L’Otan voit des perspectives de paix «plus élevées» en Afghanistan, malgré la violence

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Une attaque en Afghanistan le 9 septembre dernier. (Archives/AFP)
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Le secrétaire général de l’Otan Jens Stoltenberg lors d’une conférence de presse à Kaboul le 6 novembre 2018. (AFP/Wakil KOHSAR)

Le secrétaire général de l’Otan Jens Stoltenberg a affirmé mardi à Kaboul que les perspectives de paix en Afghanistan étaient « plus élevées que depuis de nombreuses années », malgré des violences au plus haut et les revers à répétition des forces afghanes.

« La situation reste préoccupante » mais « le potentiel de paix est plus élevé maintenant que depuis de nombreuses années », a estimé M. Stoltenberg lors d’une conférence de presse aux côtés du président afghan Ashraf Ghani.

« Les talibans doivent comprendre que poursuivre le combat ne sert à rien et que c’est contre-productif », a ajouté le Norvégien, dont la venue en Afghanistan n’avait pas été annoncée.

Quelques heures plus tôt, les talibans avaient pris d’assaut une position isolée de l’armée afghane, tuant au moins 20 militaires dans l’Ouest, selon des responsables locaux.

Vingt autres soldats sont portés disparus après un autre raid des insurgés la nuit dernière sur le district de Pusht Koh, dans la province de Farah (Ouest), a déclaré à l’AFP Dadullah Qaneh, un membre du conseil provincial.

Les talibans ont revendiqué cette attaque, affirmant avoir tué plus de vingt militaires et en avoir capturé cinq.

Les forces afghanes peinent à contrer les assauts des insurgés aux quatre coins du pays. Plusieurs militaires de l’Otan ont en outre été récemment blessés ou tués lors d' »attaques de l’intérieur » commises par des soldats afghans.

Malgré la volonté affichée par les talibans de discuter directement avec les Etats-Unis, et la présence de 16.000 soldats de l’Otan en Afghanistan, la mainmise du gouvernement afghan sur le pays ne cesse de s’effriter.

D’après un récent rapport américain, le contrôle du territoire afghan par les autorités est à son plus bas niveau depuis trois ans, alors que les forces de sécurité subissent des pertes record.

Indice de ce recul, le général Abdul Raziq, considéré comme un rempart contre les rebelles dans le Sud, a été tué en octobre par un taliban infiltré dans un bâtiment très protégé de Kandahar (Sud), où se tenait une réunion à laquelle participait le général Scott Miller, le chef de l’armée américaine en Afghanistan. Celui-ci n’a pas été blessé.

La visite de Stoltenberg intervient à quelques jours d’une rencontre internationale sur l’Afghanistan en Russie, où siégera une délégation afghane, mais à laquelle les talibans hésitent à participer.

435 tués ou blessés lors des dernières législatives

Des Afghanes font la queue pour voter lors des législatives, le 20 octobre 2018 à Hérat. (AFP/HOSHANG HASHIMI)

Quelque 56 personnes ont été tuées et 379 blessées le mois dernier lors des dernières législatives en Afghanistan, a annoncé mardi l’ONU, faisant de ce scrutin le plus mortel jamais enregistré dans le pays.

Le premier des trois jours du vote, qui a démarré le 20 octobre et dont l’annonce des résultats a été repoussée au 23 novembre, a été le plus sanglant, observe la Mission onusienne en Afghanistan (Manua) dans un rapport.

Quelque 251 morts et blessés avaient été déplorés durant la présidentielle de 2014, pourtant teintée de fraude. Aucun scrutin n’a fait davantage de victimes depuis que l’ONU a commencé à recenser les pertes civiles en Afghanistan en 2009.

Dans les six mois qui ont précédé l’élection, près de 500 Afghans ont été tués ou blessés – femmes et enfants constituant plus du tiers de victimes – et 245 ont été kidnappés, selon la mission onusienne.

« Les actes de violence délibérés contre des civils et des lieux civils – comme les bureaux de vote – tout comme les actes indiscriminés sont formellement interdits selon la loi humanitaire internationale et constituent des crimes de guerre », a rappelé la Manua.

Quelques jours avant les élections, les talibans avaient appelé les électeurs à rester chez eux et les candidats à se retirer de la course, menaçant d’attaquer des bureaux de vote.

Les talibans ont surtout utilisé grenades et autres obus de mortiers pour dissuader les Afghans de voter, selon la Manua.

L’attaque la plus mortelle, un attentat-suicide qui a fait 13 morts et 40 blessés dans Kaboul, a été revendiquée par l’Etat islamique, a ajouté la mission onusienne.

D’après des statistiques officielles, environ 4,2 millions de personnes se sont prononcées durant ce scrutin, sur près de 9 millions d’inscrits.

Le vote s’est accompagné de nombreux ratés. Certains centres n’ont pu ouvrir faute d’assesseurs, d’absence des listes électorales ou de mauvais fonctionnement des terminaux de reconnaissance biométrique mis en place à la dernière minute et utilisés pour la première fois.

Dans la province de Kandahar (sud), le scrutin a été retardé d’une semaine après l’assassinat d’un puissant chef de la police.

Les législatives, qui se sont tenues avec trois ans de retard, étaient vues comme un test important avant la présidentielle de 2020.