Face aux sanctions, le géant russe Rostec vante «la forte demande» pour ses batteries antimissiles

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Des systèmes russes de défense antiaérienne S-400. (AFP)

Face aux sanctions américaines qui étranglent le secteur russe de l’armement, le patron du gigantesque conglomérat militaro-industriel russe Rostec vante la « forte demande » pour ses redoutables batteries antimissiles. Et, derrière les déclarations offensives, opère une mue vers le civil.

Depuis la crise ukrainienne de 2014 et les tensions internationales qui se sont intensifiées depuis, les contraintes occidentales, et surtout américaines, ne cessent de se renforcer contre l’industrie de défense de la Russie, deuxième pays exportateur d’équipements militaires au monde.

Outre les mesures sectorielles, les sanctions visent Rostec et nommément son influent patron Sergueï Tchémézov, réputé proche de Vladimir Poutine. Les deux hommes se connaissent depuis les années 1980: ils ont alors vécu à Dresde, en Allemagne de l’Est, l’actuel président russe travaillant pour le KGB et M. Tchémézov pour une organisation industrielle.

« Les sanctions profitent aux entreprises américaines qui nous font concurrence dans le commerce des armes », tempête le patron de 66 ans dans un entretien accordé par e-mail à l’AFP. « Dans le même temps, nous sommes bien conscients de l’attitude négative de nombreuses sociétés étrangères, de nos partenaires étrangers traditionnels, à l’égard des sanctions ».

Rostec brandit en exemple ses systèmes de défense antiaérienne russe S-400, acheté encore fin octobre par l’Inde pour 5,2 milliards de dollars malgré les avertissements de Washington qui sanctionne les achats d’armement russe.

« Des contrats pour des S-400 sont actuellement mis en oeuvre avec la Turquie et la Chine. Nous ne pouvons pas encore parler de nos projets futurs, cependant, malgré la propagande active des États-Unis contre l’armement russe, il existe une demande pour les S-400 et elle est forte », assure M. Tchémézov.

« Les sanctions ne profitent ni à la Russie, ni aux États-Unis, ni aux pays de l’UE. Je ne cacherai pas le fait que les sanctions ne renforcent pas nos activités commerciales. Mais nous prenons toutes les mesures possibles pour en atténuer l’impact et nous avons obtenu un certain succès. »

La Russie reste le deuxième exportateur mondial d’armements, selon l’Institut international de recherche sur la paix (Sipri). Le carnet de commandes de Rosoboronexport, la société publique chargée des ventes d’armements (qui fait partie de Rostec), dépasse actuellement les 50 milliards de dollars.

Rostec a été créé en 2007 afin de redresser le patrimoine industriel russe hérité de l’Union soviétique, en partie en ruines. Le groupe rassemble plus de 400 entreprises cumulant des milliards d’euros de dette.

Dirigé depuis par M. Tchémézov, Sibérien économiste de formation (mais aussi titulaire du grade de général) qui a fait carrière dans l’import-export, le conglomérat a remonté la pente. Il regroupe aujourd’hui plus de 700 entreprises des armes aux appareils photo en passant par l’aviation et son chiffre d’affaires dépasse les 20 milliards d’euros, progressant encore de 25% en 2017.

En plus de vouloir moderniser sa production militaire et d’entrer dans les dix premiers groupes industriels du monde, Rostec ambitionne d’atteindre 50% de production civile d’ici 2025, contre 28% actuellement.

« Si nous voulons continuer notre développement durable et rester compétitifs, nous devons nous concentrer sur les produits civils. Nous savons bien que les livraisons d’armes ont des limites », explique son directeur général.

Le groupe a ainsi ouvert certaines de ses entreprises aux investissements privés et brandit Kalachnikov – légendaire fabriquant du fusil d’assaut AK-47 – comme exemple de réussite.

Privé à 75%, le fabricant d’armes, en délabrement il y a encore cinq ans, a annoncé récemment 1.700 embauches pour répondre à la progression de ses exportations.

« Aujourd’hui le groupe ne produit pas que des armes légères mais aussi des drones, des bateaux rapides, des motos électriques », relève M. Tchémézov.

Rostec aimerait voire le groupe d’optique Shvabé faire de même et s’ouvrir aux investisseurs privés. Peu connue du grand public, cette entreprise vient de faire parler d’elle en relançant le légendaire appareil photo soviétique Zenit en partenariat avec l’allemand Leica.

Dans l’aviation, Rostec s’apprête à avaler UAC, qui rassemble les principaux avionneurs civils et militaires russes (dont Soukhoï, Tupolev et Antonov). Cet industriel a lancé l’appareil régional Superjet il y a quelques années avec un succès réduit hors de Russie et s’apprête à commercialiser le moyen-courrier MC-21.

Rostec défie ainsi directement les modèles les plus vendus des grands avionneurs, comme le revendique Sergueï Tchémézov: « Nous sommes prêts à concurrencer Boeing et Airbus sur le marché mondial de l’aviation. »

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