Être vétéran des Forces armées canadiennes en novembre…

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Être un vétéran en novembre, ce n’est pas toujours facile ! C’est souvent devoir tenter de «normaliser» les émotions difficiles vécues par bon nombre de vétérans avant, pendant et après le Jour du Souvenir. (Photo: ACC)

Le mois de novembre est généralement difficile pour tout le commun des mortels. La nature qui se prépare pour l’hiver, le temps maussade souvent gris et pluvieux, la température qui refroidit et la lumière du jour qui est de moins en moins présente. Ce n’est pas pour rien que la «bible» de la santé mentale, le DSM-5 présente une problématique qui résulte des impacts de ces changements: la dépression saisonnière ou la véritable appellation: le trouble affectif saisonnier. Tout le monde est susceptible de ressentir les symptômes de ce trouble passager.

Pour les militaires et les vétérans, en plus des changements liés à la saison, le mois de novembre est, pour plusieurs, pénible à traverser. L’une des principales raisons est selon moi le Jour du Souvenir. Dans ses fondements le Jour du Souvenir a un but très noble, c’est-à-dire de prendre le temps, une fois par année, à un moment très précis, de se remémorer les sacrifices qu’ont fait les hommes et les femmes qui ont servi le Canada et qui combattu pour maintenir nos droits, nos valeurs et nos libertés.

Pour monsieur et madame tout le monde qui n’ont pas de liens directs avec l’organisation militaire ou un membre de leur famille qui a servi, le Jour du Souvenir est d’abord et avant symbolique. Il s’agit d’une cérémonie protocolaire et solennelle dont les principaux acteurs sont des hommes âgés et où plusieurs participants déposent des couronnes en guise de remerciement.

Par contre, pour le militaire et le vétéran ainsi que pour les membres de leur famille, le Jour du Souvenir est un moment unique qui nous ramène justement au cœur de nos souvenirs, au cœur de situations difficiles, au cœur de deuils et de pertes, au cœur d’événements souvent difficilement compréhensibles et au cœur de notre propre personne. Ce voyage dans nos pensées et nos souvenirs n’est pas facile même pour le plus compétant des voyageurs, car il génère des émotions fortes, des réactions inattendues et des comportements ardemment contrôlables.

Personnellement, depuis les dernières années, à chaque cérémonie du Jour du Souvenir et tout particulièrement lors de la sonnerie aux morts et du réveil, trois situations particulières me reviennent en tête et m’amènent dans un état de tristesse, heureusement passagère. Cela dure généralement quelques heures avant que je retrouve mon état régulier.

La première situation est liée au suicide de deux militaires que j’ai connues et dont l’une avec qui j’avais une relation professionnelle et que je tentais d’aider avec ses difficultés personnelles et familiales par l’entremise de services psychosociaux. La seconde situation est liée à la mort spontanée de l’adolescente d’un collègue militaire et ami lors de mon affectation en Europe. La troisième situation est celle des décès de l’Adjudant-chef Robert Girouard et du Caporal Albert Storm à Kandahar en Afghanistan le 28 novembre 2006.

J’étais au Role 3 – Unité médicale multinationale à Kandahar lorsque leurs décès sont subitement survenus. Je ne connaissais pas personnellement l’Adjudant-chef Girouard et le Caporal Storm, mais leurs morts ont tellement eu d’impacts sur le moral des troupes et sur nombre de sessions de counselling que j’ai faites avec les membres de leur unité, que j’ai fini par les connaître indirectement.

Mon but en écrivant ce texte est de normaliser les symptômes et les émotions vécues lors des cérémonies du Jour du Souvenir (ou avant ou après) par plusieurs d’entre nous qui ont servi au sein des Forces armées canadiennes.

Il n’y a pas de recettes miracles pour vivre ses moments. Toutefois, le soutien social et être en mesure de parler ouvertement de nos émotions et de notre ressenti aident définitivement à extérioriser le trop plein.

Ce n’est pas pour rien que les réceptions suite aux cérémonie dans les locaux de la Légion royale canadienne ou de toutes autres organisations de vétérans prennent une importance particulière.Je vous encourage fortement à vous y rendre si ce n’est que pour briser l’isolement Si vous n’êtes pas en mesure, je vous invite à contacter, si le besoin s’en fait sentir, un ami, un frère ou une sœur d’armes ou encore les organisations qui travaillent au mieux-être des vétérans et des familles.

À tous ceux et à toutes celles qui ont servi notre pays et aux membres de vos familles qui ont été là pour vous aider et vous soutenir, je vous remercie pour vos sacrifices et votre dévouement à notre nation. Être un vétéran en novembre, nous pouvons dire que ce n’est pas toujours facile !

Nous nous souviendrons !

Libéré volontairement en 2014 avec le rang de major, Dave Blackburn est docteur en sociologie de la santé et est professeur régulier à l’Université du Québec en Outaouais (UQO) où le champ de la santé mentale et les Forces armées canadiennes figure dans ses domaines de recherche.

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