IDEes Défense: comment générer de nouvelles idées pour l’avenir

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Éric Fournier, directeur du programme IDEesDéfense. (MDN)

Le programme d’innovation pour la défense, l’excellence et la sécurité (IDEeS), qui fait appel aux innovateurs canadiens pour aider à relever des défis en matière de défense et de sécurité, a connu depuis son lancement en avril 2018 un succès inespéré.

Depuis son lancement le programme IDEeS affiche des défis pour la communauté d’innovation du Canada. Les divers éléments du programme, sont les projets compétitifs, les concours, les réseaux d’innovation, les environnements protégés, et l’évaluation et la mise en place.

Signe de l’importance qu’accorde Ottawa au programme. Le calibre, élevé, de son responsable, Éric Fournier, qui est aussi directeur général à RDDC où il est responsable du programme Soutien aux décisions stratégiques.

Spécialiste en aérodynamique qui a fait pendant quinze de la recherche au laboratoire de Valcartier sur les armes de précision, missiles guidés et autres, il a été responsable au tournant du siècle d’une section de recherche qui travaillait en armurerie. Puis, sans jamais oublier la science, Éric Fournier est devenu gestionnaire, gérant à Ottawa le programme de recherche d’aviation. Il passa ensuite un an au Collège des Forces armées canadiennes à Toronto, puis géra le centre de recherche en recherche opérationnelle pendant cinq ans pour finalement se retrouver en Angleterre, trous ans, où il était le délégué canadien de la recherche pour la défense en Europe.

Ces trois ans en Angleterre, de dire Éric Fournier, est «une des choses qui (l’a) relié à l’innovation», alors qu’il a passé beaucoup de temps auprès des Britanniques alors qu’ils développaient leur propre programme d’accès à l’innovation., devenant ainsi le candidat naturel pour gérer le programme canadien qui a été mis en place par la suite.

Un programme axé sur l’inventivité et qui permet aux Canadiens de s’impliquer en amont

Même si le ministère de la Défense nationale a déjà son bras scientifique, RDDC (Recherche et développement pour la défense Canada), l’idée ( sans jeu de mots) derrière le programme IDÉesDéfense) est d’aller plus loin en «connectant» avec les Canadiens (entreprises, chercheurs, universités) pour, avec eux, préparer l’avenir.

«Le ministère de la Défense a toujours travaillé avec l’industrie canadienne et donné des contrats aux entreprises canadiennes, mais la façon de voir d’IDEes est un peu différentes. Au lieu de donner une tâche à quelqu’un pour les faire travailler avec nous, ce qu’on donne aux gens c’est un défi, et on leur demande de travailler à ce défi avec nous, mais on ouvre les paramètres pour les laisser travailleur plus librement», explique Éric Fournier.

«Une tâche, poursuit le directeur d’IDEesDéfense, c’est livre moi une chaise bleue avec des pattes rouges, alors que là, le défi c’est, par exemple, j’ai besoin de me reposer quelque part. Les gens vont alors peut-être arriver avec une chaise bleu avec des pattes rouges, mais c’est peut-être pas ça la solution, c’est peut-être autre chose» et , justement, le programme IDEesDéfense leur permet d’arriver avec une autre solution.

Le programme ne demande pas aux innovateurs de faire quelque chose de précis, mais d’utiliser leur expertise pour aider la Défense nationale à résoudre ses problèmes.

«Il y a une semaine», de donner en exemple Éric Fournier «J’étais à Québec pour parler au gens du projet CCCT, les laboratoires de recherche de tous les CEGEPS du Québec, et la première question que j’ai eue est ‘M. Fournier, comment peut-on utiliser ce qu’on fait dans la vie de tous les jours pour répondre aux défis de la Défense nationale». Ce à quoi le directeur du programme a répondu qu’il fallait le regarder à l’envers «Regardez l’expertise que vous avez développé en faisant votre travail et, en utilisant votre expertise, prenez un peu de recul, regardez les défis que je vous donne, et cette expertise va vous permettre de résoudre certains de nos défis, c’est certain. »

Les volets du programme

Le programme, partant d’une idée, permet d’aller aussi loin que le produit fini, d’expliquer Éric Fournier en entrevue à 45eNord.ca. Des cinq «outils» du programme (projets compétitifs, réseaux d’innovation, etc), trois sont actuellement utilisés et les deux autres devraient l’être bientôt, «dans les prochaines semaines, les prochains mois».

Le premier volet du programme qui a été activé a été celui des projets compétitifs, qui a été lancé en avril en même temps que le programme lui-même.

Les Projets compétitifs sont des appels de propositions de projets visant à résoudre des défis en défense et sécurité. Le programme IDEeS offre alors du soutien financier sous forme de contrats et accords de contribution.

Eric Fournier, n’a pas caché pas qu’il avait à propos de la réponse que réserveraient les Canadiens au programme certaines appréhensions au départ qui ont vite été balayées par la réponse enthousiaste des chercheurs, universités et entreprises canadiennes au premier volet du programme.

Le premier appel de proposition pour ce volet lancé le 9 avril et fermé le 7 juin, a amené «des centaines de propositions, un peu en bas du millier» , de partout, des dix provinces canadiennes, distribuées au Canada à peu près selon le poids démographique des provinces et territoires de l’ensemble canadien avec, par exemple, 23% de propositions émanant du Québec, donc presque égal à son poids démographique de 24%.

Et, avec le programme IDEes, la recherche pour la Défense n’est carrément pas seulement une affaire de grandes entreprise, ni seulement celui de la traditionnelle industrie de la défense.Selon les chiffres fournis par M. Fournier, les petites et moyennes entreprises ont représenté à l’échelle canadienne 60% des réponses à ce volet du programme jusqu’ici, 20% environ venaient du milieu universitaire, 6% d’organismes à but non lucratif et 10 % des grandes entreprises.

Le deuxième volet a été la création de réseaux d’innovation.

Le programme IDEeS, non seulement appuie les réseaux d’innovation, mais soutient, pour ne pas dire suscite, l’établissement de nouveaux réseaux d’innovation afin de stimuler la collaboration et la libre circulation d’idées essentielles à l’innovation.

Alors que les domaines de soutien de la recherche et du développement de pointe varieront au fil du temps en fonction des défis d’innovation actuels et futurs du Canada sur le plan de la défense et de la sécurité, les universitaires, les intervenants de l’industrie et d’autres partenaires sont encouragés à se réunir pour former des réseaux collaboratifs d’innovation.

Dans ce volet «On demande aux universités de travailler avec d’autres partenaires, d’autres universités, des collèges, des entités à but non lucratif, des villes, des provinces, l’industrie et mettre en place un réseau et ‘d’appliquer’ sur une proposition qui est beaucoup plus grosses, on parle de millions de dollars pour quelques années», explique le directeur du programme IDEes.

Encore une fois, les résultats ont, ici, dépassé les espérances, alors qu’il y aura six contrats qui seront accordés cette année à la fin de ce processus, M. Fournier nous confie qu’il s’attendait pour le premier appel de propositions de ce volet du programme à une vingtaine de réponses.

Il en a reçu plus du double et, lors du deuxième appel de proposition, en juillet, il reçu plus de soixante propositions, alors que réaliser les maillages nécessaires pour ces propositions complexes en plein été représentait fort probablement un défi particulier dans le milieu universitaire.

Les idées à l’épreuve de la réalité

Le troisième volet du programme, celui des Environnements protégés a lui aussi déjà été utilisé.

Les Environnements protégés sont une occasion pour les innovateurs d’essayer et de démontrer leurs solutions aux défis.

Le scénario et l’environnement sont fournis par la Défense nationale et les Forces armées canadiennes. Les participants reçoivent des commentaires suite aux observations des spécialistes et des utilisateurs potentiels de la Défense et des Forces canadiennes.

Et, dans un proche avenir, on ira encore plus loin dans l’épreuve de la réalité avec un quatrième volet du programme, l’évaluation de la mise en oeuvre des innovations, alors que les innovateurs mettront leurs solutions à la disposition de la Défense nationale et des Forces armées canadiennes et pourront alors assister à la mise à l’essai de leur solution menée par la Défense et les militaires dans un environnement d’essai réaliste et selon un plan d’essai conçu par la Défense nationale et les Forces armées canadiennes.

Et les lauréats sont…

Et bientôt, le programme devrait lancer des concours pour identifier des solutions novatrices pour un défi et permettre d’attribuer des prix aux meilleures solutions.

Chaque Concours portera sur un défi du programme IDEeS en matière de défense et de sécurité et chacun d’eux sera tenu de manière individuelle, avec un nombre de lauréats, de type et de valeur des prix variés.

Environ quatre Concours devraient être organisés par année dans le cadre du programme IDEeS.

Bref, avec tous ceux qui, au Canada, peuvent prendre du recul, penser différemment et apporter des solutions novatrices, le Canada pourra préparer l’avenir, parce que, pour les Forces armées, il semblerait qu’au lieu de mener les guerres du passé, il importe bien davantage d’être prêt à gagner celles de l’avenir.

Finalement, en faisant appel à la communauté canadienne, la communauté de la défense aura eu une fier idée, lui permettant de sortir des sentiers battus. Pour reprendre, en la modifiant un peu, une célèbre phrase du général De Gaulle: «Des chercheurs qui cherchent, on en trouve, mais, des des chercheurs qui trouvent (de nouvelles idées) on en cherche».

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