Affaire Khashoggi: l’Arabie fait porter le chapeau à des subalternes, le prince héritier épargné

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L’Arabie saoudite a reconnu samedi que le journaliste saoudien Jamal Khashoggi avait été tué à l’intérieur de son consulat à Istanbul, a annoncé l’agence de presse officielle saoudienne SPA.
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Mise à jour, 20/10/2018, 12h30

La chancelière allemande Angela Merkel a jugé samedi « insuffisantes » les explications de l’Arabie Saoudite » sur la mort du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, alors que Ryad admet désormais qu’il a été tué dans son consulat d’Istanbul.

« Les informations données sur le déroulement des faits au consulat à Istanbul sont insuffisantes », selon la chancelière qui s’exprimait avec le ministre des Affaires étrangères Heiko Maas. Tous deux ont dit attendre de l’Arabie Saoudite « la transparence sur les circonstances de la mort et ses raisons de fond », et que soient retrouvés « les responsables » de cette mort.

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« Les discussions entre Jamal Khashoggi et ceux qu’il a rencontrés au consulat du royaume à Istanbul (…) ont débouché sur une rixe, ce qui a conduit à sa mort », a déclaré l’agence, citant le parquet.

En rendant publics les résultats de son enquête interne sur la disparition du journaliste, une affaire au retentissement mondial, l’Arabie saoudite a annoncé simultanément le limogeage d’un haut responsable du renseignement.

« Ahmad al-Assiri, vice-président du service général de renseignement, a été renvoyé de sa fonction », a indiqué SPA, citant un décret royal.

Un conseiller de haut rang à la cour royale a lui aussi été limogé, selon la même source.

Les médias officiels ont également annoncé que le roi Salmane d’Arabie saoudite avait ordonné au prince héritier Mohammed ben Salmane, dit MBS, de restructurer les services de renseignement.

L’annonce de SPA confirmant la mort du journaliste au consulat est intervenue peu après une nouvelle conversation téléphonique sur l’affaire Khashoggi entre le président turc Recep Tayyip Erdogan et le roi Salmane.

Les deux dirigeants, qui se sont entretenus vendredi soir, « ont souligné l’importance de continuer à travailler ensemble en complète coopération », selon une source à la présidence turque parlant sous le couvert de l’anonymat.

M. Erdogan et le roi avaient eu dimanche dernier une première conversation téléphonique sur la disparition du journaliste.

Critique envers le prince héritier, Jamal Khashoggi, qui vivait en exil aux Etats-Unis, n’avait plus reparu depuis qu’il s’était rendu au consulat à Istanbul le 2 octobre pour une démarche administrative.

Des responsables turcs affirmaient sous le couvert de l’anonymat qu’il y avait été assassiné par un commando spécialement envoyé de Ryad. Jusqu’à ce samedi matin, la direction saoudienne avait toujours démenti être impliquée dans sa disparition.

Le président américain Donald Trump a affirmé qu’il considérait les explications saoudiennes sur la mort du journaliste Jamal Khashoggi comme étant crédibles. A un journaliste qui lui demandait s’il jugeait la version de Ryad « crédible », M. Trump a répondu: « oui, oui ». « Encore une fois, il est tôt, nous n’avons pas fini notre évaluation ou enquête mais je pense qu’il s’agit d’un pas très important », a-t-il ajouté en allusion aux révélations saoudiennes.

Ménageant le royaume sunnite au nom des intérêts stratégiques communs, Donald Trump avait admis pour la première fois jeudi que ce journaliste était très probablement mort, menaçant l’Arabie saoudite de « très graves » conséquences.

Qui sont les deux hauts responsables saoudiens limogés?

Le général Ahmed al-Assiri, chef adjoint du renseignement saoudien, et Saoud al-Qahtani, conseiller « médias » à la cour royale, faisaient tous deux partie du cercle rapproché du prince Mohammed Ben Salmane, surnommé MBS. Leur limogeage s’est accompagné de l’arrestation de 18 suspects saoudiens.

Ahmed al-Assiri

Le général saoudien Ahmed al-Assiri, porte-parole de la coalition militaire intervenant au Yémen , le 16 mars 2016 lors d’une interview avec l’AFP à Ryad. (AFP/Archives/FAYEZ NURELDINE)

Agé d’une soixantaine d’années, le général Assiri était un conseiller de haut rang proche de la cour royale et assistait souvent aux réunions à huis clos du prince héritier avec des dignitaires étrangers en visite dans le royaume.

Avant d’être promu chef adjoint du Renseignement général en 2017, le général Assiri était le porte-parole de la coalition militaire intervenant au Yémen depuis 2015 contre les rebelles Houthis soutenus par l’Iran.

Parlant couramment le français, l’anglais et l’arabe, il avait acquis à l’étranger la réputation de harceler les journalistes dont les articles critiquaient les « bavures » saoudiennes au Yémen.

Au printemps 2017, il avait été la cible d’un jet d’œuf lors d’une conférence à Londres et le gouvernement britannique s’était excusé pour cette « agression ».

Le quotidien panarabe à capitaux saoudiens Al-Hayat a qualifié le général Assiri –formé à la prestigieuse école militaire française Saint-Cyr– de « pilote saoudien le plus connu au monde ».

Avant son limogeage samedi, le New York Times avait rapporté que l’Arabie saoudite attribuerait la responsabilité de la disparition de Khashoggi au général Assiri pour tenter de dédouaner MBS.

Saoud al-Qahtani

Homme-clé de l’entourage du prince héritier, Saoud al-Qahtani était jusqu’à samedi conseiller « médias » à la cour royale. Il a organisé des interviews avec MBS pour des journalistes étrangers et a également dirigé le « Centre d’études et d’affaires médiatiques », une unité opérant au sein de la cour royale.

Selon des sources saoudiennes, M. Qahtani, 40 ans, a animé des campagnes de propagande en ligne contre les adversaires du royaume, comme le Qatar et l’Iran.

Avec 1,3 million d’adeptes sur Twitter, ce haut responsable était connu pour ses messages hostiles aux dissidents et à ses rivaux.

Dans un article paru dans le Washington Post au début de l’année, Jamal Khashoggi affirmait que Qahtani entretenait une « liste noire » pour les journalistes critiques du royaume et qu’il était connu pour les intimider.

Dans une interview posthume publiée vendredi par le magazine Newsweek, Khashoggi a qualifié M. Qahtani et un autre haut responsable saoudien, Turki al-Cheikh, de « voyous ».

« Les gens les craignent. Vous les défiez, vous risquez de finir en prison, et c’est ce qui s’est passé », a déclaré feu Jamal Khashoggi.

Il a qualifié M. Qahtani d' »homme le plus important dans les médias », affirmant qu’il contrôlait les activités de relations publiques du gouvernement saoudien.

L’an dernier, M. Qahtani a écrit sur Twitter: « Je ne fais rien de mon propre chef, sans des ordres. Je suis l’employé et l’exécuteur de mon roi et de mon prince héritier ».

De la disparition du journaliste Jamal Khashoggi le 2 octobre à l’aveu, samedi matin, par Ryad qu’il a été tué dans le consulat saoudien à Istanbul, les développements d’une crise majeure.

L’éditorialiste saoudien s’était exilé aux Etats-Unis en 2017, redoutant une arrestation après avoir critiqué le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane (MBS).

Le 2 octobre, vers 10H15 GMT, Jamal Khashoggi entre au consulat saoudien à Istanbul, selon une image de caméra de surveillance publiée par le quotidien américain Washington Post, avec lequel il collabore. Selon sa fiancée, il s’y est rendu pour des démarches en vue de leur prochain mariage.

Le 3, la présidence turque affirme que le journaliste se trouve au consulat saoudien.

Le 5 octobre, dans une interview diffusée  par l’agence Bloomberg, le prince héritier affirme que Khashoggi est effectivement « entré » au consulat, mais qu’il en est sorti peu après.

Le 6, une source proche du gouvernement turc déclare que la police estime « que le journaliste a été tué au consulat par une équipe venue spécialement à Istanbul et repartie dans la même journée ». Ryad dément.

Le 7, le président turc Recep Tayyip Erdogan, qui s’exprime pour la première fois sur cette affaire, dit attendre les résultats de l’enquête.

« Le corps de Khashoggi a été probablement découpé et mis dans des caisses avant d’être transféré par avion hors du pays », affirme le Washington Post, citant un responsable américain.

Ryad doit « prouver » que le journaliste a quitté le consulat, dit M. Erdogan.

Le 10, des télévisions turques diffusent des images de vidéosurveillance montrant l’arrivée à Istanbul de Saoudiens soupçonnés d’avoir conduit l’opération.

Selon le Washington Post, Ankara aurait affirmé à Washington détenir des enregistrements audio et vidéo montrant comment Khashoggi a été « interrogé, torturé puis tué » à l’intérieur du consulat, avant que son corps ne soit démembré.

Le 13, Donald Trump estime que l’Arabie saoudite pourrait être derrière la disparition et menace Ryad d’un « châtiment sévère », tout en excluant un gel des ventes d’armes.

Le 15, le président des Etats-Unis suggère après un entretien téléphonique avec le roi saoudien Salmane que la disparition « pourrait être le fait de tueurs hors de contrôle ».

Le 16, le secrétaire d’Etat Mike Pompeo affirme que Ryad est favorable à une enquête « approfondie », après des entretiens avec le roi et le prince héritier.

M. Trump réclame l’application du principe de présomption d’innocence en faveur de l’Arabie saoudite.

Le lendemain, il nie chercher à « couvrir » ses alliés saoudiens. Il souligne que les Etats-Unis ont besoin de Ryad dans la lutte contre le terrorisme et insiste sur la coopération militaire et sa dimension économique.

Un journal pro-gouvernemental turc, affirmant s’appuyer sur des enregistrements sonores à l’intérieur du consulat, rapporte que le journaliste y a été torturé avant d’être « décapité ».

Selon le New York Times, l’un des hommes identifiés par les autorités turques comme faisant partie de l’équipe soupçonnée d’avoir perpétré l’assassinat appartient à l’entourage du prince héritier, et trois autres aux services de sécurité rattachés au prince.

Le 18, le secrétaire américain au Trésor annonce qu’il ne se rendra pas à une conférence économique à Ryad, boycottée par un nombre croissant de personnalités.

Donald Trump admet pour la première fois que Khashoggi est très probablement mort, menaçant Ryad de « très graves » conséquences si sa responsabilité est confirmée.

Washington décide cependant d’accorder un délai supplémentaire à l’Arabie saoudite pour s’expliquer.

Le 19, les médias turcs indiquent que les enquêteurs ont élargi les recherches à une vaste forêt d’Istanbul. Des images de vidéosurveillance prises le 2 octobre montrent, selon une chaîne de télévision privée, au moins un véhicule muni de plaques diplomatiques y pénétrer après avoir quitté le consulat.

Les enquêteurs ont fouillé cette semaine le consulat et la résidence du consul saoudien.

Mike Pompeo prévient que les Etats-Unis disposent d’une « large gamme » de sanctions possibles contre l’Arabie saoudite s’il s’avérait qu’elle était derrière la disparition du journaliste.

Dans la nuit du 19 au 20 octobre l’Arabie saoudite reconnaît que Jamal Khashoggi a été tué dans le consulat, et annonce une restructuration de ses services de renseignements et des limogeages à leur tête.

« Les discussions entre Jamal Khashoggi et ceux qu’il a rencontrés au consulat du royaume à Istanbul (…) ont débouché sur une rixe, ce qui a conduit à sa mort », déclare l’agence de presse officielle saoudienne SPA, citant le parquet.

Le roi ordonne au prince héritier de restructurer les services des renseignements, dont un des hauts dirigeants, Ahmad al-Assiri, est limogé, ainsi qu’un conseiller de haut rang à la cour royale.

L’ONU et les É.-U. réagissent

Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, est «profondément troublé par la confirmation de la mort de Jamal Khashoggi», indique un communiqué des Nations unies publié peu après la reconnaissance par l’Arabie saoudite de la mort du journaliste saoudien.

Antonio Guterres «souligne la nécessité d’une enquête rapide, approfondie et transparente sur les circonstances de la mort» de Jamal Khashoggi, qui avait disparu le 2 octobre au consulat saoudien d’Istanbul. Que « ceux qui en sont responsables rendent pleinement compte » de leurs actes, ajoute le communiqué de l’ONU.

La rapidité de la réaction d’Antonio Guterres vendredi après l’aveu saoudien tranche avec la prudence observée jusqu’alors à l’ONU depuis début octobre.

Antonio Guterres s’était borné jusqu’à présent à réclamer la «vérité» sur le sort du journaliste saoudien, en dépit des multiples informations pointant du doigt la responsabilité de l’Arabie saoudite dans sa disparition.

Jeudi encore, après un appel de plusieurs ONG à l’ONU pour qu’une enquête internationale soit ouverte sur les circonstances de la disparition de Jamal Khashoggi, le porte-parole de l’ONU, Stéphane Dujarric, avait souligné que des enquêtes par la Turquie et l’Arabie saoudite étaient déjà en cours.

«Si toutes les parties sont d’accord», une enquête internationale des Nations unies peut être engagée par Antonio Guterres, avait ajouté le porte-parole. «Pour qu’elle soit efficace, une enquête  a besoin de la coopération des parties» impliquées dans le dossier, avait-il insisté.

Les États-Unis «attristés»

Les États-Unis sont «attristés» d’apprendre la mort du journaliste, a indiqué la Maison-Blanche.

«Les États-Unis prennent note de l’annonce par le royaume d’Arabie saoudite que l’enquête sur le sort de Jamal Khashoggi progresse et qu’il [NDLR : le royaume] a entrepris des actions à l’encontre des suspects qui ont été pour l’instant identifiés», a affirmé la porte-parole de l’exécutif américain, Sarah Sanders.

«Nous sommes attristés d’apprendre que la mort de M. Khashoggi a été confirmée, et nous présentons nos condoléances les plus sincères à sa famille, à sa fiancée et à ses amis», a-t-elle ajouté.

«Nous continuerons à suivre de près les enquêtes internationales sur cet événement tragique et à appeler à ce que justice soit rendue dans les meilleurs délais et de manière transparente, et en accord avec l’état de droit», a-t-elle encore dit.

Des élus américains se sont montrés nettement plus durs que la Maison-Blanche concernant l’annonce saoudienne.

Le sénateur Lindsey Graham, un proche allié du président Donald Trump, a mis en doute la crédibilité des autorités saoudiennes, qui ont assuré pendant deux semaines que le journaliste avait quitté le consulat vivant.

«Dire que je suis sceptique sur la nouvelle version saoudienne sur M. Khashoggi est un euphémisme», a gazouillé le sénateur républicain.

Bob Menendez, membre démocrate de la commission des Affaires étrangères au Sénat, a lui estimé que les États-Unis devaient sanctionner les Saoudiens impliqués.

«Même si Khashoggi est mort en raison d’une altercation, rien n’excuse son meurtre, a-t-il gazouillé. C’est loin d’être la fin [de l’affaire], et il faut que nous maintenions la pression internationale.»

Affaire Khashoggi: des révélations pour protéger le prince héritier saoudien

Le prince héritier Mohammed ben Salmane le 24 octobre 2017 à Riyad, en Arabie Saoudite. (AFP/FAYEZ NURELDINE)
En tout,le royaume a limogé deux proches conseillers du prince Mohammed ben Salmane, surnommé MBS, ainsi que trois responsables des services de renseignement, et a arrêté 18 suspects saoudiens.

Pour certains analystes, il s’agit d’une recherche de boucs émissaires pour désamorcer la crise internationale causée par la disparition de Jamal Khashoggi, un journaliste saoudien critique du pouvoir.

Après 17 jours de démentis, l’annonce par les autorités saoudiennes que M. Khashoggi avait été tué lors d’une « bagarre » au consulat saoudien à Istanbul — sans qu’on sache où est son corps –, a suscité scepticisme et interrogations à travers le monde.

L’Arabie saoudite avait précédemment rejeté les accusations de responsables turcs selon lesquelles Khashoggi aurait été torturé et tué par des agents saoudiens venus spécialement de Riyad.

«C’est le plus gros problème de l’Arabie saoudite», relève Michael Stephens, expert du Moyen-Orient au Royal United Services Institute. «Depuis le début, elle a menti publiquement et cela sape totalement sa position».

Outre une crise de crédibilité, le scandale provoqué par la disparition de Khashoggi a alimenté des spéculations selon lesquelles MBS risquait d’être délogé du pouvoir par des membres de la famille royale irrités par ses abus.

Mais, selon des analystes, ce danger semble s’être atténué. Le prince héritier de 33 ans a accumulé un niveau de pouvoir jamais égalé par ses prédécesseurs et seul son père, le roi Salmane, âgé de 82 ans, est en mesure de l’évincer, estiment-ils.

Or le vieux monarque a publié samedi un décret royal pour former une commission ministérielle, dirigée par MBS, pour réorganiser les services de renseignement du royaume, indiquant ainsi qu’il était désireux de voir le prince héritier rester.

«Malgré les spéculations, les dernières annonces prouvent que le roi croit toujours que la ligne de succession actuelle est appropriée», juge Eurasia Group, une société de conseil en risques.

Cette crise semble d’ailleurs avoir incité le roi, habituellement en retrait et qui paraît avoir confié les affaires courantes à MBS, à multiplier les contacts diplomatiques, notamment avec la Turquie et les États-Unis.

«Éloigner» MBS des soupçons

Le roi Salmane a également ordonné le limogeage du général Ahmed al-Assiri, chef-adjoint du renseignement, et de Saoud al-Qahtani, conseiller «médias» à la cour royale, tous deux membres de la garde rapprochée du prince héritier.

Pour l’analyste Kristian Ulrichsen du Baker Institute de l’université de Rice aux États-Unis, «renvoyer Saoud al-Qahtani et Ahmed al-Assiri, c’est aller aussi près que possible de MBS».

Et «la décision de destituer des membres du cercle restreint autour de Mohammed ben Salmane vise à démontrer une réelle volonté de rendre des comptes », tout en « éloignant le prince héritier du meurtre», précise Eurasia.

Ces limogeages n’ont pas endigué la vague de critiques internationales contre MBS, dont l’image de réformateur a été ternie par la répression de dissidents, éclipsant ainsi son programme de modernisation Vision 2030 destiné à préparer le royaume à l’ère post-pétrolière.

«Il sera intéressant de voir si ces mesures s’avèrent suffisantes. Si (la révélation) au goutte à goutte de détails supplémentaires (sur la mort de Khashoggi) continue, il n’y aura plus rien pour protéger MBS», ajoute M. Ulrichsen.

Le président américain Donald Trump semble également avoir appuyé le prince, endossant rapidement l’explication saoudienne sur la mort de M. Khashoggi et la qualifiant de « pas très important ».

Le Washington Post, dont M. Khashoggi était un collaborateur, a affirmé samedi que la CIA avait écouté des enregistrements de responsables turcs prouvant que le journaliste avait été sauvagement assassiné par des agents saoudiens ayant ensuite démembré son corps.

La CIA a nié avoir écouté des enregistrements de responsables turcs.

«S’en tirer à bon compte»

Selon le New York Times, un agent saoudien identifié par la Turquie aurait accompagné MBS pendant ses voyages à l’étranger. Trois autres sont liés à ses services de sécurité et un cinquième est un médecin légiste de haut niveau, selon le journal américain.

Pour autant, le pouvoir saoudien ne cherche pas à camoufler quoi que ce soit dans la mort de M. Khashoggi, assurent des personnalités proches des cercles dirigeants saoudiens.

«La destitution de deux hauts fonctionnaires, un conseiller très puissant et très proche de MBS et le chef adjoint du renseignement (…) ne peut être considérée comme une tentative de dissimulation», a tweeté Ali Shihabi qui dirige l’Arabia Foundation, un groupe de réflexion prosaoudien basé à Washington.

Cependant, M. Shihabi, qui cite une source saoudienne de haut rang, a lui-même contredit la version officielle en affirmant que M. «Khashoggi est mort étranglé lors d’une altercation physique, pas après une bagarre à coups de poing ».

La Turquie a promis, pour sa part, de révéler tous les détails sur la mort de M. Khashoggi. Plusieurs pays et ONG ont appelé à une enquête internationale indépendante.

«On ne peut pas laisser le régime saoudien se cacher derrière des mensonges et s’en tirer à bon compte», a déclaré Summer Lopez, directrice de la liberté d’expression à PEN America.

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