Khashoggi: plus aucun nouveau permis d’exportation de matériel militaire canadien vers l’Arabie

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Un CMI Defence Cockerill CT-CV 105HP monté sur un VBL fait feu. (Archives/CMI Defence)

Plus aucun nouveau permis d’exportation vers l’Arabie saoudite ne sera accordé par Ottawa jusqu’à nouvel ordre, a indiqué aujourd’hui depuis Winnipeg la ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland.

«Étant donné que nous examinons les permis d’exportation existants, nous n’allons pas en signer d’autres pendant cette période », a-t-elle déclaré après avoir été questionnée au sujet du contrat de vente de véhicules blindés à Riyad.

L’examen des permis d’exportation existants auquel fait référence la ministre avait été annoncé depuis Ottawa quelques minutes plus tôt par le premier ministre Justin Trudeau, qui a indiqué que le gouvernement canadien procède à une révision des permis d’exportation vers l’Arabie saoudite, sans toutefois préciser quelle pourrait être la pénalité à laquelle s’exposerait Ottawa s’il résiliait le contrat de véhicules blindés d’une valeur de 15 milliards de dollars.

Il avait évoqué quelques jours plus tôt en entrevue avec la radio de la radio de la chaîne publique canadienne de langue anglaise CBC, le chiffre de un milliard de dollars canadiens: «Je ne veux pas que les Canadiens se retrouvent avec une facture d’un milliard de dollars. Alors nous manœuvrons très prudemment, et c’est pas mal tout ce que je peux dire là-dessus», a soutenu Justin Trudeau.

Décision d’autant plus difficile à prendre quand on sait que, si on exclut les États-Unis, l’Arabie saoudite est le premier acheteur de marchandises et de technologies militaires canadiennes.

De nouveau interrogé sur la question des pénalités en conférence de presse ce jeudi, le premier ministre a tout de même parlé de milliards de dollars: «Ça pourrait nous coûter des milliards de dollars de sortir de ce contrat, mais je ne peux pas donner plus d’information que ça […] à cause des clauses de confidentialité », a-t-il déclaré.

Le premier ministre Trudeau a également expliqué que la suspension des permis pourrait permettre à Ottawa de s’accorder des «moments» et d’avoir un «levier afin d »exiger plus de réponses» de Riyad:

«On fait partie d’une communauté internationale qui a des questions graves pour l’Arabie saoudite sur le comportement des Saoudiens par rapport au meurtre de Jamal Khashoggi.Tant qu’il n’y aura pas des réponses, nous allons continuer de chercher des moyens de mettre de la pression concertée sur ce pays pour s’assurer qu’ils comprennent l’importance de respecter les droits de la personne et la liberté de la presse».

Depuis le meurtre du journaliste du Washington Post Jamal Khashoggi dans un consulat à Istanbul, la communauté internationale multiplie les pressions sur l’Arabie saoudite, mais pour l’instant seule l’Allemagne, dont les ventes d’armes au royaume saoudien sont relativement modestes, s’est prononcée en faveur d’une annulation des exportations militaires vers l’Arabie saoudite.

À Paris, les autorités françaises ont choisi de temporiser: «Nous ne prendrons aucune décision hâtive sur nos relations avec l’Arabie Saoudite tant que les faits ne seront pas établis » a confié mercredi une source à l’Elysée.

Quant au président américain, Donald Trump, pas question de sacrifier les sacro-saintes ventes d’armes américaines au royaume saoudien: « Je n’aime pas l’idée de mettre fin à un investissement de 110 milliards de dollars » (la dernière commande de matériel militaire américain par l’Arabie Saoudite), a déclaré l’occupant de la Maison Blanche.

«Vous savez ce qu’ils vont faire ? » d’ajouter Trump, «Ils vont prendre cet argent et le dépenser en Russie ou en Chine, ou le placer ailleurs. Cela nous fait beaucoup plus de mal qu’à eux».

L’Arabie est derrière l’Inde le deuxième importateur mondial d’armements, selon l’Institut international de recherche sur la paix, basé à Stockholm (Sipri).

Il restera donc à voir si le Canada ira jusqu’à l’annulation des contrats existants, mais la décision d’aujourd’hui représente aux yeux du premier ministre canadien un coup de semonce. Sera-t-il suivi d’effet ?

«Il n’y aura aucun effet positif si nous restons les seuls à arrêter les exportations et si en même temps d’autres pays comblent le trou», prévenait pour sa part cette semaine le ministre allemand de l’Économie, Peter Altmaier.

Fondateur de 45eNord.ca, Nicolas est passionné par la «chose militaire». Il suit les Forces armées canadiennes lors d'exercices ou d'opérations, au plus près de l'action. #OpNANOOK #OpATTENTION #OpHAMLET #OpREASSURANCE #OpUNIFIER #OpIMPACT #OpLENTUS

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