Syrie: les jihadistes face à une nouvelle échéance clé à Idleb

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Photo d’un entraînement de nouveaux membres de Hayat Tahrir al-Cham (HTS), organisation formée par l’ex-branche armée d’Al-Qaïda, dans la région d’Idleb, en Syrie, le 14 août 2018.(AFP/Archives/OMAR HAJ KADOUR)

Une zone tampon prévue dans la province d’Idleb en Syrie a été vidée des armes lourdes des groupes rebelles et jihadistes avant la date butoir de mercredi, mais le plus dur reste à faire avec le retrait avant lundi des jihadistes.

Le 17 septembre, la Turquie, soutien des rebelles, et la Russie, alliée du président Bachar al-Assad, ont conclu un accord pour éviter un assaut du régime syrien contre Idleb, dernier grand bastion insurgé et jihadiste en Syrie, pays en guerre depuis 2011.

L’organisation jihadiste Hayat Tahrir al-Cham (HTS), dominée par l’ex-branche syrienne d’Al-Qaïda, contrôle 60% de cette province du nord-ouest frontalière de la Turquie. Des groupes rebelles y sont également présents de même que des soldats turcs. Le régime a repris il y a des mois de nombreux villages de la province.

L’accord russo-turc prévoyait le retrait avant mercredi par les insurgés et les jihadistes des armes lourdes des secteurs qui feront partie d’une future « zone démilitarisée » de 15 à 20 km de large qui devra séparer les territoires insurgés de ceux contrôlés par le régime.

Rebelles et jihadistes ont respecté ce délai >>.

« Aucune arme lourde n’est désormais visible dans la zone tampon », a indiqué à l’AFP le directeur de l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), Rami Abdel Rahmane.

Le Front national de libération (FNL), une coalition rebelle soutenue par Ankara, a affirmé avoir retiré toutes ses armes lourdes lundi. Les jihadistes lui ont emboîté le pas, a précisé l’OSDH.

Selon des journalistes de l’AFP sur place, des armes lourdes, dont des chars et des canons d’artillerie, ont été retirés de la zone et transportés ailleurs à Idleb.

Le retrait des armes lourdes de la future zone démilitarisée d’Idleb, dernier grand bastion rebelle en Syrie, s’est achevé mercredi, a annoncé le ministère turc de la Défense.

« La Turquie a rempli ses responsabilités en tant que pays garant », affirme le ministère dans un communiqué. « Dans ce cadre, (…) le retrait des armes lourdes dans la zone démilitarisée d’Idleb s’est achevé le 10 octobre ».

Le 17 septembre, la Turquie, soutien des rebelles, et la Russie, alliée du président Bachar al-Assad, avaient conclu un accord pour éviter un assaut du régime syrien contre Idleb, dernier grand bastion insurgé et jihadiste en Syrie, pays en guerre depuis 2011.

L’accord russo-turc prévoyait le retrait avant mercredi par les insurgés et les jihadistes des armes lourdes des secteurs qui feront partie d’une future « zone démilitarisée ». Celle-ci, de 15 à 20 km de large, devra séparer les territoires insurgés de ceux contrôlés par le régime.

Rebelles et jihadistes ont respecté ce délai.

Si le retrait des armes lourdes, premier volet de l’accord russo-turc, a été mis en oeuvre, la création d’une « zone démilitarisée » ne prendra forme qu’après le retrait des combattants jihadistes de la zone, qui doit avoir lieu d’ici lundi prochain.

En l’absence de toute communication officielle des jihadistes, le doute plane autour du respect de cette deuxième échéance.

– « Tâche difficile » –

Le premier délai de l’accord respecté, les experts estiment que la deuxième échéance est plus difficile à exécuter.

Le texte stipule un départ d’ici lundi 15 octobre de tous les jihadistes de la future zone tampon, notamment ceux de HTS qui n’ont pas réagi à l’accord.

A cinq jours de la date butoir, les combattants de HTS et d’autres groupes jihadistes n’ont néanmoins montré aucun signe d’un éventuel départ.

Selon Haid Haid, un analyste au groupe de réflexion britannique Chatham House, le retrait des armes lourdes constituait l’étape la plus facile de l’accord.

« La tâche la plus difficile sera le retrait des forces (jihadistes) de la région », explique-t-il.

Le ministre syrien des Affaires étrangères Walid Mouallem s’est lui dit confiant dans la capacité de la Turquie de remplir sa part de l’accord « du fait de sa connaissance des factions » insurgées.

Les jihadistes de HTS ainsi que du Parti islamique du Turkestan (TIP) et de Houras al-Din contrôlent plus des deux tiers de la future zone tampon.

Pendant des années, de nombreux jihadistes se sont battus en Syrie et souhaitent conserver leur influence dans Idleb.

La poche d’Idleb, dernier bastion insurgé / © AFP / Sophie RAMIS
« HTS mise sur le long terme à Idleb », estime Nicolas Heras, chercheur au Center for a New American Security. Il considère que « la Turquie lui permettra de continuer à opérer dans le nord-ouest syrien tant qu’il fera profil bas ».

Si HTS ne contrarie pas la Turquie, « il aura une occasion en or de s’enraciner à Idleb », poursuit-il.

Les jihadistes de Hayat Tahrir al-Cham (HTS), qui contrôlent la majorité de la province d’Idleb, sont appelés à se retirer d’ici lundi des régions qui doivent former la future « zone démilitarisée » selon un accord russo-turc.

Cet accord, conclu le 17 septembre, a permis d’éviter pour le moment une offensive du régime contre ce dernier grand fief rebelle et jihadiste en Syrie, situé dans le nord-ouest, à la frontière turque.

Le groupe HTS a souvent changé de nom mais le noyau dur a été formé par l’ex-branche syrienne d’Al-Qaïda. Il a toujours été exclu des trêves et cessez-le-feu parrainés par l’ONU ou la Russie dans le pays en guerre.

– Qui est le groupe HTS?

Le groupe HTS s’est d’abord fait connaître sous le nom de Front al-Nosra, à partir de janvier 2012. C’est par ce nom que le pouvoir syrien de Bachar al-Assad et son allié russe continuent de le désigner.

Classé groupe « terroriste » par Washington, l’Union européenne et l’ONU, il a été un prolongement de la branche irakienne d’Al-Qaïda. Son chef, le Syrien Abou Mohammad al-Jolani, a fait ses premières armes en Irak.

En 2013, le groupe a maintenu son allégeance à Al-Qaïda, avant d’annoncer la rupture en juillet 2016, et de se rebaptiser Front Fateh al-Cham. Début 2017, il s’auto-dissout pour devenir la principale composante de HTS.

Le HTS comprend essentiellement des jihadistes syriens. Il compte quelque 30.000 hommes, dont environ 10.000 étrangers, d’après l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH). Des jihadistes « très bien organisés et rompus au combat », estime l’expert sur la Syrie, Fabrice Balanche.

Selon Charles Lister, analyste au Middle East Institute, les combattants étrangers sont notamment originaires de Jordanie, d’Arabie saoudite, de Tunisie, d’Egypte ou d’Asie centrale.

– Quel pouvoir ?

L’organisation contrôle 60% de la province d’Idleb. Elle y a mis en place une administration civile qui collecte des droits de douane à la frontière avec la Turquie et récolte des impôts auprès des commerçants.

L’influence « de HTS est en grande partie due au fait qu’il contrôle les flux commerciaux entrant et sortant d’Idleb, ce qui aide à financer le groupe et lui confère un pouvoir plus grand que sa taille », estimait au début du mois Nicholas Heras, chercheur au Centre for a New American Security.

Au fur et à mesure que le régime reprenait le terrain perdu dans le pays, les combattants de HTS, présents dans le sud et près de Damas, ont été évacués vers Idleb.

L’organisation a été la cible de frappes russes ou de la coalition antijihadistes emmenée par Washington. Plusieurs hauts commandants ont été tués.

– Quels rapports avec rebelles et EI?

Autrefois allié à d’influents groupes rebelles islamistes -Ahrar al-Cham ou Noureddine al-Zinki-, des combats sanglants ont opposé en 2017 les deux camps dans le cadre de luttes de pouvoir.

Ahrar al-Cham et Noureddine al-Zinki ont annoncé début 2018 leur fusion parrainée par la Turquie. Ils ont rallié en août quatre autres factions rebelles pour former une nouvelle coalition, le Front national de libération (FNL).

HTS a par ailleurs multiplié les raids contre les « cellules dormantes » de son rival, le groupe Etat islamique (EI), qui a revendiqué assassinats et attentats contre dirigeants de l’organisation ces derniers mois.

Les deux groupes jihadistes s’étaient déjà affrontés ailleurs en Syrie.

– Quel avenir?

Le 22 août, M. Jolani a réitéré la détermination du groupe à résister face à une éventuelle offensive de Damas contre Idleb.

La Russie réclame la dissolution de HTS.

Mais la Turquie, qui parraine des groupes rebelles et a désigné HTS comme une organisation « terroriste », a conclu le 17 septembre avec la Moscou un accord qui a permis d’éviter une offensive qui déstabiliserait sa frontière et provoquerait l’afflux de nouveaux réfugiés vers son territoire.

L’accord a commencé à être appliqué avec le retrait par les rebelles et jihadistes, y compris HTS, des armes lourdes de la future « zone démilitarisée » de 15 à 20 km de large, à la date butoir prévue par le texte.

Le HTS ne s’est pas prononcé sur l’accord mais des sources proches de l’organisation ont confirmé le retrait des armes lourdes.

La création d’une « zone démilitarisée » ne prendra forme qu’après le retrait des jihadistes de la zone, qui doit avoir lieu d’ici lundi prochain, selon l’accord.

– « Geler la guerre » –

Ces dernières semaines, la Turquie a envoyé des convois militaires dans la province d’Idleb et ses soldats sont censés patrouiller dans la future « zone démilitarisée ».

Selon M. Heras, la Russie a cherché à confier à la Turquie la difficile mission de traiter avec les groupes jihadistes dans la région.

« Les Russes veulent ‘geler’ la guerre dans l’ouest de la Syrie et s’attaquer à la reconstruction des zones sous le contrôle d’Assad », dit-il.

Depuis l’intervention militaire russe dans le conflit en septembre 2015, les forces du régime ont enchaîné les victoires et contrôlent désormais la majeure partie du territoire. Elles s’apprêtaient à une ultime offensive contre Idleb avant la conclusion de l’accord russo-turc.

« Assad voudrait reconquérir Idleb, mais pour le moment, il n’a pas de meilleure option que cet accord », souligne M. Heras.

Déclenchée en mars 2011 par la répression brutale de manifestations pro-démocratie, la guerre en Syrie a tué plus de 360.000 personnes et poussé à la fuite des millions d’autres.

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