A Pékin, l’accueil solennel à Shinzo Abe près de la place Tiananmen marque un tournant

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Le Premier ministre japonais Shinzo Abe (d) accompagné par son homologue chinois Li Keqiang passent en revue la garde d’honneur, le 26 octobre 2018 place Tiananmen à Pékin. (AFP/GREG BAKER)

Shinzo Abe a passé les troupes en revue près de la place Tiananmen à Pékin vendredi lors de la première visite officielle d’un chef de gouvernement japonais depuis 2011, alors que la guerre commerciale livrée par les États-Unis rapproche les deux puissances asiatiques rivales.

Le Premier ministre chinois Li Keqiang a accueilli M. Abe devant le Palais du Peuple près duquel flottait le drapeau japonais puis ils ont procédé ensemble au passage en revue d’une garde d’honneur avant d’entrer dans le palais pour y tenir des discussions.

Ce déplacement s’inscrit dans un long processus de réconciliation, six ans après la nationalisation par l’État nippon d’îles disputées par Pékin, décision qui avait mis le feu aux poudres, déclenché des manifestations anti-japonaises en Chine et refroidi durablement les relations entre les deux pays. Il avait fallu attendre fin 2014 pour que s’amorce un timide dégel.

Les relations se sont réchauffées récemment au fur et à mesure que le président américain Donald Trump imposait des droits de douane massifs à la Chine et s’en prenait aux exportations japonaises dans le but affiché de réduire le déficit commercial des Etats-Unis.

Chinois et Japonais ont spectaculairement réchauffé leurs relations vendredi, six ans après une grave crise navale, les deux pays signant une rafale de contrats à l’occasion d’une rare visite d’un Premier ministre nippon à Pékin.

« La relation sino-japonaise est en train de revenir sur les rails », s’est félicité le président chinois Xi Jinping en recevant Shinzo Abe, lors de la première visite officielle d’un chef de gouvernement japonais depuis 2011, à un moment où la guerre commerciale livrée par les États-Unis rapproche les deux puissances rivales.

Les deux hommes, qui n’hésitent pas à faire vibrer la corde nationaliste, sont arrivés au pouvoir presque en même temps, fin 2012, au moment où Pékin et Tokyo se mesuraient à propos de la souveraineté d’îlots en mer de Chine orientale. MM. Abe et Xi ne s’étaient depuis rencontrés qu’en marge de sommets internationaux.

A Pékin, M. Abe a cherché à démontrer que la page de l’affrontement était tournée.

Les deux puissances asiatiques sont tombées d’accord pour « jouer un rôle constructif en faveur de la paix et de la prospérité de la région », a-t-il lancé à l’issue d’un entretien avec son homologue chinois Li Keqiang.

Alors que les deux hommes présidaient à la signature de contrats d’une valeur de 2,3 milliards d’euros et d’un accord d’échange de devises, il a émis l’espoir que le commerce « permettrait d’approfondir les liens entre les peuples japonais et chinois ».

Les deux pays, quoiqu’à des degrés différents, sont confrontés au même défi commercial de la part de l’Amérique de Donald Trump.

« La situation internationale est instable et l’incertitude s’accroît », a remarqué Shinzo Abe, estimant que la coopération économique entre les Etats bénéficiait « au développement du libre-échange mondial ».

Les relations sino-japonaises se sont réchauffées récemment au fur et à mesure que le président américain imposait des droits de douane massifs à la Chine et s’en prenait aux exportations japonaises, dans le but affiché de réduire le déficit commercial des Etats-Unis.

– ‘Marge de manoeuvre’ –

« L’incertitude générée par la politique de Trump a fait comprendre à Abe qu’il ne peut pas miser entièrement » sur son allié américain, observe Hu Lingyuan, directeur du Centre d’études japonaises à l’Université Fudan de Shanghai.

« S’il améliore sa relation avec la Chine, il aura davantage de marge de manoeuvre dans ses négociations avec les Etats-Unis », suppose l’expert chinois.

M. Abe est accompagné à Pékin d’une délégation d’un millier d’entreprises qui ont signé pas moins de 500 contrats, selon Li Keqiang. Les Japonais cherchent à accroître leur présence sur le vaste marché chinois, tandis que la Chine est intéressée par la technologie japonaise afin de pallier notamment au tarissement des exportations américaines.

Le déplacement de M. Abe s’inscrit dans un long processus de réconciliation, six ans après la « nationalisation » par l’État nippon d’îles disputées par Pékin, décision qui avait déclenché des manifestations anti-japonaises en Chine et refroidi durablement les relations. Il avait fallu attendre fin 2014 pour que s’amorce un timide dégel.

Les deux pays ont approuvé vendredi un mécanisme destiné à prévenir un affrontement accidentel en mer de Chine orientale, où leurs navires entrent fréquemment en contact autour de l’archipel contesté des Senkaku (appelé Diaoyu en chinois).

Signe que la tension n’a pas entièrement disparu, M. Abe a averti son homologue Li Keqiang que « sans stabilité en mer de Chine orientale, il ne pourra y avoir de véritable amélioration des relations », selon des propos rapportés par un porte-parole nippon.

Il a également assuré à son interlocuteur que « la communauté internationale regarde attentivement la situation des droits de l’homme en Chine », selon la même source.

MM. Abe et Li ont commémoré jeudi le 40e anniversaire du Traité de paix et d’amitié scellé en 1978 par Pékin et Tokyo. Le Premier ministre japonais devait quitter Pékin samedi matin.

Pékin et Tokyo devraient s’entretenir des moyens de renforcer la coopération économique entre la deuxième et la troisième économies du monde. M. Abe est accompagné d’une délégation de 500 entreprises japonaises soucieuses d’accroître leur présence sur le vaste marché chinois tandis que la Chine est intéressée par la technologie japonaise.

« Bien que les Etats-Unis soient un facteur assez influent dans les relations sino-japonaises, l’effet est limité », a commenté dans un éditorial le journal nationaliste chinois Global Times. « Si Pékin et Tokyo ont l’intention de fonder leurs futures relations bilatérales sur l’attitude de Washington, ils ne feront que s’égarer », poursuit le quotidien d’Etat.

MM. Abe et Li se sont déjà vus jeudi au cours d’une réception organisée pour le 40e anniversaire du Traité de paix et d’amitié scellé en 1978 par Pékin et Tokyo.

Li Keqiang avait alors appelé les deux pays à « promouvoir ensemble la paix au niveau régional » et à « protéger le multilatéralisme et la libre entreprise », selon la télévision d’Etat CCTV.

« Le Japon et la Chine jouent un rôle irremplaçable dans le développement économique de l’Asie et du monde », avait souligné Shinzo Abe, toujours d’après CCTV.

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