Afghanistan: les élections repoussées d’une semaine à Kandahar après l’attaque talibane

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Des policiers surveillent un check-point à Kandahar, le 18 octobre 2018. (AFP/JAWED TANVEER)

Les autorités afghanes ont décidé de repousser d’une semaine les élections législatives prévues samedi dans la province de Kandahar, dans le sud de l’Afghanistan, après une attaque des talibans jeudi qui décimé l’état-major sécuritaire provincial.

« A la suite de la réunion du conseil de sécurité national, il a été décidé de repousser d’une semaine les élections à Kandahar », a indiqué dans un communiqué un porte-parole de la présidence afghane.

La Commission électorale indépendante (CEI), qui organise le scrutin, annoncera une nouvelle date, est-il précisé. Le reste du pays votera comme prévu samedi pour renouveler le parlement afghan.

Les préparatifs du vote à Kandahar (sud), berceau des talibans, ont été mis à mal par une attaque revendiquée par les talibans. Un garde du corps « infiltré » a tué notamment le chef des services secrets de la province mais surtout le puissant et redouté chef de la police de Kandahar, le général Abdul Raziq, « cible » des talibans.

Un journaliste de la télévision afghane a également été tué.

Treize autres personnes ont été blessées, dont le responsable de la police pour le sud du pays ainsi que le gouverneur de la province, soit la quasi-totalité de l’état-major sécuritaire de la province.

Le général Scott Miller, commandant en chef de l’armée américaine et de l’Otan en Afghanistan, présent au moment de cet « événement tragique », s’en est sorti indemne.

« Je n’étais pas la cible. C’était un espace confiné très étroit mais j’estime que je n’étais pas visé », a-t-il déclaré vendredi devant les caméras de Tolo News alors qu’il saluait les services de sécurité dans la capitale.

Trois personnes en lien avec les faits ont été arrêtées, selon le ministère de l’Intérieur qui n’a pas livré plus de détails.

Des millions d’électeurs ont renoncé à s’inscrire, des milliers de bureaux de vote resteront fermés. Dix candidats ont été tués… Malgré l’impréparation et les violences, l’Afghanistan votera samedi pour élire ses députés. Coûte que coûte.

Organisée avec trois ans de retard, c’est la troisième élection parlementaire, après 2005 et 2010, depuis l’intervention militaire américaine qui a chassé les talibans du pouvoir en 2001.

Largement financée par la communauté internationale elle est surtout considérée comme un test avant le scrutin présidentiel prévu en avril prochain.

Avril, puis juillet et finalement octobre, la date du vote a été repoussée jusqu’à la dernière limite. L’organisation apparaît chaotique et précipitée. A quelques jours du scrutin, les organisateurs ont encore du mal à trouver des assesseurs et à distribuer le matériel électoral dans les plus de 5.000 bureaux de vote.

Qu’importe. Le scrutin doit absolument s’ouvrir samedi à 07H00. Le reporter une énième fois n’est pas une option, affirme la Commission électorale indépendante (CEI) qui organise le scrutin.

« Il neige déjà dans certaines provinces et le temps se refroidit. Si on le retarde encore d’une semaine, ça veut dire qu’il n’aura pas lieu », a déclaré Sayed Hafizullah Hashimi, porte-parole de la CEI.

Les observateurs s’attendent à une participation bien en-deçà des 8,9 millions d’inscrits sur les listes.

Les menaces et attentats commis par les talibans et le groupe Etat islamique pourraient achever de convaincre de nombreux électeurs de rester chez eux en dépit d’un énorme dispositif de sécurité: 54.000 membres des forces de sécurité déployés.

Dix candidats au scrutin ont été tués, la plupart sciemment assassinés.

– « Pseudo-démocratie » –

L’intégrité du vote est également sujette à caution: de nombreux cas d’inscriptions multiples ont été découverts, laissant craindre des tentatives de bourrage d’urnes.

Selon un récent rapport de l’ONG Afghan Analyst Network (AAN), le nombre d’électeurs inscrits dans la seule province de Paktia (est) représente 141% de la population éligible estimée…

« La plupart des gens à qui j’ai parlé m’ont dit qu’ils n’iraient pas voter, certains n’ont même pas pris la peine de s’inscrire, et beaucoup ont dit +nous aimerions voter si nous avions la certitude que le scrutin est impartial+ », a déclaré à l’AFP Thomas Ruttig, co-directeur de l’AAN.

« Ce n’est pas que les Afghans en ont assez de la démocratie. Ils en ont assez de ce genre de pseudo-démocratie », dit-il.

Pour ajouter à la confusion, la mise en place à la dernière minute d’un système de contrôle biométrique des électeurs – inédit dans le pays – menace de démultiplier les possibilités de fraude, voire de faire dérailler le processus.

La CEI se démène pour distribuer à temps les 22.000 terminaux portables, pour lesquels les assesseurs n’ont reçu que peu ou pas de formation. Les centres de vote les plus reculés pourraient ne pas être servis.

Bien que la loi afghane n’exige pas l’utilisation de la vérification biométrique, les votes exprimés sans ne seront pas comptés, a décidé la CEI.

« L’utilisation de la technologie peut contribuer à la transparence mais elle peut aussi créer de la confusion si elle n’est pas utilisée correctement », a estimé auprès de l’AFP Naeem Ayubzada, directrice de la Fondation pour des élections transparentes en Afghanistan.

M. Ruttig acquiesce, notant que la base de données du système pourrait être manipulée avant la publication des résultats, attendue le 10 novembre.

Selon lui, les machines pourraient aussi « disparaître » lors de leur transfert vers Kaboul. « La dernière fois, ils ont jeté des urnes dans la rivière, cette fois ils peuvent jeter ces terminaux », dit-il.

– Crédibilité –

Plus de 2.500 candidats sont en lice pour les 249 sièges parlementaires. Il s’agit pour la plupart d’élus déjà établis, de descendants de seigneurs de la guerre, d’hommes d’affaires ou de membres de la société civile.

Ce scrutin est également vu comme une étape cruciale avant une réunion de l’ONU à Genève en novembre, où l’Afghanistan devra démontrer à ses bailleurs les progrès réalisés dans les « processus démocratiques ».

La communauté internationale, dirigée par la Mission d’assistance des Nations Unies en Afghanistan (MANUA), a soutenu à bout de bras les organisateurs et les dirigeants politiques afghans. Mais ses attentes quant à un résultat crédible ont fortement diminué.

« Nous essayons de rendre une situation bancale un peu moins compliquée », déclare embarrassé un diplomate occidental à l’AFP.

Pour M. Ruttig, la responsabilité est partagée.

Les diplomates étrangers « ont participé à la manœuvre les yeux grand ouverts. Ils ne pourront pas prétendre qu’ils n’étaient pas au courant ».

La participation aux élections législatives afghanes, qui interviennent avec plus de trois ans de retard, apparaissait déjà sous pression suites à des menaces d’attentats des talibans et du groupe Etat islamique (EI) contre les centres électoraux.

La mort du controversé mais respecté général Raziq pourrait dissuader encore plus d’électeurs de se présenter dans les plus de 5.000 bureaux de vote du pays, malgré la présence de 54.000 membres des forces de sécurité pour assurer leur protection.

Plus de 2.500 candidats sont en lice pour les 249 sièges à la chambre basse du parlement chargée d’élaborer les lois et de superviser le gouvernement.

Des centaines de personnes ont été tuées ou blessées dans les violences liées aux élections. Et au moins 10 candidats ont été tués, la plupart dans des attaques ciblées.

Malgré la menace d’attentats, la Mission d’assistance des Nations unies en Afghanistan (MANUA) a exhorté vendredi les électeurs à « exercer leur droit de vote ».

Ce scrutin législatif est considéré comme un test crucial en vue de l’élection présidentielle de l’année prochaine et une étape importante avant une réunion de l’ONU en novembre à Genève où l’Afghanistan devra démontrer les progrès effectués en matière de « processus démocratique ».

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