Trident Juncture 2018: un exercice carrément anti-russe, déplore Moscou

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Les Marines américains débarquent en Islande dans la phase initiale de l’exercice Trident Juncture, 17 octobre 2018. (OTAN)

« L’environnement sécuritaire en Europe s’est significativement dégradé ces dernières années », a souligné le secrétaire général de l’Otan, le Norvégien Jens Stoltenberg.

« Trident Juncture envoie un message clair à nos nations et à tout adversaire potentiel: l’Otan ne cherche pas la confrontation mais elle sera prête à défendre tous les alliés contre toutes les menaces », a-t-il dit lors d’une conférence de presse mercredi.

Si cet « adversaire potentiel » n’est pas officiellement désigné, la Russie est dans tous les esprits, elle qui fait étalage de sa puissance militaire et partage avec la Norvège une frontière de 198 kilomètres dans le Grand Nord.

L’armée russe a coup sur coup annexé la Crimée, contribué à déstabiliser l’est de l’Ukraine, accru ses capacités dans l’Arctique et conduit en septembre les plus grandes manœuvres de son histoire en Extrême-Orient.

De son côté, l’ambassade de Russie à Oslo dit voir en Trident Juncture un exercice « antirusse ». « Une telle activité (…) semble provocatrice, même si l’on essaie de la justifier avec des visées purement défensives », a-t-elle fait valoir.

Depuis des mois, Moscou s’irrite du renforcement en cours de la présence militaire occidentale dans la région. États-Unis et Grande-Bretagne ont en effet décidé d’intensifier les déploiements en Norvège pour acclimater leurs troupes au combat par grand froid.

La porte-parole de la diplomatie russe, Maria Zakharova, a fustigé début octobre « des cliquetis d’armes » et promis une « riposte ».

« Les principaux pays de l’Otan accroissent leur présence militaire dans la région, à proximité des frontières de la Russie », a-t-elle dénoncé. « De telles actions irresponsables mèneront forcément à la déstabilisation de la situation politique et militaire dans le Nord, à une hausse des tensions ».

Celles-ci ont été encore attisées samedi avec l’annonce par Donald Trump du retrait des États-Unis du traité sur les armes nucléaires de portée intermédiaire (INF) de 1987.

Reprochant à la Russie de développer un nouveau missile, le SSC-8, le président américain a menacé d’augmenter l’arsenal nucléaire de son pays.

– L’article 5 conforté? –

Si Donald Trump souffle le chaud et le froid sur son engagement vis-à-vis de l’Otan, notamment sur l’article 5 et ses obligations de défense collective, l’armée américaine participe à Trident Juncture avec le plus gros contingent, plus de 14.000 soldats et un groupe aéronaval notamment.

L’Article 5 est le cœur du traité.

«Les parties conviennent qu’une attaque armée contre l’une ou plusieurs d’entre elles survenant en Europe ou en Amérique du Nord sera considérée comme une attaque dirigée contre toutes les parties, et en conséquence elles conviennent que, si une telle attaque se produit, chacune d’elles, dans l’exercice du droit de légitime défense, individuelle ou collective, reconnu par l’article 51 de la Charte des Nations Unies, assistera la partie ou les parties ainsi attaquées en prenant aussitôt, individuellement et d’accord avec les autres parties, telle action qu’elle jugera nécessaire, y compris l’emploi de la force armée, pour rétablir et assurer la sécurité dans la région de l’Atlantique Nord.»

« Nous nous entraînons en Norvège mais bien sûr que les leçons tirées (…) de Trident Juncture sont aussi pertinentes pour d’autres pays », a noté M. Stoltenberg.

Mardi, quatre soldats américains ont été légèrement blessés dans un carambolage de camions chargés de convoyer du matériel.

Les Forces armées canadiennes participe à l’exercice qui réunit près de 50 000 soldats, aviateurs et marins à hauteur de 2 000 membres du personnel.

Outre les 29 pays membres de l’Alliance atlantique, l’exercice qui durera jusqu’au 7 novembre implique la Suède et la Finlande.

Deux observateurs russes et deux biélorusses sont invités. Le chef de l’Otan a dit espérer que la Russie « évitera tout comportement périlleux ».

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