Au moins 55 morts dans un attentat-suicide pendant un rassemblement religieux à Kaboul

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Des survivants blessés de l’attentat du 20 novembre 2018 à Kaboul. (AFP)

Un attentat-suicide au cours d’un rassemblement religieux a fait au moins 55 morts et des dizaines de blessés mardi à Kaboul, une attaque parmi les plus meurtrières de l’année dans la capitale afghane.

Les Afghans célébraient mardi la naissance du prophète Mahomet et la journée était fériée dans leur pays. Un millier de personnes, selon le responsable de la salle où s’est produite l’explosion, s’étaient réunies en fin de journée pour les célébrations.

Des « oulémas venus de tout le pays et de nombreuses autres personnes participaient à la cérémonie », a dit à l’AFP le porte-parole du ministère de la Défense, Najib Danish.

« Une récitation du Coran était en cours quand la bombe a explosé », a témoigné auprès de l’AFP Mohammad Hanif, un étudiant en lectures religieuses. « C’était le chaos, beaucoup criaient. Nous avons transporté les blessés dans les ambulances et beaucoup de morts sont des jeunes », a-t-il poursuivi, ses vêtements couverts de sang.

Des photos sur les réseaux sociaux montrent des corps étendus à terre, sur certains les vêtements ont été partiellement soulevés par le souffle de l’explosion. On voit aussi des taches de sang ainsi que des chaises renversées.

L’attentat n’a pour l’heure pas été revendiqué mais le groupe État islamique (EI), des extrémistes sunnites, est le plus souvent à l’origine des attaques-suicide en Afghanistan.

Le porte-parole des talibans, Zabihullah Mujahid, a sur la messagerie WhatsApp « fermement condamné cette attaque contre ce rassemblement d’érudits religieux et de civils ».

Selon le porte-parole du ministère de la Santé, le bilan a été réévalué à 50 morts et 72 blessés en fin de soirée.

Un double-attentat à la bombe dans la capitale afghane contre la communauté des Hazaras, de confession chiite, avait fait 26 morts début septembre dans une salle de sport. Il avait été revendiqué par l’EI qui considère les chiites comme des hérétiques.

L’attentat le plus meurtrier en 2018 a été perpétré fin janvier par les talibans qui avaient fait exploser une ambulance piégée dans l’un des quartiers les plus animés dans le centre de Kaboul, faisant 103 morts et 235 blessés.

« La lecture de versets du Coran » a soudain été interrompue « au moment de l’explosion », raconte sur son lit d’hôpital Obaidullah, au lendemain de l’attentat-suicide ayant visé un rassemblement religieux qui a provoqué la mort d’au moins 55 personnes mardi à Kaboul.

« Puis je me suis retrouvé couvert du sang qui jaillissait de mon visage », ajoute l’homme dont le visage et le thorax sont en partie cachés par des pansements.

Une vidéo réalisée pendant le drame, largement partagée sur les réseaux sociaux et diffusée à la télévision afghane, fait entendre la lecture de ces versets, à laquelle un éclair de lumière met un terme dans l’immense salle où étaient réunis les convives.

« Après l’explosion, j’étais étendu à terre, couvert de chair et de sang », se souvient quant à lui Ahmad Fareed, alité un peu plus loin avec des bandages sur le torse, une épaule et sa jambe gauche.

« J’ai essayé de me relever mais je ne pouvais pas bouger à cause de ma jambe », poursuit d’une voix lente cet homme de 40 ans. « La plupart des gens autour de moi étaient morts. Leurs corps ont dû me protéger car le kamikaze était proche de nous », témoigne-t-il. « C’est peut-être pour ça que je suis encore en vie ».

D’après un dernier bilan, plus de 94 personnes ont également été blessées dans l’attaque, parmi les plus meurtrières de l’année en Afghanistan.

Ahmad Fareed, qui dit avoir été fouillé par la sécurité « au moins trois fois » avant de pénétrer dans la salle, n’aurait « jamais imaginé qu’on puisse attaquer un rassemblement de religieux et particulièrement en ce jour sacré », où était commémoré la naissance du prophète Mahomet.

– Pas de revendication –

Un millier de personnes assistaient comme lui à deux commémorations mardi à l’Uranus wedding hall, selon un manager de ce grand complexe dans lequel sont généralement organisés des mariages, mais où se déroulent aussi de vastes rassemblements.

« Au rez-de-chaussée, il y avait des oulémas de tout l’Afghanistan, dont des membres du Conseil des oulémas », la plus haute institution religieuse de ce pays, a déclaré à l’AFP le mufti Shams Rahman Frotan.

« L’explosion s’est produite au premier étage, où un autre rassemblement était organisé par des religieux soufis », une branche mystique de l’Islam, a-t-il ajouté.

On ignore toujours si l’attentat-suicide, qui n’a pas été revendiqué, visait expressément la communauté soufie. Alors que des musulmans du monde entier célèbrent la naissance du prophète, certains fondamentalistes considèrent ce rituel hérétique.

« Il y a beaucoup de groupes religieux en Afghanistan qui s’opposent à la célébration de l’anniversaire du prophète et se font sauter, que vous soyez soufi ou non », a commenté un conseiller du ministre des Affaires religieuses, Mehrab Danish, interrogé par l’AFP.

Les talibans, par la voix de leur porte-parole Zabihullah Mujahid, ont sur la messagerie WhatsApp « fermement condamné cette attaque ».

Le groupe Etat islamique (EI), à l’origine de la plupart des attentats-suicides en Afghanistan, est resté silencieux.

Pour le vice-président Afghan, Abdullah Abdullah, qui s’entretenait mercredi avec l’AFP, que « les talibans clament leur responsabilité ou la nient, ils sont responsables d’avoir crée l’environnement actuel » en Afghanistan, « ils sont responsables de la violence ».

– Éparpillés –

Mercredi matin, des employés s’affairaient pour nettoyer l’entrée du bâtiment en prévision de nouveaux évènements.

Au premier étage, des traces du chaos de la veille étaient toujours visibles. Chaises renversées, débris de plafond mais surtout de grandes tâches de sang à la surface des tapis et des dizaines de chaussures, foulards, turbans ou chapeaux éparpillés sur le sol.

Les condamnations internationales ont afflué, comme après chaque attentat en Afghanistan.

Le chef de la mission d’assistance des Nations unies en Afghanistan (MANUA), Tadamichi Yamamoto, estime ainsi que « l’attaque d’hier à Kaboul n’est rien de moins qu’une atrocité ».

Le département d’Etat américain a condamné un « acte sans vergogne ». La délégation de l’Union européenne en Afghanistan a jugé que l’attentat était « une attaque contre nous tous, religieux ou non, qui chérissons la liberté ».

Mardi soir, le président afghan Ashraf Ghani avait quant à lui fustigé les « ennemis de l’Islam » et décrété mercredi journée de deuil national.

– « Ennemis de l’islam » –

« Les ennemis de l’Islam ont mené une attaque terroriste ayant visé la cérémonie célébrant l’anniversaire du prophète Mahomet. C’est un crime impardonnable, dans lequel un certain nombre d’érudits religieux et d’autres compatriotes sont devenus des martyrs et ont été blessés », a condamné le président Ashraf Ghani dans un communiqué. Il a décrété pour mercredi une journée de deuil national.

Le Pakistan voisin a également condamné cette « haineuse » attaque « terroriste ».

Mardi matin, M. Ghani avait prononcé dans le palais présidentiel un discours appelant à la paix devant les oulémas.

La colère s’est répandue sur les réseaux sociaux après l’annonce de l’attentat. « Mort aux terroristes et à leurs soutiens. Ils se nomment musulmans mais attaquent un rassemblement religieux », a pesté Ali Hassanyar sur Facebook.

« La naissance du prophète Mahomet n’est liée à aucune secte religieuse particulière mais à l’ensemble des musulmans. Ils prouvent qu’ils ne sont pas des disciples du prophète. Que les auteurs de l’attaque affrontent la colère de Dieu », a écrit Zohre Ahmadi sur Facebook.

Ce n’est pas la première fois que les oulémas d’Afghanistan sont la cible d’attaques. En juin, un kamikaze s’était fait exploser près d’un rassemblement d’oulémas à Kaboul, environ une heure après que le Conseil eut qualifié ces attentats de péchés.

– Violence –

Cet attentat survient à un moment où le pays est toujours englué dans une spirale de la violence mais où des espoirs de pourparlers de paix entre gouvernement et talibans pourraient poindre.

Les talibans ont affirmé lundi s’être entretenus la semaine dernière avec des responsables américains pour mettre fin au conflit afghan, soulignant cependant qu’aucun accord n’avait été trouvé sur « aucune question ».

Et l’envoyé américain pour la paix en Afghanistan, Zalmay Khalilzad, a dit dimanche espérer un accord de paix dans les cinq mois, alors même que les insurgés multiplient les attaques contre les forces gouvernementales. 30.000 soldats et policiers afghans ont été tués depuis 2015, a révélé le président Ghani.

Ce souhait d’une échéance courte souligne un sentiment d’urgence croissant à la Maison Blanche et parmi les diplomates américains qui souhaitent qu’un accord soit rapidement conclu. D’autant que les Etats-Unis sont confrontés à la concurrence de la Russie. Ce mois-ci, Moscou a accueilli des pourparlers internationaux sur l’Afghanistan auxquels ont participé les talibans.

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