L’aviation russe bombarde la province d’Idleb, Trump, impuissant, met en garde Syrie, Russie et Iran

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Des soldats russes et syriens au point de passage d’Abu ad Duhur, dans la province d’Idleb en Syrie, le 20 août 2018. (AFP/Archives/ George OURFALIAN)

L’aviation russe a bombardé mardi plusieurs zones de la province d’Idleb, dernier grand bastion insurgé du nord-ouest de la Syrie qui fait l’objet d’un ultime ballet diplomatique pour éviter une offensive du régime de Damas, selon une ONG.
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Mise à jour, 04/09/2018, 16h17

Les Etats-Unis ont renouvelé mardi leur avertissement au régime de Damas, prévenant qu’ils réagiraient « rapidement » si le président Bachar al-Assad utilisait des armes chimiques dans la province d’Idleb, dernière région syrienne contrôlée par la rébellion où l’ONU craint un « bain de sang ».

« Soyons clairs, notre position, ferme, reste inchangée: si le président Bachar al-Assad décide d’utiliser une nouvelle fois des armes chimiques, les Etats-Unis et leurs alliés répondront rapidement et de façon appropriée », a indiqué la Maison Blanche dans un communiqué.

Les Etats-Unis, président en exercice du Conseil de sécurité en septembre, organiseront vendredi matin une réunion de cette instance sur la situation à Idleb en Syrie dont le régime de Bachar al-Assad veut reprendre le contrôle avec un soutien russe, a aussi annoncé mardi l’ambassadrice américaine à l’ONU, Nikki Haley.

11h40

Paris a estimé mardi qu’il fallait laisser la porte « ouverte à la négociation » pour éviter une « situation dramatique » dans la province d’Idleb, dernier grand bastion insurgé en Syrie, sous la menace d’une offensive du régime de Damas.

« Le régime et ceux qui le soutiennent ont le sentiment d’avoir gagné la guerre » mais « on ne gagne jamais la guerre si on ne sait pas gagner la paix », a déclaré à l’AFP le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, à l’issue d’une visite à Abou Dhabi.

11h22

L’envoyé spécial de l’ONU pour la Syrie a exhorté mardi le président russe Vladimir Poutine et son homologue turc, Recep Tayyip Erdogan, à se parler en urgence « au téléphone » pour éviter un bain de sang à Idleb (Syrie).

S’exprimant lors d’un point de presse à Genève, Staffan de Mistura a appelé « le président Poutine et le président Erdogan à parler et (…) trouver une solution, (…) une solution douce à cette crise », estimant que cet appel téléphonique devait avoir lieu avant le sommet entre le président iranien Hassan Rohani avec ses homologues russe et turc le 7 septembre en Iran, vu l’urgence de la situation.

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«Les avions russes ont de nouveau bombardé la province d’Idleb après une pause de 22 jours», a indiqué à l’AFP le directeur de l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), Rami Abdel Rahmane.

Ces raids interviennent «au lendemain des frappes rebelles contre des positions des forces du régime dans la province voisine de Lattaquié qui ont fait trois morts», selon M. Abdel Rahmane.

La province côtière de Lattaquié est l’un des principaux fiefs du régime syrien dont est originaire la famille Assad.

À Idleb, les frappes russes ont ciblé mardi plusieurs secteurs du sud et du sud-ouest de la province, selon l’OSDH, qui cite notamment Jisr al-Choughour, dominée par le groupe djihadiste Hayat Tahrir al-Cham (HTS, ex-branche syrienne d’Al-Qaïda) et Ariha, contrôlée par les rebelles.

Le régime de Bachar Al-Assad amasse depuis plus d’un mois d’importants renforts aux abords de la province d’Idleb et des poches adjacentes sous contrôle rebelle ou jihadiste, en vue d’une opération militaire d’envergure.

Des bombardements sporadiques contre le bastion anti-Assad avaient commencé le 10 août, avant de perdre en intensité.

Moscou accuse les rebelles d’être à l’origine des drones envoyés vers la base militaire russe de Hmeimim, à Lattaquié, souvent abattus par les forces russes.

Selon les experts, une éventuelle offensive contre Idleb serait limitée et ne viserait que des secteurs périphériques, à proximité des zones tenues par le régime syrien.

HTS contrôle environ 60% de la province, tandis que d’importants groupes rebelles islamistes y sont regroupés au sein du Front national de libération (FNL).

Le régime syrien cherche à reconquérir ce bastion après avoir chassé rebelles et djihadistes de plusieurs autres grands bastions qu’ils contrôlaient en Syrie.

Selon l’ONU, une offensive contre Idleb pourrait faire jusqu’à 800 000 déplacés et provoquer «une catastrophe humanitaire».

Le conflit en Syrie, déclenché en 2011 avec la répression par le régime de manifestations pro-démocratie, a déjà fait plus de 350 000 morts et des millions de déplacés et réfugiés.

Trump, impuissant, met en garde Syrie, Russie et Iran contre une offensive sur la province d’Idleb

Le président américain Donald Trump a mis en garde lundi la Syrie, la Russie et l’Iran contre une offensive à Idleb, dernière région syrienne contrôlée par la rébellion, déclarant qu’une telle opération pourrait provoquer une « tragédie humaine ».

L’avertissement de Washington est intervenu alors que le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif venait de rencontrer lundi à Damas le président syrien Bachar al-Assad.

« Le président de la Syrie Bachar al-Assad ne doit pas attaquer imprudemment la province d’Idleb. Les Russes et les Iraniens commettraient une grave erreur humanitaire en prenant part à cette potentielle tragédie humaine », a tweeté Donald Trump.

« Des centaines de milliers de personnes pourraient être tuées. Ne laissons pas cela se produire! », a-t-il ajouté.

Depuis plusieurs semaines, le pouvoir de Damas masse des troupes aux abords de la province d’Idleb, située dans le nord-ouest de la Syrie, à la frontière avec la Turquie.

La province est dans le collimateur du régime et de son allié russe, qui visent particulièrement les jihadistes de Hayat Tahrir al-Cham, un groupe dominé par les combattants de l’ex-branche syrienne d’Al-Qaïda.

La Turquie, parrain de certains groupes rebelles, a elle aussi déployé des troupes dans la région. Elle cherche pour sa part à éviter un assaut, qui provoquerait un nouvel afflux massif de réfugiés sur son territoire.

Les Nations Unies et des ONG ont averti qu’une attaque d’envergure sur Idleb pourrait entraîner une catastrophe humanitaire d’une ampleur inédite depuis le déclenchement du conflit syrien en 2011.

Mais la Russie et l’Iran déclarent que les groupes extrémistes présents dans la province d’Idleb doivent être vaincus, et devraient apporter leur soutien au pouvoir syrien si une offensive est déclenchée.

Depuis début 2017, l’Iran, la Russie et la Turquie ont soutenu des négociations dans la capitale du Kazakhstan, Astana, pour tenter de faire cesser les hostilités en Syrie.

L’Iran et la Russie ont apporté un soutien politique, financier et militaire régulier au président Assad tout au long du conflit.

– Sommet tripartite en Iran –

La visite du chef de la diplomatie iranienne à Damas est intervenue quelques jours avant un sommet tripartite sur la Syrie qui doit réunir en Iran vendredi 7 septembre les présidents russe Vladimir Poutine, iranien Hassan Rohani et turc Recep Tayyip Erdogan.

M. Poutine évoquera avec ses homologues les « efforts communs visant à assurer une normalisation à long terme en Syrie », a indiqué le Kremlin.

Le processus de paix dit d’Astana a permis notamment de mettre en place plusieurs « zones de désescalade » en Syrie, ravagée depuis 2011 par une guerre qui a fait plus de 350.000 morts.

La France a comme les Etats-Unis exprimé « sa préoccupation » devant la possibilité d’une offensive d’envergure sur la province d’Idleb.

Une telle opération « entraînerait des conséquences désastreuses » et « engendrerait une nouvelle catastrophe humanitaire et migratoire majeure », a déclaré le ministre français des Affaires étrangères.

L’International Crisis Group (ICG), un centre de réflexion basée à Bruxelles, a estimé qu’une offensive des forces syriennes contre Idleb pouvait encore être évitée et il a appelé à une solution négociée.

Selon l’ICG, la Russie, dont l’appui aérien serait un élément décisif d’une offensive sur Idleb, doit comprendre qu’un bain de sang dans ce dernier fief de rebelles et de jihadistes nuirait à ses intérêts.

« En soutenant une offensive majeure, la Russie risque de compromettre ses objectifs politiques à long terme », écrit l’ICG dans une étude « Sauver Idleb de la destruction ».

La Russie doit éviter l’option militaire dans la mesure où elle « cherche non seulement à garantir la victoire militaire du régime », mais aussi sa « relégitimation (sur le plan) international », fait valoir l’ICG.

– Processus « moribond » –

Malgré la mise en garde lancée lundi par M. Trump, des experts relèvent que les Etats-Unis semblent résignés à la perspective d’une victoire finale des forces gouvernementales syriennes.

Pour Jonas Parello-Plesner, un chercheur au Hudson Institute à Washington, les avertissements américains ont peu à voir avec la réalité actuelle en Syrie.

Et la réalité est qu' »Assad avance sur le terrain, aidé par l’Iran au sol et par la Russie dans les airs », pendant que les Etats-Unis placent leurs espoirs dans le processus de paix de Genève soutenu par l’ONU que l’on peut qualifier de « moribond », a relevé ce chercheur.

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