Première arrestation en Floride dans l’affaire des colis suspects

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Première arrestation ce vendredi 26 octobre en Floride dans l’affaire des colis suspects, Cesar Sayoc, un électeur républicain de Floride, apparemment un partisan dur de Donald Trump et un adepte des théories du complot. (Heavy)

Une première arrestation a été annoncée vendredi dans l’enquête sur les colis suspects adressés à des personnalités anti-Trump, après que deux nouvelles personnes ont été visées et que Donald Trump a déploré l’impact de cette affaire sur les prochaines législatives.

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Mise à jour 26/10/2018, 15h35

Le suspect arrêté dans l’affaire des colis suspects envoyés à des personnalités critiques de Trump a été inculpé de cinq chefs d’accusation, faisant risquer jusqu’à 58 ans de prison à Cesar Sayoc fils, 56 ans, a indiqué vendredi le ministre américain de la Justice Jeff Sessions lors d’un point presse.

Le chef du FBI Christopher Wray a précisé que 13 engins explosifs avaient été envoyés à travers les États-Unis, et prévenu qu’«il pourrait encore y avoir d’autres paquets». « Il est trop tôt pour parler des motivations du suspect », a en revanche prévenu le directeur du Federal Bureau of Investigation.

Les empreintes de Cesar Sayoc ont été retrouvées sur au moins un des colis, envoyé à la représentante démocrate au Congrès Maxine Waters, selon M. Wray.

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« Nous pouvons confirmer qu’une personne a été arrêtée », a tweeté une porte-parole du ministère américain de la Justice, sans dévoiler l’identité de la personne arrêtée et annonçant un point-presse à Washington à 14h30 locales (18h30 GMT).

Le président américain Donald Trump a lui aussi confirmé peu cette arrestation, sans dévoiler lui non plusl’identité de la personne arrêtée.

Mais les télévisions américaines montraient en direct des images de la ville de Plantation, près de Fort Lauderdale, en Floride, où l’homme, présenté par les médias comme ayant des antécédents criminels, a été appréhendé.

Les télévisions montraient aussi une camionnette blanche liée au suspect, bâchée par les forces de l’ordre.

Des images de ce qui semblait être la même camionnette, non bâchée, circulaient sur les réseaux sociaux, zoomant sur des autocollants pro-Trump sur les fenêtres du véhicule.

Certains médias citant des sources policières ont identifié le suspect comme étant Cesar Sayoc Jr, 56 ans, résidant à Aventura, en Floride.

Selon les médias américains, l’arrestation a eu lieu ce matin non loin de là, à Plantation, à l’extérieur d’un magasin de pièces automobiles situé à proximité de State Road 7 et de Southwest 6th Street. Plantation est une banlieue de Fort Lauderdale, située à quelques kilomètres à l’ouest de la ville.

Selon des informations disponibles en ligne, Sayoc, qui a des antécédents criminels, est inscrit sur les listes électorales comme républicain en Floride depuis mars 2016.

Hillary Clinton faisait justement campagne en Floride quand un colis suspect a été expédié à son domicile de Chapaqqua, dans l’État de New-York.

Sur sa page LinkedIn, Sayoc indique que son grand-père, le colonel Baltazar Zook Sayoc, était un adepte des arts martiaux qui a développé son propre style de combat, Sayoc précisant que ce style a été utilisé pour combattre le Parti communiste des Philippines.

Pire, on retrouvait sur sa page Facebook personnelle, effacée depuis, plusieurs posts accusant Hillary Clinton d’être une criminelle, un post faisant état du soi-disant réseau de pédophilie dirigé par Hillary depuis une …pizzeria, et plusieurs extraits de discours de Donald Trump incitant à la violence.

S’il se confirmait que le suspect était un partisan de Donald Trump, cela risquerait d’attiser encore davantage des tensions déjà très vives à l’approche des élections législatives du 6 novembre, déterminantes pour la suite de la présidence du milliardaire.

Cette arrestation est la première annoncée dans le cadre de la chasse à l’homme lancée pour retrouver le ou les responsables de l’envoi des douze colis suspects retrouvés à ce stade, tous destinés à des personnalités anti-Trump.

L’annonce est survenue juste après que la police eut confirmé avoir retrouvé vendredi deux nouveaux colis suspects, en tous points similaires aux dix déjà reçus entre lundi et jeudi et contenant des engins qualifiés de potentiellement explosifs.

Les paquets portaient notamment tous la même adresse d’expédition: celle d’une élue démocrate de Floride, Debbie Wasserman Schultz.

Cesar Sayoc, soupçonné d’avoir envoyé au moins 13 bombes artisanales à des personnalités critiques du président américain, donne l’image d’un homme farouchement pro-Trump, épinglant sans relâche les démocrates dans des messages souvent incohérents sur les réseaux sociaux.

Les fenêtres d’une camionnette blanche qui lui aurait appartenu sont couvertes de photos triomphales de Donald Trump et de son vice-président Mike Pence, aux côtés des visages, couverts d’une cible rouge, de la démocrate Hillary Clinton et de l’ex-président Barack Obama.

Un autocollant proclame aussi que « CNN est nulle », la chaîne régulièrement critiquée par Donald Trump.

Ces deux démocrates et CNN figurent parmi les destinataires des engins explosifs interceptés cette semaine à travers les Etats-Unis.

Se faisant également appeler Cesar Altieri, le suspect est né le 17 mars 1962. Il avait un casier judiciaire en Floride, où il habitait dans la ville d’Aventura, au nord de Miami.

Les premières images de son arrestation, dans la région de Fort Lauderdale, montrent un homme à la carrure musclée, en débardeur noir, les cheveux ras à l’exception d’une fine queue de cheval.

« Il était très en colère contre le monde, les Noirs, les juifs, les gays », a déclaré Debra Gureghian, manager d’une pizzeria à Fort Lauderdale qui l’avait embauché pour conduire sa camionnette de livraison pendant plusieurs mois, jusqu’en janvier.

« Il n’a jamais dit qu’il voulait les tuer, les assassiner ou leur lancer une bombe, il disait juste +si ça ne tenait qu’à moi, les gays, Noirs et juifs ne survivraient pas+ », a-t-elle raconté au Washington Post, en ajoutant qu’il semblait « fou ».

En 2002, Cesar Sayoc avait été inculpé pour une menace à la bombe contre un fournisseur d’électricité, selon les archives judiciaires du comté de Miami-Dade consultées par l’AFP. Il avait écopé d’une peine d’un an avec sursis. Auparavant, il avait déjà été accusé de vol et violences domestiques.

Il s’était déclaré en faillite, en 2012, d’après ces documents.

– Casquette Trump –

Cesar Sayoc portait une casquette rouge marquée du slogan de Donald Trump « Rendre à l’Amérique sa grandeur » (« Make America Great Again ») sur une photo qu’il avait publiée sur son compte Facebook.

Dans des tweets souvent décousus et mal orthographiés, accompagnés de nombreux retweets de photomontages rudimentaires, Cesar Sayoc appelait ces derniers jours à voter républicain le 6 novembre, lors des élections parlementaires qui seront déterminantes pour la suite du mandat de Donald Trump.

Dans ses derniers messages, il éreintait le candidat noir au poste de gouverneur en Floride, Andrew Gillum, en l’accusant sans aucune preuve d’être à la solde du financier et donateur démocrate George Soros.

Originaire de Hongrie, le milliardaire juif est la cible régulière des adeptes de théories du complot. Cesar Sayoc lui avait réservé de nombreux tweets.

– Le « meilleur » président –

« Joyeux anniversaire meilleur commandant en chef perturbateur qui secoue Washington dans tous les sens », avait-il écrit pour l’anniversaire en juin de Donald Trump, qui est commandant en chef de l’armée américaine.

D’autres messages font référence à Debbie Wasserman Schultz, une élue démocrate dont l’adresse en Floride avait été notée sur les colis comme en étant l’expéditeur. Dans ses tweets, Cesar Sayoc avait d’ailleurs mal épelé son nom de famille en employant le même orthographe, « Shultz », que sur les colis piégés.

Cesar Sayoc semble avoir utilisé au moins deux comptes Twitter: @hardrock2016 et @hardrockintlent, où il écrivait respectivement sous les noms « Cesar Altieri » et « Julus Cesar Milan ».

Son dernier tweet, sur @hardrock2016, date de mercredi, le jour où la plupart des colis ont été découverts.

Sur l’un de ses comptes Twitter, il se décrit comme un ancien joueur professionnel de football, pratiquant aussi un sport de combat en cage. Certains médias avancent qu’il avait eu une carrière de danseur de type Chippendales.

Il dit avoir fait des études vétérinaires à l’université en Caroline du Nord.

Cesar Sayoc avait fait également référence à de nombreuses reprises à la tribu amérindienne Séminole, tout en mentionnant des origines philippines.

Il y affirme également avoir travaillé pour l’hôtel et casino Hard Rock tenus par la tribu Séminole à Hollywood en Floride, mais ces derniers ont affirmé dans un communiqué n’avoir « aucune preuve » qu’il y ait vraiment travaillé ni qu’il appartienne à la tribu.

– « Mauvais pour la dynamique »

M. Trump n’a pas encore réagi à l’arrestation. Mais un peu plus tôt, il avait déploré l’impact de cette affaire de colis sur les candidats républicains.

« Les républicains ont de bons chiffres dans les votes par anticipation et dans les sondages, et maintenant cette histoire de +Bombe+ surgit et la dynamique ralentit », a-t-il tweeté. « Ce qui se passe est vraiment regrettable. Républicains, allez voter! », a-t-il ajouté.

Le gouverneur de l’Etat de New York, le démocrate Andrew Cuomo, avait jugé cette réaction « complètement inappropriée ».

« Je pense que le président n’a toujours pas mesuré l’importance de la présidence et l’importance de son poste », a-t-il affirmé sur CNN. « Tout est toujours une question de concurrence, de politique, il se sent lésé (…) Tout devient politique et cela relance la colère à chaque fois ».

– Accusations mutuelles –

Partisans et détracteurs du président républicain utilisent depuis deux jours pour s’accuser mutuellement d’alimenter le climat toxique qui caractérise le pays à l’approche des élections du 6 novembre.

Les défenseurs de théories du complot se sont aussi déchaînés sur les réseaux sociaux pour dénoncer de « fausses bombes » inventées, selon eux, par les démocrates.

Après avoir brièvement appelé les Américains au « rassemblement » mercredi à la suite de la confirmation des premières bombes artisanales, M. Trump avait repris ses attaques contre les médias jeudi.

– Lundi –

. George Soros

Le financier est un grand donateur démocrate. Il a récemment été accusé par Donald Trump d’avoir soutenu des militants qui manifestaient contre le juge conservateur que le président avait nommé à la Cour suprême.

Le milliardaire juif, d’origine hongroise, est devenu la cible des complotistes et nationalistes en Europe et aux Etats-Unis.

– Mardi –

. Hillary Clinton

L’ancienne secrétaire d’Etat de Barack Obama a été la candidate démocrate opposée à Donald Trump à la présidentielle de 2016. Son adversaire républicain l’a depuis affublée du surnom « la crapule ».

– Mercredi –

. Barack Obama

L’ancien président démocrate est fréquemment critiqué par son successeur à la Maison Blanche, mais l’animosité entre les deux hommes remonte à bien avant l’entrée en politique de Donald Trump.

L’ex-homme d’affaires a longtemps soutenu que M. Obama n’était pas né aux Etats-Unis. En retour, M. Obama s’est ouvertement moqué de M. Trump en 2011 lors d’un fameux dîner des correspondants à la Maison Blanche.

. Eric Holder

Ce juriste démocrate a été le premier Noir à occuper le poste de ministre américain de la Justice, sous le premier mandat et une partie du second mandat de Barack Obama.

. John Brennan

Cet ancien chef de la CIA, de 2013 à 2017, s’est montré très critique envers Donald Trump, qui a révoqué en août l’habilitation secret défense de cet ex-proche conseiller de Barack Obama. Il intervient parfois sur la chaîne CNN, au bureau new-yorkais de laquelle a été envoyé le paquet possiblement piégé.

. Maxine Waters

La députée noire démocrate de Californie a été très critiquée en juin par des républicains après avoir appelé les Américains à confronter et harceler les membres du gouvernement Trump dans tous les endroits publics. M. Trump l’a traitée de « folle » dans plusieurs tweets.

. Debbie Wasserman Schultz

Cette ex-présidente du comité national du parti démocrate, proche de Hillary Clinton, figure comme expéditrice sur les colis suspects envoyés. La représentante de Floride, juive, a longtemps été la cible de la frange antisémite de l’extrême-droite américaine. M. Trump a utilisé à son sujet les expressions suivantes: « hautement névrosée » et « surfaite ».

– Jeudi –

. Robert De Niro

L’acteur est l’un des artistes américains les plus remontés contre le président républicain. Lors de la cérémonie des Tony Awards, les récompenses de Broadway, en juin dernier à New York, il avait lancé un retentissant « J’emmerde Trump ».

. Joe Biden

L’ancien vice-président de Barack Obama est régulièrement cité comme possible candidat démocrate à la présidentielle de 2020. Donald Trump l’a qualifié de « fou » et de « faible mentalement et physiquement ».

– Vendredi –

. James Clapper

Directeur du renseignement américain de 2010 à début 2017, James Clapper critique régulièrement le président américain, notamment sur l’antenne de CNN, où le paquet lui étant destiné était adressé selon la chaîne. Donald Trump « doit se souvenir que ses mots comptent. Sa voix est la plus importante dans ce pays », a-t-il réagi à l’antenne vendredi.

. Cory Booker

Candidat démocrate pressenti pour la présidentielle américaine de 2020, le sénateur noir Cory Booker s’est récemment farouchement opposé à la confirmation du candidat conservateur de Donald Trump à la Cour suprême, en vain. Le président américain a moqué ses ambitions présidentielles supposées en ridiculisant son bilan d' »horrible maire » de Newark, dans le New Jersey.

La série de colis suspects visant ces derniers jours des personnalités anti-Trump a connu des précédents marquants aux Etats-Unis.

En mars, cinq explosions de colis piégés font deux morts et plusieurs blessés en trois semaines à Austin (Texas) et dans sa région. Les premières victimes sont noires ou hispaniques, ce qui fait soupçonner un acte raciste. Mais la quatrième explosion blesse deux hommes blancs, faisant pencher la police pour des cibles aléatoires. Une sixième bombe artisanale, qui ne s’est pas déclenchée, est retrouvée.

Le 21 mars, Mark Anthony Conditt, 23 ans, soupçonné d’être l’auteur des attaques, se donne la mort en se faisant exploser dans sa voiture. Dans un enregistrement vidéo retrouvé après sa mort, il dit n’avoir aucun remords et se décrit comme un « psychopathe ».

Le 5 octobre 2001, dans un pays encore sous le choc après les attentats du 11-Septembre, Bob Stevens, un éditeur photo travaillant dans un journal de Boca Raton (Floride), devient la première victime officielle de l’histoire du bioterrorisme aux Etats-Unis: il succombe à la maladie du charbon sous sa forme pulmonaire, après avoir été en contact avec une lettre empoisonnée à l’anthrax.

Pendant les semaines qui suivent, une vague de courriers piégés vise des personnalités du monde politique et des médias.

Ces attaques entraînent la mort de cinq personnes et une vingtaine d’hospitalisations. Pour une raison mystérieuse, après un dernier décès le 21 novembre, les attaques cessent.

Au terme d’une longue enquête, Bruce Ivins, 62 ans, un scientifique du gouvernement américain souffrant de problèmes psychologiques, est identifié comme le seul responsable de ces envois. Sur le point d’être poursuivi par la justice, il se suicide en 2008.

A partir de 1978, et pendant 18 ans, seize bombes dissimulées dans des colis postaux sont envoyées à diverses personnes et entreprises, faisant trois morts et 23 blessés. Les premières cibles sont des universitaires et des compagnies aériennes, ce qui vaut à l’assassin le surnom d' »Unabomber » (pour « University and Airline Bomber »).

En septembre 1995, promettant d’arrêter ses envois de bombes, « Unabomber » obtient du New York Times et du Washington Post qu’ils publient un long manifeste dans lequel il exprime une haine de la technologie et du monde moderne.

En le lisant, un habitant de la côte est des Etats-Unis, David Kaczynski, y voit une similarité avec d’anciens écrits de son frère Theodore, coupé de sa famille depuis des années. Il alerte alors le FBI et permet, en avril 1996, son arrestation.

Brillant mathématicien devenu ermite, Theodore Kaczynski s’était lancé dans une croisade contre le progrès et la technologie, fabriquant ses bombes dans une cabane des montagnes du Montana (nord-ouest) dépourvue d’eau et d’électricité. Il est condamné à la prison à vie en 1998.

Le 16 décembre 1989, un juge fédéral blanc, Robert Vance, est tué et sa femme blessée par l’explosion d’un paquet piégé envoyé à leur domicile à Birmingham (Alabama).

Deux jours plus tard, un avocat noir de Savannah (Géorgie), Robert Robinson, qui avait représenté l’Association nationale pour l’avancement des gens de couleur (NAACP) dans une affaire liée à la déségrégation des écoles de la ville, est tué de la même manière.

D’autres colis piégés sont découverts dans les bâtiments de la cour d’appel d’Atlanta dont le juge Vance était membre et dans les locaux de la NAACP à Jacksonville (Floride).

Un groupe s’appelant « Américains pour un système fédéral compétent » revendique les attentats et menace de commettre d’autres attaques ciblées, « en représailles contre les atrocités commises à l’encontre de Julie Love ». Deux jeunes Noirs avaient été accusés du viol et du meurtre de cette femme blanche de 27 ans, à Atlanta en 1988.

Walter Moody, un quinquagénaire originaire de Géorgie qui en voulait à la justice depuis une inculpation pour détention d’explosifs, est arrêté en 1990. Condamné à mort en 1997, il est exécuté le 19 avril 2018 à 83 ans.

*Avec AFP

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