Fusillade au palais du gouverneur de Kandahar en présence du commandant des forces de l’OTAN

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Afghanistan: plusieurs morts le 18 octobre lors d’une fusillade dans le palais du gouverneur de Kandahar lors d’une réunion avec le commandant des forces de l’OTAN, le général américain Scott Miller. (Resolute Support)

Plusieurs personnes ont été tuées et plusieurs autres blessées lors d’une fusillade jeudi à l’intérieur du palais du gouverneur de la province de Kandahar en présence du commandant des forces de l’Otan en Afghanistan, a-t-on appris auprès de responsables.
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Mise à jour 18/10/2018, 10h51

Les médias afghans confirment la mort du gouverneur Zalmai Wesa et du chef du NDS pour la province de Kandahar.

Selon un porte-parole du Pentagone, le lieutenant-colonel Kone Faulkner, « le général Miller n’était pas visé ». Seuls étaient ciblés « le général Raziq et/ou le gouverneur » Zalmai Wesa, a-t-il ajouté. Mais, autre son de cloche chez les talibans qui ont revendiqué l’attaque, le porte-parole des talibans, Zabihullah Mujahid , indiquant sur son compte twitter que « La cible était le général Miller et le général Raziq ».
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Mise à jour 19/10/2018, 13h47

Les autorités afghanes ont décidé de repousser d’une semaine les élections législatives prévues samedi dans la province de Kandahar, dans le sud de l’Afghanistan, après une attaque des talibans jeudi qui décimé l’état-major sécuritaire provincial.

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Les talibans ont aussitôt revendiqué l’attaque.

Le général américain Scott Miller « n’est pas blessé », a indiqué dans un communiqué le porte-parole de la mission de l’Otan, le Colonel Knut Peters.

Trois Américains ont été blessés dans l’échange de coups de feu : un civil, un militaire et un employé d’une société de sécurité privée, a-t-on poursuivi de même source.

« Le tireur était un des gardes du corps du gouverneur. Il a été abattu », a affirmé à l’AFP la source sécuritaire à Kandahar. Dans leur message de revendication, les talibans ont affirmé que l’auteur de la fusillade était « un infiltré ».

« Le général Raziq et le chef provincial du NDS – les services de renseignement afghans – ont été tués et le gouverneur lui-même est dans un état critique », a dit à l’AFP un responsable de la sécurité à Kandahar.

Considéré comme un pilier du régime face aux insurgés, auxquels il livrait un combat sans merci, dans la province disputée de Kandahar, le général Abdul Raziq avait jusqu’alors survécu à de nombreux attentats.

Six gardes du corps et deux membres des NDS ont été blessés, a ajouté la source sécuritaire, qui a requis l’anonymat.

Selon le centre de soutien aux médias en Afghanistan, le NAI, un journaliste aurait également été tué lors de la fusillade.

Un responsable de l’hôpital de Kandahar a indiqué à l’AFP que plusieurs hauts responsables avaient été admis aux urgences. Il ne pouvait fournir davantage de précisions dans l’immédiat.

Un photographe correspondant de l’AFP était présent avant la fusillade à la réunion de sécurité entre le général Miller et le général Raziq. « Dès que je suis sorti du bâtiment, la fusillade a commencé », a-t-il témoigné. Les forces de sécurité bouclent les alentours du palais, a-t-il ajouté.

Des élections législatives sont prévues samedi en Afghanistan et les forces de sécurité sont en alerte, les talibans et le groupe Etat islamique (EI) ayant annoncé qu’ils mèneraient des attaques.

Au moins dix candidats ont été tués dans des attaques ciblées. Mercredi, un ancien général de l’armée afghane qui avait combattu les talibans et candidat aux législatives dans la province d’Helmand (sud) avait péri dans un attentat revendiqué par les talibans.

La campagne électorale a été ponctuée d’attentats au cours de rassemblements électoraux qui ont provoqué la mort de dizaines de civils.

Quelque 54.000 membres des forces de sécurité sont sur les dents pour assurer la sécurité de 5.000 bureaux de vote. Pour des raisons de sécurité, 2.000 autres n’ouvriront pas.

Dangereux vide sécuritaire après la mort du général Raziq, l’homme fort anti-talibans

Le général Abdul Raziq, qui avait échappé à de nombreuses tentatives d’assassinats, a succombé jeudi a une énième attaque des talibans qui ont réussi à infiltrer une réunion de hauts responsables et éliminent ainsi un de leurs plus farouches opposants.

Le controversé chef analphabète de la police provinciale de Kandahar, décrit comme «le tortionnaire en chef» par Human Rights Watch, avait gravi les échelons pour devenir l’un des responsables de sécurité les plus puissants d’Afghanistan.

Considéré comme un rempart contre l’insurrection talibane, sa mort laisse un dangereux vide sécuritaire dans le sud du pays, berceau du mouvement taliban. Cette partie du pays pourrait désormais « tomber » dans les mains du groupe insurgé, selon un observateur.

«C’est lui qui garantissait la sécurité à Kandahar», a déclaré un diplomate étranger à Kaboul.

Abdul Raziq, 39 ans, qui contrôlait la région d’une main de fer, était autant adulé de la population afghane que détesté des talibans qui l’accusent d’avoir exécuté sommairement 3000 de leurs membres.

Et malgré une litanie d’accusations de torture et d’exécutions qu’il a toujours niées, il était «un grand ami» du général Scott Miller, commandant en chef des forces de l’OTAN et de l’armée américaine en Afghanistan.

«L’Afghanistan a perdu un patriote, mes condoléances au peuple afghan. Le bien qu’il a fait pour le pays ne sera jamais oublié», a-t-il tweeté jeudi.

Abdul Raziq, qui avait trois épouses, combattait les talibans depuis que ceux-ci avaient tué son père et son oncle en 1994, deux ans avant de prendre le pouvoir sur l’ensemble du pays.

Lorsque les États-Unis sont intervenus en Afghanistan après les attentats du 11 septembre 2001, M. Raziq a aidé à terrasser les talibans dans le Sud et a été nommé chef de la police de district.

Dans une entrevue accordée à l’AFP l’an dernier, Abdul Raziq avait déclaré que les talibans avaient tenté de l’assassiner «d’innombrables fois». Il disait se souvenir d’au moins 20 tentatives, dont au moins huit attentats-suicides.

Il avait miraculeusement survécu à un attentat en 2017 qui avait causé la mort de l’ambassadeur des Émirats arabes unis en Afghanistan.

«Quand les talibans sont déterminés à me tuer, moi, mes soldats et mon peuple, je ne peux pas être doux avec eux, et je ne pourrai jamais leur pardonner», disait-il.

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