Syrie: sommet inédit à Istanbul avec Turquie, Russie, France et Allemagne

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Le ministre russe des Affaires étrangères Sergei Lavrov et son homologue turc Mevlut Cavusoglu au sommet d’Istanbul sur la Syrie, le 27 octobre 2018. (Turkish Foreign Ministry press service/AFP/CEM OZDEL)

Les dirigeants de la Turquie, la Russie, la France et l’Allemagne se réunissaient samedi à Istanbul pour un sommet inédit sur la Syrie visant à préserver la trêve fragile à Idleb, faciliter l’accès de l’aide humanitaire et avancer vers une transition politique.

Les présidents russe Vladimir Poutine et français Emmanuel Macron, ainsi que la chancelière allemande Angela Merkel sont arrivés à Istanbul où ils retrouveront leur hôte Recep Tayyip Erdogan pour ce sommet qui réunissait, à partir de 12h00 GMT, des acteurs aux initiatives concurrentes.

Cette rencontre survient au lendemain de frappes du régime syrien qui ont tué sept civils dans la province rebelle d’Idleb (nord-ouest), le bilan le plus élevé depuis l’entrée en vigueur d’un cessez-le-feu négocié le mois dernier par Ankara et Moscou.

Sans attendre le sommet, MM. Macron et Poutine ont évoqué la situation à Idleb dans un entretien téléphonique samedi matin.

Le président français « a rappelé ses objectifs de prolonger le cessez-le-feu à Idleb, de prohiber les armes chimiques, d’assurer l’accès de l’aide humanitaire et de trouver un calendrier de temps pour le processus politique », selon l’Elysée.

L’accord entre Moscou, allié du régime, et Ankara, parrain des rebelles, prévoyait notamment la mise en place d’une « zone démilitarisée » de 15 à 20 kilomètres de large pour séparer les territoires insurgés d’Idleb des régions gouvernementales.

MM. Erdogan et Poutine avaient conclu cette entente in extremis alors que le régime était sur le point de lancer une offensive de grande ampleur sur cet ultime grand bastion de l’opposition, au risque d’une catastrophe humanitaire.

Les dirigeants de Turquie, Russie, France et Allemagne ont appelé lors du sommet à Istanbul samedi à préserver le cessez-le-feu en vigueur dans la province syrienne rebelle d’Idleb.

Le sommet « a insisté sur l’importance d’un cessez-le-feu durable (à Idleb) tout en soulignant la nécessité de poursuivre la lutte contre le terrorisme », selon la déclaration finale lue à l’issue de la réunion par le président turc Recep Tayyip Erdogan.

Le président français Emmanuel Macron a appelé samedi la Russie à « exercer un pression très claire sur le régime syrien » pour garantir un « cessez-le-feu stable et durable à Idleb ».

« Nous comptons sur la Russie pour exercer une pression très claire sur le régime, qui lui doit sa survie », a déclaré M. Macron lors d’une déclaration conjointe à l’issue du sommet.

Lors du sommet, les quatre dirigeants ont également « étudié quelles formules nouvelles peuvent être trouvées afin d’apporter une solution politique » à ce conflit complexe qui a fait plus de 360.000 morts depuis 2011.

La Turquie, la Russie, la France et l’Allemagne ont appelé samedi à établir « avant la fin de l’année » un Comité constitutionnel censé élaborer une nouvelle loi fondamentale en Syrie, et à faciliter l’acheminement de l’aide humanitaire.

Les dirigeants des quatre pays « appellent à l’établissement et à (une première) réunion à Genève avant la fin de l’année du Comité constitutionnel, si les circonstances le permettent », ainsi qu’à « assurer l’accès rapide, sûr et sans restrictions des organisations humanitaires à travers la Syrie », selon la déclaration finale adoptée à l’issue d’un sommet inédit à Istanbul.

Sur ce point, la formation sous les auspices de l’ONU d’un Comité constitutionnel censé élaborer une nouvelle loi fondamentale s’annonce comme l’un des principaux défis en raison du blocage du régime.

L’émissaire des Nations unies pour la Syrie Staffan de Mistura, qui a déploré vendredi la paralysie de son plan, était lui aussi présent au sommet d’Istanbul.

Il appartient au peuple syrien « de l’intérieur et de l’extérieur » de décider du sort du président Bachar al-Assad, a estimé pour sa part samedi le chef de l’Etat turc Recep Tayyip Erdogan.

« La volonté qui va déterminer le sort d’Assad, c’est la volonté du peuple syrien. C’est l’ensemble du peuple syrien, de l’intérieur et de l’extérieur, qui prendra une décision », a déclaré M. Erdogan à l’issue du sommet.

Les quatre pays ont par ailleurs exhorté à « assurer l’accès rapide, sûr et sans restrictions des organisations humanitaires à travers la Syrie ».

Selon la déclaration finale du sommet, les quatre pays « ont souligné la nécessité de créer à travers le pays les conditions permettant le retour en sécurité et volontaire des réfugiés ».

– Etre « réaliste » –

Si aucune annonce majeure ne devrait intervenir à l’issue du sommet –l’Elysée disait avoir des « attentes modestes » et le Kremlin appelle à être « réaliste »–, cette réunion au format inédit donnera l’occasion aux quatre dirigeants de chercher des terrains d’entente.

La Turquie et la Russie forment avec l’Iran un trio incontournable sur le terrain où ils ont permis un relatif silence des armes à la faveur du processus dit d’Astana. La France et l’Allemagne font elles partie du « small group » sur la Syrie qui compte cinq autres pays, dont les Etats-Unis.

« Il y a des approches différentes. Mais, en gros, tout le monde souhaite naturellement aboutir à un règlement politique en Syrie », a souligné vendredi le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, appelant à « harmoniser les positions ».

Les quatre pays ont parlé aussi de la reconstruction de la Syrie — un thème cher à Moscou –, mais la ministre allemande de la Défense Ursula von der Leyen a prévenu samedi que celle-ci ne pourrait pas se faire « au profit de la dictature d’Assad ».

Deux acteurs importants du conflit en Syrie, l’Iran et les Etats-Unis, qui sont à couteaux tirés, seront absents samedi. M. Macron s’est toutefois entretenu jeudi avec le président américain Donald Trump pour accorder leurs positions.

Face à l’influence que Moscou assoit grâce à ses victoires militaires au bénéfice du régime, le ministre américain de la Défense Jim Mattis a affirmé samedi que la Russie ne pourrait « pas remplacer les Etats-Unis » au Proche-Orient.

Jusqu’à présent, les initiatives du groupe Russie-Turquie-Iran, trois pays aux intérêts propres qui ont investi d’importantes ressources militaires en Syrie, ont largement éclipsé les efforts des Occidentaux et des Nations unies sur la transition politique.

On s’attendait à ce que le président turc Erdogan tente néanmoins de profiter de la présence des deux dirigeants européens pour « renforcer son +poids+ dans les négociations avec Poutine et modifier le rapport de force en sa faveur », souligne Jana Jabbour, spécialiste de la Turquie.

Ce sommet intervient par ailleurs au moment où la région est secouée par le meurtre du journaliste critique saoudien Jamal Khashoggi dans le consulat de son pays à Istanbul.

M. Erdogan, qui recevait Mme Merkel avant la réunion quadripartite, évoquera cette affaire avec ses hôtes lors des rencontres bilatérales prévues en marge du sommet.

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