campagne de bombardements sur la province d’Idleb (nord-ouest), prélude à une offensive terrestre de grande envergure.

Européens et Américains ont mis en garde contre un désastre humanitaire dans cette région frontalière de la Turquie où s’entassent près de trois millions de civils, pour partie refoulés d’autres fiefs déjà reconquis par le régime.

Ils redoutent aussi un nouvel afflux de réfugiés vers l’Europe, déjà secouée par la question migratoire, et un regain de la menace jihadiste avec la dispersion de combattants radicaux hors de Syrie.

« Il y a beaucoup de battage des Occidentaux pour montrer leur mauvaise humeur face à la victoire du régime et des Russes qui s’annonce (…) Mais ils ne feront rien », estime Fabrice Balanche.

Un constat amer partagé par les diplomates européens. « On ne peut pas peser militairement avec des Kalachnikov ou des avions, nous ne faisons pas la guerre (à Idleb) ! Nos moyens sont d’abord de pression politique », lance l’un d’eux, fin connaisseur du dossier syrien.

Cette pression se résume en un avertissement à l’adresse de Vladimir Poutine, le risque d’un élargissement du conflit à d’autres acteurs régionaux, et une menace, celle de laisser la Russie seule face au lourd fardeau de la reconstruction de la Syrie.

« Il ne faut pas se faire d’illusion sur l’impact de ce type de discours », note toutefois Michel Duclos, ancien ambassadeur de France en Syrie et conseiller spécial de l’Institut Montaigne à Paris.

« Le chantage occidental, européen à la reconstruction, Poutine et Assad s’en moquent complètement. Ils savent que l’Europe finira par céder car elle ne supportera pas une nouvelle vague de réfugiés syriens », renchérit Fabrice Balanche.

Pour Michel Duclos, les Occidentaux ne sont toutefois pas totalement dénués de cartes. « La vraie réponse à une attaque violente contre Idleb soutenue par la Russie c’est de suspendre Nordstream 2 », le projet controversé de gazoduc reliant la Russie à l’Allemagne, dit-il.

« On peut aussi proposer une action collective (avec les Russes) contre les jihadistes plus ou moins affiliés à Al-QAïda » à Idleb, esquisse-t-il également.

Ces combattants, de l’ordre de 10.000 à 15.000, constituent un « risque sécuritaire » direct pour l’Europe, a mis en garde mardi le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian.

Dans ce complexe meccano syrien, les Occidentaux comptent avant tout sur la Turquie, engagée juqu’ici au côté de la Russie et de l’Iran dans la recherche d’un règlement politique mais farouchement opposée à une offensive qui menacerait directement la rébellion proturque à Idleb.

« Le président turc Erdogan n’est pas prêt à valider n’importe quel plan d’action russe. Nous n’avons pas non plus d’indication que les Russes soient prêts à balayer les intérêts turcs dans la région », considère une source française proche du dossier.

L’affaire d’Idleb pourrait aussi rapprocher les Occidentaux et la Turquie après une série de crises qui ont conduit Ankara à se tourner vers la Russie.

« Le seul espoir des Occidentaux, c’est que la Turquie change de camp, se rapproche d’eux (..) C’est toute la géopolitique régionale qui est en jeu dans cette affaire », pointe Fabrice Balanche.

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