Syrie: raids russes sur Idleb le jour même du sommet tripartite à Téhéran

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Selon l’OSDH, l’aviation russe a ciblé le sud-ouest d’Idleb, près de la localité de Hobait, non loin de la ligne de démarcation entre territoire insurgé et secteur gouvernemental, alors même que se tenait le sommet tripartite Russie-Iran-Turquie à Téhéran sur le sort de la province syrienne. (OMAR HAJ KADOUR/AFP)

Des raids russes ont visé vendredi des positions djihadistes et rebelles dans la province d’Idleb, faisant cinq morts dans l’ultime grand bastion insurgé de Syrie dont le sort a fait l’objet d’un sommet ce jour à Téhéran, a rapporté une ONG.

Les forces du régime syrien ont massé des renforts aux abords d’Idleb, une province frontalière de la Turquie qu’elles veulent reprendre aux insurgés, et mené ces derniers jours des bombardements à l’artillerie sur la région, tandis que l’aviation de l’allié russe intervient de manière sporadique, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

Les frappes russes ont visé vendredi des positions de Hayat Tahrir al-Cham, l’organisation djihadiste créée par l’ex-branche syrienne d’Al-Qaïda qui domine Idleb (nord-ouest), ou encore celle d’Ahrar al-Cham, un puissant groupe rebelle islamiste, a indiqué l’OSDH.

L’armée russe a ciblé le sud-ouest d’Idleb, près de la localité de Hobait, non loin de la ligne de démarcation entre territoire insurgé et secteur gouvernemental, selon l’OSDH.

«L’objectif était de détruire les fortifications des insurgés», a indiqué le directeur de l’Observatoire, Rami Abdel Rahmane, précisant que quatre combattants de Ahrar al-Cham ont été tués et 14 autres blessés quand leur position a été visée.

Après les victoires du régime de Bachar al-Assad et de son allié russe, remportées ces derniers mois près de la capitale Damas et dans le sud de la Syrie, la province d’Idleb est dans leur collimateur.

Dominée par les jihadistes du groupe Hayat Tahrir al-Cham (HTS), cette province du nord-ouest syrien a accueilli ces dernières années des dizaines de milliers de rebelles et civils, évacués d’autres bastions insurgés repris par le régime.

Le 15 décembre 2016, l’émissaire de l’ONU Staffan de Mistura avertit que la ville d’Idleb, où se réfugient les combattants et leurs familles évacués d’Alep, ville reprise par le régime après une offensive dévastatrice, risque de devenir « la prochaine Alep ».

Dès octobre, le président Assad avait déclaré qu’il utiliserait une victoire à Alep comme un « tremplin » pour capturer d’autres bastions rebelles.

En décembre 2017, les forces du régime, appuyées par l’aviation russe, lancent une opération à la périphérie de la province d’Idleb.

L’objectif pour le régime est de conquérir le sud-est d’Idleb pour « sécuriser » une route qui relie Alep à la capitale Damas, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

Plusieurs semaines de combats meurtriers permettent au régime de prendre le contrôle de quelque 400 localités, ainsi que de l’aéroport militaire d’Abou Douhour, situé dans le sud-est d’Idleb.

Le 16 mai 2018, Staffan de Mistura affirme que « si le scénario de la Ghouta se répète à Idleb, il pourrait être six fois pire » en termes de destruction et de victimes.

La Ghouta orientale, bastion insurgé aux portes de Damas, a été reconquis par le régime au terme d’une offensive destructrice ayant tué plus de 1.700 civils, selon l’OSDH.

Le 26 juillet 2018, Bachar al-Assad déclare: « Idleb est désormais notre but, mais ce n’est pas le seul ». « L’armée, et c’est à sa discrétion, décidera des priorités et Idleb est l’une de ses priorités », ajoute-t-il.

Le 9 août, les forces du régime bombardent des positions rebelles et jihadistes dans la province et larguent des tracts appelant les habitants à se rendre.

« Ces bombardements sont le prélude à un assaut mais il n’y a pas encore d’avancée au sol », selon l’OSDH. Des renforts militaires, incluant soldats, équipements, véhicules et munitions, affluent vers la région.

Le 22 août, le groupe jihadiste Hayat Tahrir al-Cham (HTS) met en garde les formations rebelles contre tout accord de « réconciliation » avec Damas, comme ceux conclus dans d’autres bastions insurgés.

Le 24 août, le chef de la diplomatie turque Mevlüt Cavusoglu, en visite à Moscou, met en garde contre une « catastrophe » en cas d’offensive. « Néanmoins, il est très important que ces groupes radicaux, les terroristes, soient mis hors d’état de nuire », déclare-t-il.

Le 29, son homologue russe Sergueï Lavrov dit espérer que les pays occidentaux ne vont pas « entraver l’opération antiterroriste » à Idleb.

« Il est urgent de dissocier ce qu’on appelle l’opposition modérée des terroristes et de préparer une opération contre eux, en minimisant autant que possible les risques pour la population », a-t-il affirmé. « Dans tous les cas, il est nécessaire de liquider cet abcès ».

Le 29 août, le patron de l’ONU Antonio Guterres met en garde contre « les risques croissants d’une catastrophe humanitaire en cas d’opération militaire à grande échelle ». L’ONU craint jusqu’à 800.000 déplacés en cas d’offensive.

Le 4 septembre, la Maison Blanche prévient que les Etats-Unis et ses alliés réagiront rapidement si le régime syrien a de nouveau recours aux armes chimiques, en particulier dans la province d’Idleb.

Le 7 septembre, des raids russes visent des positions de Hayat Tahrir al-Cham et d’Ahrar al-Cham, puissant groupe rebelle islamiste, dans le sud-ouest d’Idleb.

Le même jour, réunis en sommet à Téhéran, les présidents iranien, russe et turc ne parviennent pas à surmonter leurs divergences sur la question d’Idleb. Les trois dirigeants conviennent cependant de continuer à « coopérer » en vue d’une solution permettant d’éviter les pertes civiles. Le sommet est marqué par une joute verbale entre les présidents turc Recep Tayyip Erdogan et russe Vladimir Poutine, affichant leur désaccord sur un cessez-le-feu.

Staffan de Mistura plaide devant le Conseil de sécurité de l’ONU pour imposer un « ultimatum » aux combattants à quitter les zones peuplées à Idleb où des « routes d’évacuation volontaire » pourraient aussi être créées pour les civils.

Un berger a également été tué, et quatre autres personnes ont été blessées, a indiqué l’Observatoire, sans préciser s’il s’agissait de civils ou combattants.

Sur l’un des sites touchés par un raid russe, les Casques blancs, des secouristes en zone rebelle, utilisaient un bulldozer pour déblayer les décombres et retrouver des victimes, a constaté un collaborateur de l’AFP. Creusant à main nue, ils ont sorti des gravats un corps sans vie et recouvert de poussière blanche.

Ces raids ont eu lieu le jour d’une rencontre à Téhéran entre le président iranien Hassan Rohani et ses homologues russe Vladimir Poutine et turc Recep Tayyip Erdogan, et quelques heures avant une réunion du Conseil de sécurité de l’ONU convoquée par Washington sur la situation à Idleb.

Au cours de cette réunion, l’Iran, la Turquie et la Russie ont convenu de régler «dans un esprit de coopération» le sort de la province d’Idleb, semblant malgré tout camper sur leurs positions.

MM. Rohani et Poutine ont ainsi insisté sur la nécessité de continuer à combattre «le terrorisme» en Syrie tout en limitant les dommages pour les civils pendant que M. Erdogan réclamait un «cessez-le-feu» à Idleb.

La guerre en Syrie a débuté en 2011 après la répression sanglante par le régime de manifestations populaires en faveur de réformes démocratiques. Elle a fait plus de 350 000 morts et des millions de réfugiés.

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