Afghanistan: première rencontre officiellement confirmée entre États-Unis et talibans

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(Photo: Archives/45eNord.ca)

L’émissaire américain pour la paix en Afghanistan, Zalmai Khalilzad, a rencontré vendredi au Qatar une délégation taliban pour évoquer la fin du conflit, première rencontre officiellement confirmée entre les deux parties.

La rencontre a eu lieu au Qatar, selon un communiqué du porte-parole des talibans, Zabihullah Mujahid, envoyé samedi à la presse.

« Une délégation du bureau politique (…) a rencontré l’équipe de négociation américaine dirigée par Zalmai Khalilzad », précise le communiqué, affirmant que les parties ont « convenu de poursuivre ces réunions ».

L’ambassade des Etats-Unis en Afghanistan, contactée par l’AFP, a refusé de commenter l’information.

Une première rencontre annoncée dans la presse et jamais démentie par les parties avait eu lieu en juin à Doha après un cessez-le-feu inédit de trois jours entre forces de sécurité afghanes et talibans.

Mais la diplomatie américaine a toujours clamé ne pas vouloir s’engager dans des discussions directes, refusant de se substituer au gouvernement afghan.

Les talibans pour leur part sont toujours restés campés sur leur position, refusant la proposition de trois mois de cessez-le-feu du président afghan Ashraf Ghani, disant ne pas reconnaître un gouvernement « illégitime » et souhaitant s’entretenir directement avec les Etats-unis.

« Les talibans prétendent être le gouvernement légitime expulsé par les envahisseurs américains. C’est leur propagande. Ils prétendent donc que ce conflit ne peut se régler que par des discussions directes avec les Etats-unis », explique un représentant international à Kaboul.

Selon le communiqué, les deux parties « ont parlé d’une fin pacifique à l’invasion de l’Afghanistan » et la délégation talibane a qualifié « de grand obstacle à une paix réelle la présence de forces étrangères » dans le pays.

Les Etats-unis étaient intervenus militairement en Afghanistan en 2001, suite aux attaques du 11 septembre, pour renverser le régime taliban.

Ces derniers avaient quitté la capitale pour se réfugier dans les régions montagneuses frontalières du Pakistan et se sont patiemment reformés malgré la présence de milliers de troupes de l’Otan.

« Cette réunion est un succès pour les talibans », estime l’analyste politique afghan Atta Noori. « Pendant longtemps ils ont exigé de rencontrer directement les Etats-Unis et ils l’ont finalement obtenu. Ils pourraient contourner le gouvernement afghan ».

Selon lui, « le moment de la réunion est également important. Tout geste politique des talibans aura des répercussions sur les élections présidentielles » d’avril prochain « qui peuvent même être annulées ou reportées jusqu’à ce qu’un accord soit trouvé », a-t-il ajouté.

M. Khalilzad avait entamé dimanche à Kaboul une tournée pour faire avancer les pourparlers de paix.

L’émissaire américain, ancien ambassadeur à Kaboul, Bagdad et aux Nations-Unies nommé à ce poste début septembre, s’était ensuite rendu au Pakistan, aux Emirats arabes unis, en Arabie Saoudite, et donc au Qatar.

Samedi il était de retour à Kaboul et a rencontré le président afghan Ashraf Ghani.

« M. Khalilzad a rendu compte de ses récents voyages et a déclaré que les Etats-Unis, sous le leadership du gouvernement afghan, poursuivraient leurs efforts pour la paix », indique un communiqué de la présidence.

Ces pourparlers surviennent alors que les attentats se multiplient sur le territoire afghan à l’approche d’élections législatives le 20 octobre, les premières depuis 2010.

Les talibans avaient annoncé dans un communiqué leur volonté de faire dérailler le processus électoral en ordonnant aux candidats de se retirer de la course, jurant d’attaquer le scrutin et ceux qui y participent.

Depuis, de nombreux attentats ont visé des rassemblements électoraux.

Samedi, dans le nord du pays, un attentat à la moto piégée à la fin d’un rassemblement électoral d’une candidate a fait au moins douze morts.

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