Gaza: après les frappes israéliennes, le Hamas promet de sévir contre les éléments incontrôlés

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Un avion de chasse de l’armée israélienne (Archives/AFP)

Le Hamas au pouvoir dans la bande de Gaza a promis jeudi de sévir contre les responsables de deux tirs de roquettes en direction d’Israël la veille, dans un apparent effort pour se disculper et atténuer la menace ravivée d’une confrontation.

Israël a ordonné jeudi la réouverture des écoles autour de la bande de Gaza, foyer d’un nouvel accès de fièvre la veille. Dans l’enclave palestinienne, les détonations s’étaient tues mercredi après des frappes de représailles israéliennes contre une vingtaine d’objectifs, qui ont fait un mort et trois blessés.

Mais les risques de confrontation restent d’actualité.

Le Hamas, qui gouverne sans partage Gaza, a de nouveau cherché jeudi à se dissocier des tirs de roquettes. La veille déjà, le mouvement islamiste et ses alliés s’étaient dédouanés et avaient accusé des « irresponsables » de chercher à torpiller une tentative de médiation menée par l’Egypte pour une trêve durable entre Palestiniens et Israéliens.

De son côté, Israël tient le Hamas pour responsable de tout ce qui se passe à Gaza, sans exclure que des éléments non contrôlés par le mouvement aient pu agir.

Un haut responsable du Hamas, Bassem Naïm, a assuré à l’AFP que des enquêtes étaient en cours pour identifier les auteurs des tirs de roquettes. Il a promis contre eux des « mesures vigoureuses ».

« Le Hamas et les autres groupes sont soucieux d’éviter l’escalade », tout en étant prêts à riposter, a-t-il dit.

Israël, le Hamas et ses alliés se sont livré trois guerres depuis 2008 dans l’enclave coincée entre l’Etat hébreu, l’Egypte et la Méditerranée. Ils observent depuis la guerre de 2014 un cessez-le-feu de plus en plus remis en cause.

L’émissaire de l’ONU pour le Proche-Orient, le Bulgare Nickolay Mladenov, a mis en garde jeudi le Conseil de sécurité contre le risque d’un nouveau conflit « dévastateur » à Gaza, lors d’une réunion marquée par de vives critiques israéliennes contre un Israélien, les Palestiniens et la Bolivie.

«Gaza est en train d’imploser. Ce n’est pas une hyperbole. Ce n’est pas de l’alarmisme. C’est une réalité», a averti par liaison vidéo Nickolay Mladenov, en évoquant une économie en « chute libre ».

«Tous les indicateurs clés – humanitaire, économique, sécuritaire et politique – continuent de se détériorer. Nous restons au bord d’un nouveau conflit potentiellement dévastateur, un conflit que tout le monde dit ne pas vouloir, mais qui demande bien plus que des mots pour l’éviter».

À défaut «d’actions très claires de toutes les parties pour réduire la tension, les conséquences seront terribles », a-t-il estimé.

La Bolivie avait choisi de faire intervenir ensuite Hagai El-Ad, directeur de B’Tselem, une ONG israélienne opposée à l’occupation israélienne dans les Territoires palestiniens.

«La bande de Gaza, où vivent 2 millions de personnes, est une prison à ciel ouvert», a notamment dit cet Israélien assis à côté de l’ambassadeur palestinien auprès de l’ONU, Riyad Mansour.

Israël a vivement critiqué sa présence et son intervention. Le Conseil vient d’assister à «un cirque», a asséné l’ambassadeur israélien, Danny Danon. Quittant l’anglais, le diplomate a prononcé quelques phrases en hébreu à l’attention de Hagai El-Ad, incompréhensibles pour la majorité des membres du Conseil de sécurité et des traducteurs de l’ONU.

Selon une source diplomatique, Danny Danon a lancé au directeur de B’Tselem qu’il était «un citoyen israélien au service de l’ennemi». «Honte à toi, collaborateur», a-t-il ajouté, selon cette même source.

En anglais, Danny Danon a aussi vivement reproché à la Bolivie son initiative. «Trouvez-moi un Palestinien ou un Bolivien venant devant le Conseil de sécurité critiquer ses autorités», a-t-il lancé, en critiquant par ailleurs «la culture de la haine» des Palestiniens et de leur dirigeant Mahmoud Abbas à l’égard d’Israël.

Concernant Gaza, «nous sommes au seuil d’une escalade majeure», a reconnu l’ambassadeur israélien, en condamnant le lancement récent de roquettes de Gaza vers son pays.

Premier membre du Conseil de sécurité à prendre la parole, l’ambassadrice américaine démissionnaire Nikki Haley a choisi de ne pas parler du conflit israélo-palestinien. Son intervention est restée focalisée sur une dénonciation de l’Iran.

– L’entremise égyptienne –

Depuis le 30 mars et le début d’une vaste mobilisation palestinienne le long de la frontière, les tensions sont vives. Des manifestations rassemblant des milliers de personnes ont dégénéré en affrontements avec les soldats israéliens postés de l’autre côté de la barrière frontalière. Les échanges de tirs de roquettes palestiniennes et de frappes israéliennes se sont succédé.

Au moins 207 Palestiniens et un soldat israélien ont été tués. Vendredi, de nouvelles manifestations sont prévues. Elles seront scrutées attentivement par la communauté internationale.

La protestation des Gazaouis, qui lancent des cerfs-volants et des ballons incendiaires vers Israël, empoisonne la vie des riverains israéliens de l’enclave.

Les Gazaouis, éprouvés par les guerres, la pauvreté et les pénuries, réclament notamment la levée du vigoureux blocus imposé depuis plus de 10 ans par Israël. Israël le justifie par la nécessité de contenir le Hamas et accuse le mouvement d’orchestrer les protestations à des fins « terroristes ».

L’ONU et l’Egypte s’emploient depuis des semaines à forger une trêve durable. Mais les positions sont difficilement conciliables. Le Hamas, sous pression des Gazaouis, veut la levée du blocus. Le ministre israélien de la Défense, Avigdor Lieberman, a lui affirmé que le retour au calme était un préalable à tout allègement du blocus, ajoutant ne pas croire à un arrangement possible avec le Hamas.

Prévue jeudi, la visite à Gaza du chef du Renseignement égyptien, Abbas Kamel, a été annulée. Il était censé venir pour continuer les efforts visant à assurer une trêve. Le Hamas a invoqué des raisons techniques et une visite du président égyptien Abdel Fattah al-Sissi en Russie.

– Silence radio –

L’annulation de cette visite ne favorise pas la recherche d’un compromis.

Les signaux négatifs s’accumulent, comme la suspension, la semaine passée, de livraisons de fioul payées par le Qatar et supposées, sous les auspices de l’ONU, soulager certains des maux des Gazaouis.

L’exaspération va grandissant côté israélien, où la question d’un changement de stratégie est ouvertement posée.

M. Lieberman a affirmé mardi la nécessité de porter un « coup sévère » au Hamas. Il est aussi accusé de surenchère politique, dans l’esprit de possibles législatives anticipées.

Les commentateurs conjecturent jeudi sur une riposte plus forte que les frappes de la veille, mentionnant notamment la possibilité d’une attaque aérienne significative, ou encore des éliminations ciblées de dirigeants du Hamas.

Une offensive terrestre est jugée peu plausible.

Dans les médias et la sphère politique, beaucoup estiment que la donne aurait été différente si une mère de famille n’avait pas soustrait en quelques secondes ses trois enfants à l’arrivée d’une des roquettes tombées mercredi.

Le cabinet de sécurité israélien s’est réuni mercredi soir. Aucun communiqué n’a été publié après de longues heures de réunion. Et les membres de ce forum restreint chargé des questions les plus sensibles autour du Premier ministre Benjamin Netanyahu semblent avoir reçu pour consigne de se taire.

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