L’ONU prépare des négociations de paix sur le Yémen, théâtre de nouveaux combats

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Forces loyalistes circulant en périphérie de la ville yéménite de Hodeida (ouest) le 18 novembre 2018. (AFP/Archives/STRINGER)

L’émissaire de l’ONU, Martin Griffiths, revient au Yémen avec l’espoir de préparer de prochaines consultations de paix en Suède même si les appels à l’accalmie sur le front militaire n’ont pas empêché de violents combats à Hodeida, port stratégique essentiel à l’aide humanitaire.

M. Griffiths, encouragé par de meilleures dispositions des rebelles et du gouvernement à négocier, est attendu à Sanaa mercredi selon son bureau à Amman. Cette information a été confirmée par des sources proches des Houthis, qui contrôlent la capitale.

L’émissaire de l’ONU a appelé lundi les parties en conflit à « la retenue en vue de créer un climat propice à la tenue de consultations » de paix, après l’échec de plusieurs tentatives de mettre un terme à une guerre dévastatrice qui s’est intensifiée en mars 2015.

Mais le front de Hodeida a connu une flambée de violence dans la nuit, avant un retour à un calme fragile mardi dans cette ville de l’ouest de Yémen.

Ces combats nocturnes, les plus violents depuis la désescalade du 14 novembre, se sont concentrés dans l’Est de la ville où les rebelles ont déclenché des tirs d’artillerie et une riposte des forces pro-gouvernementales, selon des responsables des forces loyalistes.

– Trêve fragile –

La coalition militaire pro-gouvernementale menée par l’Arabie saoudite a pour sa part lancé 12 raids aériens, a-t-on ajouté de mêmes sources.

Les médias des rebelles ont rapporté que les affrontements ont duré quatre heures et affirmé que les forces pro-gouvernementales ont subi de « lourdes pertes ».

Mais aucun bilan de ces combats n’était disponible mardi.

Les accrochages à Hodeida, par où transitent 75% des aides humanitaires, ont eu lieu en dépit des positions exprimées lundi par les parties en conflit en faveur de la paix.

Le gouvernement du président Abd Rabbo Mansour Hadi, soutenu par l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis, avait déclaré qu’il enverrait une délégation à Stockholm.

Avant lui, le chef rebelle Mohammed Ali al-Houthi exhortait ses partisans à mettre fin « aux tirs de missiles et drones » et proposé « de cesser toutes les opérations militaires sur tous les fronts », pour montrer les « bonnes intentions » des rebelles.

La Grande-Bretagne a présenté au Conseil de sécurité de l’ONU un projet de résolution demandant une trêve à Hodeida et le passage, sans obstacles, de l’aide humanitaire.

Aucune date n’a été fixée pour le vote de ce texte, présenté après un rapport de Martin Griffiths qui a proposé la tenue de pourparlers à Stockholm.

– « Cesser les ventes d’armes » –

L’émissaire de l’ONU a dit à la télévision Sky news qu’il tablait sur un démarrage des négociations « dans quelques semaines ». Et le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian a indiqué qu’elles pourraient avoir lieu « début décembre ».

En 2015, l’Arabie saoudite, voisine du Yémen, a pris la tête d’une coalition militaire pour aider le gouvernement Hadi à stopper une offensive des rebelles Houthis, soutenus par l’Iran, puissance régionale rivale du royaume saoudien.

Ce pays pauvre, en proie à la pire crise humanitaire au monde selon l’ONU, est quasiment divisé en deux, les forces progouvernementales contrôlant le sud et une bonne partie du centre et les rebelles Sanaa ainsi que le nord et une bonne partie de l’ouest.

Les Houthis opposent une résistance farouche à la coalition et multiplient notamment les tirs de missiles contre l’Arabie saoudite.

La guerre au Yémen a fait quelque 10.000 morts, selon l’ONU qui fait état de 14 millions de personnes en situation de pré-famine.

Un marché de la vieille ville de Sanaa, le 19 novembre 2018

HRW a demandé à la France, où est attendu mercredi le prince héritier d’Abou Dhabi, Mohammed ben Zayed Al-Nahyane, de cesser ses ventes d’armes aux Emirats arabes unis, autre pilier de la coalition militaire sous commandement saoudien qui intervient au Yémen depuis 2015.

« Si le président (Emmanuel) Macron est vraiment préoccupé par la crise humanitaire au Yémen, il devrait dire au prince héritier que la France cessera de vendre des armes aux Émirats arabes unis », a déclaré Bénédicte Jeannerod, directrice France chez HRW, dans un communiqué publié mardi.

Pour faire face à la crise alimentaire, l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis ont annoncé mardi une aide supplémentaire de 500 millions de dollars en faveur des agences de l’ONU et des ONG travaillant au Yémen.

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