À Yarmouk, les pelleteuses effacent les ravages de la guerre en Syrie

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Une pelleteuse déblaie les décombres dans le camp palestinien de Yarmouk, dans le sud de la capitale syrienne Damas, le 9 octobre 2018. Le camp a été ravagé par sept ans de guerre. (AFP/LOUAI BESHARA)

Près du lieu où il a grandi, Mahmoud Khaled surveille le ballet des pelleteuses évacuant des tonnes de décombres du camp de réfugiés palestiniens de Yarmouk, réduit à un champ de ruines par la guerre en Syrie.

Créé dans les années 1950 pour accueillir les Palestiniens chassés de leurs terres ou fuyant après la création d’Israël, Yarmouk était devenu au fil des décennies un important quartier résidentiel et commercial du sud de Damas. Des Syriens ainsi que quelque 160.000 réfugiés palestiniens y vivaient jusqu’au début du conflit en 2011.

Devenu zone rebelle puis jihadiste, assiégé puis bombardé par le régime de Bachar al-Assad déterminé à en chasser le groupe Etat islamique (EI), le camp a été vidé de ses habitants et en grande partie ravagé. Il a finalement été repris en mai par les forces loyalistes.

« Quand nous y sommes revenus pour la première fois, nous avons été horrifiés par ce que nous avons vu », témoigne Mahmoud Khaled, un Palestinien de 56 ans vêtu d’une chemise à carreaux bleu et blanc.

Ingénieur civil, il a décidé d’y retourner pour aider à réhabiliter ce camp où il a grandi et vécu. Première étape: déblayer à coups de pelleteuses mécaniques les décombres obstruant les rues, une opération financée conjointement par le gouvernement syrien et l’Organisation de libération de la Palestine (OLP).

– « Du temps » –

« Depuis que nous avons commencé le nettoyage, les choses ont meilleure mine », se réjouit M. Khaled. Derrière lui, un engin de chantier déverse sa cargaison dans la grande remorque d’un camion rouge.

« Nous avons enlevé 50.000 mètres cubes de ruines et rouvert toutes les rues principales », s’enorgueillit l’ingénieur palestinien.

A l’entrée du camp, des soldats syriens montent la garde, des masques sur le visage pour se protéger des nuages de poussière.

Autour de l’artère principale, des rues ont été déblayées mais les immeubles offrent toujours leurs façades ravagées par les combats. Certains ne sont plus que des carcasses; dans d’autres des étages entiers penchent dangereusement vers le bas, leurs structures métalliques pointant à l’air libre.

« Il faudra du temps avant que les familles puissent revenir », reconnaît M. Khaled.

Depuis les derniers combats entre l’EI et le régime, aucun habitant n’a été autorisé à se réinstaller à Yarmouk, selon l’Agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens (Unrwa).

L’ingénieur montre aux journalistes de l’AFP son ancienne maison, endommagée par les combats et le bureau où il travaillait avant la guerre, qui est lui complètement détruit.

Environ 20% du camp est encore totalement en ruines, 40% doit encore être réhabilité pour que des habitants puissent imaginer un retour tandis que 40% des bâtiments sont suffisamment réparés pour que des gens s’y réinstallent, selon des estimations relayées par M. Khaled.

– « Désespéré » –

Lorsqu’il avait visité le camp en mai, le porte-parole de l’Unrwa, Chris Gunness, l’avait trouvé « en ruines », soulignant qu’il semblait difficile d’imaginer un retour rapide des déplacés au vu des destructions affectant les infrastructures.

Les opérations de déblaiement ont commencé il y a environ trois semaines et devraient durer encore un mois.

Celles-ci ont permis l’ouverture de la route principale qui mène au « cimetière des martyrs » où sont enterrés d’importants dirigeants du mouvement palestinien Fatah, dont Khalil al-Wazir connu sous le nom d’Abou Jihad.

Ce camp avait servi de bases d’entraînement à des fedayine de diverses factions palestiniennes, dont le Fatah, qui avaient donné le coup d’envoi de la lutte armée contre Israël en 1965 sous l’impulsion de Yasser Arafat.

Des centaines de combattants palestiniens issus du camp avaient été tués dans des combats avec les soldats israéliens lors de l’invasion du Liban par Israël en 1982.

Après la destruction du camp durant l’actuelle guerre, il n’existe aucun projet clair pour reconstruire le camp ou ses infrastructures. « On attend toujours une décision du gouvernement » syrien, déclare à l’AFP Anwar Abdel Hadi, un responsable de l’OLP.

Il faudrait, plaide-t-il qu’elle commence « le plus vite possible, pour que les nôtres puissent revenir au camp ».

De retour à Yarmouk pour superviser les opérations de nettoyage, Ibrahim Am Ali, marche entre les pelleteuses mécaniques, sans faire attention à la poussière qui recouvre ses habits.

« J’étais désespéré quand j’ai vu à quel point le bâtiment où nous vivions ces dernières années avec mes frères était détruit », raconte cet homme de 74 ans vêtu d’une chemise pourpre.

« Je ne verrais peut-être jamais le camp entièrement reconstruit », ajoute-t-il, « mais c’est suffisant pour moi de penser que j’ai pris part au tout début » de cette réhabilitation.

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