Après Macron, Merkel prône à son tour la création d’une armée européenne

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Des militaires d’Eurocorps devant le Parlement européen de Strasbourg. (Archives/AFP)

La chancelière allemande Angela Merkel a apporté mardi son soutien au président français Emmanuel Macron, prônant à son tour la création d' »une armée européenne », à laquelle le président américain Donald Trump est fermement opposé.

Dans un discours au parlement européen à Strasbourg sur sa vision de l’Europe, Mme Merkel a appelé à « élaborer une vision nous permettant d’arriver un jour à une véritable armée européenne », se faisant applaudir par son camp des députés de droite du PPE (Parti Populaire Européen) et huer par des eurosceptiques d’extrême droite.

Cette prise de position survient dans un contexte de vives tensions entre la France et les États Unis sur cette question. Quasiment au même moment, le président américain Donald Trump critiquait, une nouvelle fois, avec virulence la proposition d’Emmanuel Macron de créer une telle force militaire.

Deux jours après avoir célébré le centenaire de l’Armistice à Paris aux côtés du chef de l’État français, Mme Merkel a rappelé aux eurodéputés les propos du président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, il y a quatre ans : « une armée commune européenne montrerait au monde qu’entre les pays européens, il n’y aura plus jamais de guerre ».

Tentant de prévenir les critiques, la dirigeante allemande a lancé: « Ce n’est pas une armée contre l’Otan, je vous en prie ».

« Cela peut être un bon complément de l’Otan, personne ne veut remettre en question les relations classiques », a-t-elle martelé, là encore sous des applaudissements et des huées.

La création d’une force militaire européenne inquiète non seulement Donald Trump mais aussi l’Otan. Son secrétaire général, Jens Stoltenberg, a mis en garde lundi contre tout éventuel renforcement de l’Europe de la défense au détriment de l’Alliance atlantique.

« Je salue les efforts renforcés de l’Union européenne en matière de défense (…) parce que c’est une bonne chose si les alliés européens ont plus de capacités, s’ils travaillent plus étroitement ensemble », a déclaré le Norvégien au cours du Forum Otan-Industrie à Berlin.

« Ce dont nous ne nous félicitons pas, c’est que l’UE commence à développer des structures en double », a-t-il cependant mis en garde.

– Proposition trop vague –

Quant à Donald Trump, il avait dénoncé, juste avant son arrivée à Paris pour participer ce weekend aux commémorations de l’Armistice, les propos « très insultants » du président français qui avait proposé la création d’une « véritable armée européenne » pour protéger le Vieux Continent et évoqué la nécessité de se « protéger de la Chine, de la Russie et même des Etats-Unis d’Amérique » dans le domaine du cyberespace.

Le président américain exhorte régulièrement les pays européens membres de l’Otan à augmenter leurs dépenses militaires, estimant que les États-Unis assument une trop grande part du budget de l’Alliance atlantique.

La chancelière allemande n’a cependant pas précisé quand cette armée européenne pourrait être créée et n’a pas donné de détails sur cette force militaire.

Le caractère vague de ces propos a été aussitôt critiqué par l’eurodéputé français des Républicains Arnaud Danjean sur Twitter : « quelle chaîne de commandement? Quelle responsable politique? Quelles règles d’engagement? ».

La dirigeante allemande a aussi rappelé avoir proposé « la constitution d’un conseil de sécurité européen avec une présidence tournante au sein de laquelle des décisions importantes pourront être plus rapidement prises ». Elle prône d’abandonner dans ce cadre « le principe d’unanimité », quand c’est possible, afin de pouvoir prendre les décisions plus rapidement.

Le débat sur une armée européenne est revenu sur le devant de la scène avec la décision du Royaume-Uni de quitter l’UE et l’élection de Donald Trump à l’automne 2016.

« Renforcer la défense et la sécurité européennes est un projet fort ancien », a commenté auprès de l’AFP Christophe Wasinski, professeur de relations internationales à l’Université libre de Bruxelles, « Formellement ça n’a jamais abouti à une armée européenne mais les armées européennes collaborent au jour le jour en permanence, de façon bilatérale, à trois, à quatre dans des exercices, de matière récurrente depuis des dizaines d’années et en dehors de l’Otan ».

Si Mme Merkel a fait un pas vers M. Macron sur l’armée européenne, elle a en revanche freiné sur sa proposition d’une taxe européenne visant les géants du numériques et n’a rien dit de vraiment concret sur la réforme de la zone euro, projet cher à Paris.

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