Khashoggi: une villa fouillée en Turquie appartient à un proche de MBS

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Fouille d’une villa à la recherche du corps du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, le 26 novembre 2018 à Yalova, en Turquie. (Demiroren News Agency/AFP)

L’une des villas fouillées lundi par les enquêteurs turcs à la recherche du corps de Jamal Khashoggi, tué il y a presque deux mois, appartient à un proche du prince héritier saoudien, ont rapporté mardi les médias locaux.

Le propriétaire de l’une des villas, situées à Yalova, au sud d’Istanbul, l’homme d’affaires Mohammed Ahmed A. Al-Fawzan, est un « proche ami » du prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, selon plusieurs quotidiens turcs, dont Hürriyet.

Cette demeure et une autre villa voisine appartenant selon la presse à un autre homme d’affaires saoudien ont été fouillées pendant 10 heures lundi. Aucun détail n’a été donné sur les résultats de ces recherches.

Les enquêteurs ont en outre inspecté trois puits situés dans les jardins de ces villas qui ont été construites sans permis, selon l’agence de presse privée DHA.

D’après le parquet d’Istanbul, Mohammed Ahmed A. Al-Fawzan a eu une conversation téléphonique le 1er octobre avec l’un des membres de l’équipe venue en Turquie pour tuer Khashoggi le lendemain.

Dans un communiqué publié lundi, le parquet a expliqué qu’il soupçonnait que cette conversation « portait sur l’élimination ou la dissimulation du corps de Jamal Khashoggi après son démembrement ».

Al-Fawzan ne s’est pas rendu en Turquie depuis environ deux mois, selon la presse locale, et il n’y était pas non plus au moment de la conversation téléphonique.

Des images publiées dans la presse montraient des portraits du prince héritier, dit « MBS », et de son père, le roi Salmane, accrochées dans l’entrée de l’une des villas.

Les autorités turques ont lancé des recherches tous azimuts pour retrouver des traces du corps de Khashoggi, un éditorialiste saoudien critique de Ryad qui a été tué le 2 octobre dans le consulat de son pays à Istanbul.

Les enquêteurs ont notamment fouillé le consulat saoudien et la résidence du consul voisine, ainsi qu’une forêt située à la lisière d’Istanbul.

Selon la presse turque, la police soupçonne les tueurs d’avoir dissous le corps de Khashoggi, des traces d’acide ayant été découvertes dans les canalisations de la résidence du consul saoudien.

Après avoir dans un premier temps nié la disparition de Khashoggi, l’Arabie a fini par reconnaître sous la pression internationale qu’il avait été tué et démembré dans son consulat à Istanbul au cours d’une opération « non autorisée ».

Mais des médias et responsables turcs incriminent directement le prince héritier, dit « MBS », ce que Ryad dément fermement.

HRW demande à l’Argentine de poursuivre « MBS »

Une photo fournie par le palais royal saoudien montre le prince héritier Mohammed ben Salmane accueilli à Abou Dhabi par le prince héritier Mohamed ben Zayed Al Nahyane (C-D), le 22 novembre 2018. (Saudi Royal Palace/AFP/Bandar AL-JALOUD)
Par ailleurs, l’organisation de défense des droits de l’Homme Human Rights Watch a porté plainte lundi devant la justice argentine contre le prince héritier d’Arabie saoudite, Mohammed ben Salmane dit « MBS », qui doit se rendre vendredi au G20 à Buenos Aires, dans les dossiers Khashoggi et du Yémen.

« Les autorités judiciaires argentines ont commencé à analyser une plainte sur le rôle présumé du prince héritier Mohammed ben Salmane sur de possibles crimes de guerre commis par la coalition menée par l’Arabie saoudite au Yémen et des cas de torture par des responsables saoudiens », a écrit l’ONG dans un communiqué.

HRW a également demandé à la justice argentine d’enquêter sur la « possible complicité » de MBS dans le meurtre du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, le 2 octobre à l’intérieur du consulat saoudien à Istanbul.

Selon la presse argentine, le procureur général Ramiro Gonzalez doit décider s’il requiert l’ouverture d’une instruction.

HRW explique dans son communiqué avoir pris en compte le fait que la Constitution argentine reconnaît la compétence universelle en matière de crimes contre l’humanité.

Le prince héritier doit assister vendredi et samedi au sommet du G20 à Buenos Aires. Il s’est rendu aux Emirats arabes unis, au Bahreïn et en Egypte ces derniers jours, et était attendu mardi en Tunisie, où des syndicats et des associations ont appelé à manifester contre sa venue.

Cette tournée internationale marque sa première sortie hors de son pays depuis le début du scandale de la mort de Jamal Khashoggi, collaborateur du quotidien américain Washington Post et qui était un pourfendeur du régime de Ryad.

MBS est accusé par la presse et des responsables turcs d’avoir commandité ce meurtre, qui a suscité un scandale international et terni l’image de l’Arabie saoudite dans le monde. Les autorités saoudiennes démentent toute implication de sa part.

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