Démission surprise de Nikki Haley, ambassadrice américaine à l’ONU

0
L’ambassadrice américaine à l’ONU, Nikki Haley. (US Mission to the UN/@USUN)

L’ambassadrice des Etats-Unis aux Nations unies, Nikki Haley, la femme la plus en vue du gouvernement de Donald Trump, a créé la surprise mardi en annonçant sa démission.

Les deux responsables en ont fait l’annonce ensemble dans le Bureau ovale, sans fournir clairement d’explications.

« Elle m’a dit il y a environ six mois qu’elle souhaitait prendre une pause », a justifié le président des Etats-Unis, précisant que le départ serait effectif « à la fin de l’année » et sans dévoiler le nom de son successeur.

Il a loué son « travail fantastique » et espéré qu’elle puisse « revenir à un moment ou un autre ». « Elle a été très spéciale pour moi », a insisté Donald Trump devant la presse.

Nikki Haley, 46 ans, l’un des membres les plus populaires de l’administration républicaine et à qui l’on a souvent prêté des vues sur la Maison Blanche, a assuré qu’elle ne serait pas candidate à la présidentielle de 2020.

« Il est important de savoir quand il est temps de faire un pas de côté », a-t-elle juste expliqué, affirmant ne pas avoir de plan précis pour la suite de sa carrière.

Le site Axios, qui a révélé l’information, et les autres médias n’ont pas non plus fourni d’explication pour ce départ surprise, qui fait suite à de nombreuses démissions et limogeages dans l’entourage du président depuis son arrivée au pouvoir début 2017. L’équipe diplomatique initiale aura ainsi été totalement remodelée, avec l’arrivée au printemps de Mike Pompeo comme secrétaire d’Etat et de John Bolton comme conseiller à la sécurité nationale.

La valse des ministres et conseillers de Trump
09/10/2018 17h03 GMT

Nikki Haley, ambassadrice américaine à l’ONU, a encore allongé mardi la liste des ministres, conseillers ou stratèges qui quittent le navire de l’administration Trump, moins de deux ans après l’entrée en fonction du 45e président américain.

Du secrétaire général de la Maison Blanche, Reince Priebus à son porte-parole, Sean Spicer et sa directrice de communication Hope Hicks, ils sont déjà très nombreux à être partis. Voici les principaux:

Dans un discours très chaleureux contrastant avec d’autres départs retentissants, Donald Trump a annoncé mardi que son ambassadrice à l’ONU, nommée dès son arrivée à la Maison Blanche, quitterait ses fonctions à la fin de l’année. Fille d’immigrés indiens au caractère affirmé, Nikki Haley a confié que ce poste aura été « l’honneur d’une vie ». Aucune explication claire n’a été fournie pour élucider l’annonce surprise du départ de la femme la plus en vue du gouvernement et l’un des membres les plus populaires de l’administration républicaine. A 46 ans, cette ex-gouverneure de la Caroline du Sud a affirmé n’avoir aucune intention de se présenter contre Donald Trump en 2020 et même promis de faire campagne pour le septuagénaire.

En deux tweets, Donald Trump a annoncé avoir accepté la démission de Scott Pruitt, le 5 juillet. Le dirigeant de l’agence de protection de l’environnement (EPA), ayant minutieusement détricoté le bilan environnemental de Barack Obama, était englué dans une cascade de scandales liés à son train de vie et à son utilisation des fonds publics. C’est le numéro deux de l’EPA, Andrew Wheeler, qui assure depuis l’intérim.

En septembre 2017, le président avait lâché qu’il n’était « pas content » de son ministre de la Santé, Tom Price, après de multiples révélations sur ses dépenses aériennes. Il avait démissionné quelques minutes après.

L’ancien PDG d’ExxonMobil a été limogé de son poste de chef de la diplomatie le 13 mars, après des mois de tensions et d’humiliations de la part de M. Trump sur la stratégie diplomatique américaine, que ce soit sur l’Iran ou la Corée du Nord. Censé porter la parole des Etats-Unis, l’ancien patron était souvent coupé des processus de décision. L’un de ses proches a d’ailleurs expliqué qu’il n’avait pas parlé au président avant son éviction, annoncée sur Twitter.

Cet ancien patron de la banque d’investissement Goldman Sachs a quitté son poste de conseiller économique principal du président le 6 mars pour protester contre la décision du dirigeant d’imposer de nouveaux droits de douane sur les importations d’acier et d’aluminium, ultime goutte d’eau après plusieurs désaccords de fond entre lui et M. Trump.

Le « président Bannon », comme était surnommé ce discret mais très influent conseiller de l’ombre, a joué un rôle crucial dans la dernière ligne droite de la présidentielle remportée par Donald Trump, lorsqu’il a donné un virage résolument populiste à la campagne du milliardaire.

Proche de l’extrême droite, sa cohabitation avec d’autres ténors à la Maison Blanche a tourné à la guerre interne mais, même déchu, il a assuré qu’il continuerait à se battre « pour Trump ». Il a démissionné le 18 août 2017 après 210 jours à son poste.

Michael Flynn n’a tenu que 22 jours comme conseiller à la Sécurité nationale. Ancien chef du renseignement militaire américain très apprécié de Donald Trump, il a fait les frais, le 13 février 2017, de l’affaire russe, dont il est l’un des principaux protagonistes. Il avait été remplacé par H.R. McMaster, général trois étoiles qui a à son tour quitté ses fonctions en avril dernier, après plusieurs mois passés dans une position très affaiblie. Le président l’avait notamment réprimandé sur Twitter pour avoir estimé « irréfutables » les preuves d’une ingérence de Moscou dans l’élection américaine. Il a été remplacé par le très conservateur John Bolton.

– Critique de l’ONU –

L’ex-gouverneure de Caroline du Sud s’est distinguée en portant d’emblée une ligne dure notamment contre la Corée du Nord et l’Iran, les deux principaux dossiers de politique étrangère de ce gouvernement, même lorsque d’autres ministres poussaient une ligne plus modérée.

Depuis New York, elle se faisait également l’écho des critiques présidentielles à l’égard de l’ONU, souvent vue comme une bureaucratie lourde et inefficace dans laquelle Washington investit beaucoup trop d’argent mais aussi comme une institution avec d’évidents « biais anti-Israéliens ». Elle plaidait pour consacrer l’aide financière des Etats-Unis aux pays « amis ».

Après l’arrivée à la Maison Blanche du milliardaire, novice en relations internationales, elle avait occupé le devant de la scène diplomatique américaine, profitant de l’effacement médiatique du secrétaire d’Etat de l’époque, Rex Tillerson. Elle est apparue davantage en retrait depuis que le département d’Etat a été confié à Mike Pompeo, un responsable politique très proche de Donald Trump et plus présent sur la scène médiatique que son prédécesseur.

Cette ambitieuse femme politique s’était fait connaître dans son Etat conservateur en soutenant le retrait du drapeau confédéré des bâtiments officiels après qu’un partisan de la suprématie blanche eut tué en juin 2015 neuf paroissiens noirs dans une église de Charleston.

Cette fille d’immigrés indiens, dynamique, chaleureuse et directe n’a pas toujours été du côté de Donald Trump.

En février 2016, elle avait jugé que le milliardaire incarnait « tout ce qu’un gouverneur ne veut pas d’un président ». Et juste avant la victoire du 8 novembre 2016, Nikki Haley se disait même « pas fan » du tonitruant candidat républicain.

Mais, après, elle a gagné ses galons dans la galaxie Trump jusqu’à en devenir un des principaux membres, avec accès direct au président. Si elle a laissé entendre l’existence de désaccords avec Donald Trump notamment lorsque ce dernier n’a pas clairement condamné les sympathisants nazis après la mort d’une manifestante antiraciste lors de violences à Charlottesville, à l’été 2017, elle a toujours pris soin de ne pas les étaler sur la place publique.

« Si je ne suis pas d’accord avec quelque chose et je crois que c’est suffisamment important pour être discuté avec le président, je le fais. Et il écoute », avait-elle écrit dans une tribune dans la presse en septembre, en réponse au texte anonyme d’un membre de l’administration qui évoquait une « résistance de l’intérieur » aux agissements de Donald Trump.

Les commentaires sont fermés.