Le faucon Bolton a poussé Trump à se retirer du traité sur les armes nucléaires intermédiaires

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Un missile balistique à portée intermédiaire missile Jupiter doté de l’arme nucléaire, comme ceux que les États-Unis avaient déployé en Italie dans les années soixante, pendant les année de guerre froide avec l’Union soviétique (US Air Force)

Le conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump va se rendre aujourd’hui samedi en Russie pour « poursuivre » le dialogue controversé entamé en juillet entre le président des Etats-Unis et son homologue russe Vladimir Poutine.
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Mise à jour 20/10/2018, 17h07

Donald Trump a confirmé samedi que les États-Unis allaient se retirer d’un traité sur les armes nucléaires conclu avec la Russie pendant la Guerre froide, accusant Moscou de le violer «depuis de nombreuses années».

«La Russie n’a pas respecté le traité. Nous mettrons donc fin à l’accord », a déclaré le président américain devant des journalistes, à propos du traité Intermediate Nuclear Forces Treaty sur les armes nucléaires de portée intermédiaire signé en 1987 par les présidents américain et soviétique de l’époque, Ronald Reagan et Mikhaïl Gorbatchev.

«Ils le violent depuis de nombreuses années», a assuré Donald Trump, ajoutant que les États-Unis «développeraient désormais ces armes».

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« Je me rends demain à Moscou pour rencontrer de hauts responsables russes, dont le ministre de Affaires étrangères Sergueï Lavrov et le secrétaire du Conseil de sécurité Nikolaï Patrouchev, afin de poursuivre les discussions entamées à Helsinki entre nos deux pays », a déclaré vendredi John Bolton sur Twitter.

Selon le New York Times, qui cite des responsables non identifiés de l’administration américaine, M. Bolton va prévenir Moscou que Washington envisage de se retirer d’un traité sur les armes nucléaires datant de la Guerre froide.

L’administration américaine se plaint du déploiement par Moscou du système de missiles 9M729, dont la portée selon Washington dépasse les 500 km, ce qui constitue une violation du traité INF (Intermediate Nuclear Forces Treaty) sur les armes nucléaires de portée intermédiaire signé en 1987 par Ronald Reagan et Mikhaïl Gorbatchev.

Ce traité, en abolissant l’usage de toute une série de missiles d’une portée variant de 500 à 5.500 km, avait mis un terme à la crise déclenchée dans les années 1980 par le déploiement des SS-20 soviétiques à têtes nucléaires ciblant les capitales occidentales.

John Bolton, un faucon proche des néo-conservateurs devenu conseiller è la sécurité nationale de Donald Trump en avril dernier.
Selon le Guardian, qui cite des sources informées, c’est M. Bolton lui-même qui fait pression sur le président américain pour un retrait du traité INF. C’est aussi lui qui bloque toute négociation pour une extension du traité New Start sur les missiles stratégiques, qui arrive à expiration en 2021 et que Moscou cherche à prolonger.

Les Etats-Unis ont informé cette semaine leurs alliés de leurs intentions sur le traité INF pour sonder leurs réactions, mais la rencontre a inquiété les Britanniques qui considèrent le traité INF comme un pilier du contrôle des armements nucléaires.

Mi-juillet, Donald Trump et Vladimir Poutine se sont retrouvés à Helsinki pour leur premier sommet bilatéral.

Le président américain avait promis avant son élection de renouer de meilleures relations avec la Russie, mais n’y était pas encore parvenu en raison notamment des soupçons de collusion entre son équipe de campagne et le Kremlin.

Désireux de tourner cette page, il s’était montré extrêmement conciliant à l’égard de son homologue russe lors de leur conférence de presse commune dans la capitale finlandaise.

Cette attitude lui a valu un déluge de critiques à Washington, y compris au sein de son propre camp républicain qui compte de nombreux « faucons » lorsqu’il s’agit des relations américano-russes.

Depuis, l’administration républicaine a redoublé d’efforts pour afficher sa fermeté à l’égard de Moscou et les relations entre les deux grandes puissances sont de nouveau au plus bas.

Un deuxième sommet entre les deux dirigeants, initialement envisagé aux Etats-Unis cet automne, a finalement dû être repoussé à l’année prochaine.

Officiellement, il s’agit d’attendre la fin de l’enquête du procureur spécial Robert Mueller sur l’ingérence russe dans l’élection américaine de 2016 et sur ces soupçons de collusion. « Le président pense que la prochaine rencontre bilatérale avec le président Poutine devrait avoir lieu une fois que la chasse aux sorcières sur la Russie sera terminée, nous avons donc décidé qu’elle aurait lieu l’année prochaine », avait expliqué John Bolton fin juillet.

Le 11 novembre, Donald Trump et Vladimir Poutine se retrouveront à Paris pour les commémorations de la fin de la Première guerre mondiale.

Sur la tenue d’un sommet entre les deux hommes, un haut responsable de l’administration Trump a évoqué, sous couvert d’anonymat, « deux possibilités, y compris le G20 à Buenos Aires ou le défilé pour l’armistice à Paris. C’est plus probable lors du G20 » fin novembre/début décembre.

« L’invitation du président Trump à Poutine pour venir à Washington tient toujours », a-t-il également assuré.

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