Ottawa n’a pu jusqu’ici dépenser que 4 des 6,5 milliards $ prévus en équipement militaire

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Le ministre de la Défense nationale Harjit Sajjan alors qu’il procédait en juin 2018 à la première coupe de l’acier du premier navire ravitailleur de la classe Protecteur. (Seaspan)

De nouveaux documents budgétaires déposés à la Chambre des communes indiquent que le ministère de la Défense nationale n’a jusqu’ici pu dépenser que 4 milliards pour l’exercice financier en cours, alors que le pouvoir politique prévoyait des investissements de 6,5 milliards.

Pour la deuxième année consécutive, le gouvernement fédéral s’apprête donc à investir des milliards de dollars de moins que promis en nouveaux équipements militaires, en raison principalement des retards dans les projets d’acquisition, un problème récurrent auquel les gouvernements canadiens ont été confrontés, le gouvernement actuel se débrouillant toutefois globalement relativement bien malgré les apparences.

Le gouvernement actuel, s’attaquant au problème de sous-financement, a le mérite d’avoir pris la décision d’investir à des niveaux jamais vus depuis la guerre en Afghanistan en 2010 et 2011, souligne l’analyste de la défense David Perry de l’Institut canadien des affaires mondiales, cité par La Presse Canadienne, notant que, si le gouvernement Trudeau ne laisse qu’un milliard $ inemployés à la fin de l’année fiscale (comme il l’espère) «ce sera la meilleure année des dernières décennies».

En 2016, le gouvernement Trudeau avait dévoilé une nouvelle politique de défense qui prévoyait une augmentation majeure des dépenses pour les avions, navires, véhicules blindés et autres équipements militaires au cours des 20 prochaines années.

Ces investissements sont essentiels pour remplacer les avions de chasse, les navires et divers autres types d’équipement vieillissant des Forces canadiennes les équipements ultramodernes promis aux militaires pour remplir leur mission.

La sous-ministre du ministère de la Défense, Jody Thomas, citée par l’agence de presse, admet maintenant qu’il y aura probablement un manque à gagner cette année, tout en assurant que des efforts sont déployés pour minimiser l’écart, mais en garantissant que l’argent des contribuables soit dépensé de manière responsable.

La Défense nationale a jusqu’au 31 mars, date de la fin de l’exercice financier fédéral, pour dépenser la somme restante de 2,5 milliards $, un investissement aussi important sur une période aussi courte étant toutefois bien improbable selon la plupart des analystes.

L’an dernier, Ottawa a dépensé 2,3 milliards de moins que prévu en équipement militaire. Bien que la Défense nationale ait pu dégager des économies à certains endroits, il n’en demeure pas moins que la principale raison évoquée était les retards dans plusieurs projets d’approvisionnement.

Le ministère s’attend aujourd’hui à économiser environ 700 millions de dollars sur divers projets qui ont finalement coûté moins cher que prévu, a déclaré la sous-ministre Thomas, citée par l’agence de presse.

Toutefois, ce sont bel et bien les retards dans certains projets d’acquisition qui sont responsables de reports de 1 à 1,3 milliards de dollars d’investissements qui étaient prévus cette année, a-t-elle du admettre, évoquant des ralentissements chez les fournisseurs et des changements de paramètres. «Les choses changent», a-t-elle dit, précisant qu’elle espère que les fonds inutilisés inutilisés ne dépasseront pas 1 milliard $.

On parle donc ici beaucoup plus d’efficacité, ou inefficacité du processus d’acquisition que de volonté politique, sans nier pour autant la responsabilité des gouvernements.

Certes, ne pas utiliser les fonds alloués dans les délais impartis a de sérieuses conséquences: l’inflation qui, même à un taux raisonnable, rogne le pouvoir d’achat des sommes en question lorsqu’elles sont reportées à plus tard et, bien sûr, les militaires qui doivent attendre pour avoir les aéronefs, navires, véhicules et équipement nécessaires à leur mission.

Mais force est de reconnaître que le problème ne date pas d’hier et il serait extrêmement simpliste d’en faire porter tout le blâme au gouvernement en place, quel qu’il soit. Par contre, l’heure est sans doute venue de se poser de sérieuses questions, à l’instar de Dave Perry qui se demande aujourd’hui, par exemple, si la construction navale est vraiment gérée de façon optimale.

Poursuivre la réflexion ert voir où le bât blesse serait sans doute plus payant que de se mettre à crier que tel ou tel gouvernement ne comprend pas les militaires, ces éternels mal aimés.

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