Armement nucléaire: Trump joue l’escalade verbale

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Un missile balistique à portée intermédiaire missile Jupiter doté de l’arme nucléaire, comme ceux que les États-Unis avaient déployé en Italie dans les années soixante, pendant les année de guerre froide avec l’Union soviétique (US Air Force)

Donald Trump menace d’accroître l’arsenal nucléaire des États-Unis, dans la foulée du retrait américain d’un traité sur les armes nucléaires signé pendant la Guerre froide, et alors que Moscou estime que cela rendrait le monde plus dangereux.

La Russie « n’a pas adhéré à l’esprit de l’accord ou à l’accord lui-même », a accusé lundi le président américain auprès de journalistes à la Maison Blanche. Il n’a pas précisé si un nouveau traité pourrait être négocié, mais a indiqué que les États-Unis développeraient ces armes à moins que la Russie et la Chine n’acceptent elles-mêmes d’arrêter de le faire.

« Tant que les gens ne seront pas revenus à la raison, nous en développerons. C’est une menace pour qui vous voulez. Et ça inclut la Chine, et ça inclut la Russie, et ça inclut quiconque veut jouer à ce jeu-là », a-t-il pointé.

M. Trump a déclenché une tempête diplomatique samedi en annonçant sa décision de retirer les États-Unis du traité sur les armes nucléaires de portée intermédiaire INF (Intermediate Nuclear Forces Treaty) conclu en 1987 avec la Russie pendant la Guerre froide.

Le président américain s’est attiré la réprobation de plusieurs capitales, surtout Moscou.

« Des initiatives de ce genre, si elles sont mises en oeuvre, rendront le monde plus dangereux », a indiqué aux journalistes le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, disant attendre des « explications » de la part de Washington. La Russie « n’attaquera jamais personne en premier », a-t-il aussi avancé.

– Dialogue de sourds –

Pékin a appelé de son côté les Américains à « y réfléchir à deux fois », tandis que l’Union européenne estimait que Washington et Moscou devaient « poursuivre un dialogue constructif pour préserver ce traité », l’estimant « crucial pour l’UE et la sécurité mondiale.

Deux jours après l’annonce de M. Trump, son conseiller à la Sécurité nationale, John Bolton, a rencontré à Moscou le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov, et « près de cinq heures » Nikolaï Patrouchev, le chef du Conseil russe de sécurité nationale, a indiqué à l’AFP un porte-parole du Conseil.

Mardi, il devait s’entretenir avec le président russe Vladimir Poutine, selon le Kremlin.

En attendant, les rencontres de lundi ont manifestement tourné au dialogue de sourds, d’après M. Bolton. « La Russie a très fermement signifié qu’elle ne pensait pas violer le traité INF. En fait, ils ont dit: c’est vous qui violez le traité », a-t-il confié au journal russe Kommersant.

« On ne peut pas forcer à obéir quelqu’un qui croit qu’il n’est pas en faute », a-t-il aussi souligné, en affirmant que le traité avait fait son temps.

« Ce n’est pas le retrait du traité qui est la cause du problème, c’est le fait que la Russie contrevienne au traité qui est le problème », a-t-il insisté. Les États-Unis ne veulent pas être le seul pays à respecter ce traité, a-t-il aussi assuré, mentionnant une « menace très réelle » de la part de la Chine.

Le ministère russe des Affaires étrangères a diffusé une photo montrant MM. Lavrov et Bolton se serrant la main tout sourire, et précisé qu’ils avaient discuté de coopération bilatérale, du combat contre le terrorisme et du « maintien de la stabilité stratégique ».

En annonçant leur retrait d’un traité de désarmement majeur sur les armes nucléaires, les États-Unis visent autant la Chine, qui a développé ces dernières années des armes interdites par ce texte dont elle n’est pas signataire, que la Russie, accusée de le violer.

Officiellement, c’est la Russie qui est citée comme coupable de violation du traité sur les armes nucléaires de portée intermédiaire (INF) avec son nouveau système 9M729, des missiles tirés à partir d’un dispositif terrestre et dont la portée dépasse, selon Washington, les 500 km, ce que Moscou dément.

Depuis plusieurs années, Washington accuse Moscou de ne pas respecter ce traité qui, en abolissant l’usage de toute une série de missiles d’une portée variant de 500 à 5.500 km, avait mis un terme à la crise déclenchée dans les années 1980 par le déploiement des SS-20 soviétiques à têtes nucléaires ciblant les capitales occidentales.

C’est donc en Russie que le conseiller à la sécurité nationale de la Maison Blanche, John Bolton, s’est rendu aussitôt la décision annoncée, mais il a noté qu’il y aurait « d’autres participants » au processus de négociation.

Il a précisé à la radio Echo de Moscou que des consultations seraient ensuite menées « avec nos amis en Europe et en Asie ».

Pour John Lee, un expert du centre de réflexion conservateur Hudson Institute, « le problème de la Chine, qui n’est limitée par aucun accord, est très différent et beaucoup plus pressant » que celui de la Russie.

– La position de Mattis-

Ces dernières années, Pékin a « développé des missiles de portée intermédiaire terrestres capables d’emporter des charges conventionnelles et nucléaires », ajoute cet expert dans une tribune publiée lundi sur le site de CNN. Quelque 95% des missiles de l’armée chinoise violeraient le traité INF si la Chine en était signataire, ajoute-t-il.

Sur ce dossier, le Pentagone et la Maison Blanche paraissent sur la même longueur d’onde.

Dans sa nouvelle « posture nucléaire » publiée en début d’année, le Pentagone affirme que « la violation la plus grave de la Russie porte sur un système interdit par le Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire ». Mais le document mentionnait aussi les missiles développés par la Chine, qui cherche à affirmer sa suprématie militaire en Asie.

Au début du mois, M. Mattis avait prévenu que la Russie devait « se conformer de nouveau au traité INF ou les Etats-Unis ser(aient) dans l’obligation de réagir au mépris cavalier (de ses) limites spécifiques ». La situation actuelle est « intenable », avait-il précisé à l’issue d’une réunion des ministres de la Défense des pays de l’Otan à Bruxelles, sans aller jusqu’à parler d’un retrait unilatéral du traité.

Signe que le Pentagone envisageait ce retrait du traité INF depuis des mois, la nouvelle politique américaine sur ses missiles balistiques, annoncée pour début 2018, n’a pas encore été publiée, et sa sortie est annoncée depuis des mois pour « dans quelques semaines ».

Interrogé à ce sujet lundi, le colonel Manning a indiqué qu’il n’avait aucune date précise à annoncer, mais il a souligné que « tous les facteurs seraient pris en compte avant sa publication ».

– Bolton le faucon –

Ils ont aussi discuté de la possibilité de prolonger de cinq ans le traité New Start, sur les missiles stratégiques, qui arrive à expiration en 2021, selon le Conseil de sécurité russe. Mais M. Bolton a déclaré à Kommersant que Washington voulait « résoudre d’abord le problème de l’INF ».

John Bolton est connu pour ses positions très fermes en matière de politique étrangère. Chantre par le passé d’initiatives pour faire chuter le régime iranien, il faisait partie de ceux qui plaidaient pour « sortir de l’accord iranien » signé en 2015 pour empêcher Téhéran de se doter de l’arme nucléaire.

Nommé en mars 2018, M. Bolton reste un partisan de sanctions beaucoup plus larges contre la Russie, accusée par Washington d’avoir tenté de perturber le processus démocratique américain.

Et selon le journal britannique The Guardian, c’est lui qui a fait pression sur le président américain pour un retrait du traité INF.

Ce traité de 1987, en abolissant l’usage de toute une série de missiles d’une portée allant de 500 à 5.500 km, avait mis un terme à la crise déclenchée par le déploiement des SS-20 soviétiques à têtes nucléaires ciblant les capitales occidentales.

Or, Washington se plaint notamment du déploiement du système de missiles 9M729, dont la portée dépasserait la limite convenue des 500 km.

Armes nucléaires: Poutine se moque des États-Unis

Le président russe Vladimir Poutine s’est moqué du sceau officiel des États-Unis alors qu’il accueillait mardi le conseiller à la sécurité nationale du président américain Donald Trump, en se demandant si l’aigle américain avait cueilli toutes les olives de la branche dans ses griffes.

En s’asseyant au Kremlin avec John Bolton, M. Poutine a mentionné l’intention déclarée de M. Trump de retirer les États-Unis d’un important traité sur le contrôle des armes nucléaires. Il a ajouté que Moscou était également au courant des doutes de Washington concernant la prolongation d’un autre traité nucléaire historique et de ses projets de déploiement d’éléments de défense antimissile dans l’espace.

Le dirigeant russe a ensuite fait référence au «grand sceau» des États-Unis, qui comprend un pygargue à tête blanche tenant 13 flèches dans ses griffes et une branche d’olivier avec 13 olives de l’autre côté.

«J’ai une question: est-ce que votre aigle a ramassé toutes les olives et il ne reste que des flèches ?», a lancé M. Poutine en riant.

Mais tout en soulignant les différences entre la Russie et les États-Unis, le président Poutine a également insisté sur la nécessité de maintenir le dialogue, affirmant qu’il serait prêt à rencontrer M. Trump à Paris lors des commémorations du mois prochain marquant le centenaire de la fin de la Première Guerre mondiale.

M. Poutine a déclaré que sa dernière rencontre avec M. Trump à Helsinki en juillet avait été utile en dépit de leurs discussions difficiles, ajoutant qu’il serait disposé à rencontrer son homologue américain en France «si la partie américaine est intéressée par de tels contacts».

M. Bolton a répondu que M. Trump attendrait avec impatience de voir M. Poutine à Paris en marge des événements marquants le centenaire de l’Armistice.

Plus tôt mardi, le Kremlin avait prévenu que le président Trump avait adopté «une position dangereuse» en décidant d’abandonner un traité sur les armes nucléaires avec la Russie sans proposer quoi que ce soit pour le remplacer.

Un traité de substitution réclamé

Le porte-parole de M. Poutine a reconnu que le Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (INF), conclu en 1987, avait des « points faibles ». Mais Dimitri Peskov a mis Washington en garde contre un retrait de l’accord sans proposer des améliorations ou un traité de substitution.

«Pour le moment, nous n’avons aucune perspective d’un nouvel accord, a déclaré M. Peskov. Il est important de savoir si c’est possible ou non.»

M. Peskov a déclaré que sacrifier le pacte historique pour un meilleur accord hypothétique était « une position dangereuse ».

Le traité a été signé par le président américain Ronald Reagan et le dirigeant soviétique Mikhaïl Gorbatchev. Il interdit aux États-Unis et à la Russie de posséder, de produire ou de tester des missiles nucléaires de croisière et balistiques lancés du sol d’une portée de 500 à 5500 kilomètres.

La Chine n’était pas partie à l’accord initial et M. Trump a estimé lundi qu’elle devrait être incluse dans un nouveau traité.

L’Union européenne a averti M. Trump d’un impact potentiel sur la sécurité européenne s’il décidait de mettre à exécution sa menace de se retirer du traité INF, décrivant le pacte comme une pierre angulaire essentielle de la structure de sécurité de l’Europe.

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