Pas assez de pilotes et de techniciens pour l’Aviation royale canadienne

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Un CF-18 Hornet, en Norvège, durant Trident Juncture, le 26 octobre 2018 (Caporal Bryan Carter, 4 Wing Imaging)

Dans un rapport déposé aujourd’hui à la Chambre des communes, intitulé La force aérienne de combat du Canada, le Vérificateur général du Canada, Michael Ferguson, avertit que l’Aviation royale canadienne (ARC) ne pourra pas répondre à toutes les missions demandées, même si le Canada achète 18 avions de combat additionnels, d’autant plus qu’il n’a pas de plan pour moderniser ses CF-18.


Mise à jour à 16h55

En fin d’après-midi, le lieutenant-général Al Meinzinger, commandant de l’Aviation royale canadienne, dit reconnaître que « l’expérience du personnel de l’ARC, notamment les pilotes et les techniciens, revêt un caractère crucial. Nous valorisons leurs connaissances et leurs capacités, et nous dépendons de cette cohorte pour transmettre ces connaissances aux jeunes militaires, et, par le fait même, renforcer nos escadrons. C’est cette transmission des connaissances dans toutes les unités de l’ARC qui assure notre viabilité en tant qu’organisation ».

Le lieutenant-général Meinzinger dit aussi vouloir rapidement faire progresser « le programme de formation des futurs équipages afin de soutenir les mesures de formation nécessaires à la mise sur pied d’équipages compétents ».


Le Vérificateur général du Canada, déjà à l’origine d’un rapport en 2012 qui a mis un frein à l’achat des F-35 en raison de ses coûts sous-estimés, indique que le gouvernement a mis en place en 2016 une nouvelle exigence opérationnelle demandant à l’Aviation royale canadienne de mettre un certain nombre d’avions de chasse prêts pour répondre au niveau d’alerte le plus élevé du NORAD, mais aussi d’honorer en même temps ses engagements envers l’OTAN, en plus de poursuivre ses entraînements et la génération de sa force.

C’est un changement significatif pour l’ARC et est très exigeant opérationnellement, alors même que sa flotte de 76 CF-18 est vieillissante et que le nombre de techniciens et de pilotes n’est tout simplement pas suffisant.

Philippe Dumas, candidat au doctorat l’École nationale d’administration publique, affirme pour sa part que «le gouvernement fait fausse route» avec l’achat d’une flotte intérimaire, et que le vrai problème vient du manque de personnel et que le fait d’augmenter le nombre d’avions ne va pas régler le problèmes, au contraire.

Dans sa réponse au rapport du vérificateur général déposé le 20 novembre, le ministre Sajjan s’est engagé à déployer de nouveaux efforts pour recruter et maintenir des pilotes et des techniciens. (Nicolas Laffont/45eNord.ca)

En point de presse après le dépôt du rapport, et répondant à une question de 45eNord.ca, le ministre de la Défense nationale Harjit Sajjan a reconnu que le recrutement des nouveaux pilotes et techniciens n’allait pas se faire du jour au lendemain, mais qu’il fallait absolument une flotte intérimaire pour réduire l’écart de capacité pour que le Canada remplisse toutes ses obligations. Si le ministre a indiqué vouloir améliorer la rétention, cela ne changera pas le problème à court terme puisqu’il y aura encore plus d’avions à faire voler et que la formation de pilote de chasse prend plusieurs années.

Pas assez d’avions, de techniciens et de pilotes

« Selon la Défense nationale, en date d’avril 2018, 22 % des postes de technicien dans les escadrons de CF-18 étaient vacants (8 %) ou occupés par des techniciens qui n’étaient pas encore entièrement qualifiés pour s’occuper de l’entretien (14 %) », écrit le Vérificateur général, qui poursuit « De plus, la Défense nationale a déterminé qu’elle disposait de seulement 64 % des pilotes de CF-18 qualifiés dont elle avait besoin pour satisfaire à la nouvelle exigence du gouvernement, et devrait donc augmenter considérablement le nombre de pilotes qui sont formés ».

Or, le rythme auquel les pilotes quittent la force de chasse est plus rapide que celui auquel elle peut en former de nouveaux!

Selon la Défense nationale, entre avril 2016 et mars 2018, l’Aviation royale canadienne a perdu 40 pilotes de chasse qualifiés et en a formé seulement 30 nouveaux. Depuis, 17 autres pilotes de chasse sont partis ou ont manifesté leur intention de le faire. Et pour enfoncer le clou, 28 % des pilotes avaient enregistré moins d’heures de vol que le nombre minimal de 140 heures requis pour préserver et acquérir de nouvelles compétences.

Avec l’intention du gouvernement fédéral d’acheter 18 F/A-18 australiens usagés, pour combler le manque d’avions disponibles pour tous les engagements du Canada, ce manque de pilotes et de techniciens ne risque pas de s’améliorer.

C’est d’ailleurs ce manque de pilotes et de techniciens qui fait que même si le Canada augmente sa flotte d’avions de chasse de 76 à 94, « la Défense nationale ne dispose toujours pas d’un nombre suffisant de techniciens pour entretenir ces appareils ni de pilotes pour les faire voler. »

« À notre avis, l’achat d’aéronefs pour un usage provisoire n’aide pas la Défense nationale à satisfaire systématiquement à la nouvelle exigence instaurée en 2016 », peut-on lire dans le rapport.

Toutefois, le ministère a précisé que des mesures ont été récemment prises pour augmenter le nombre de pilotes et de techniciens. Deux cent nouveaux techniciens de première ligne doivent être engagés au cours des prochaines années et des efforts sont mis pour le recrutement des pilotes, selon le ministère, sans toutefois préciser son plan pour les pilotes.

Le ministre Sajjan a d’ailleurs annoncé avoir signé l’entente pour faire l’acquisition de « 18 avions F-18, ainsi que des pièces de rechange, de l’Australie pour faciliter la transition vers les futurs chasseurs ». Les chasseurs australiens doivent arriver dans le courant de la prochaine année.

Mais le nombre d’avions, de pilotes ou de techniciens n’est pas le seul problème de l’Aviation royale canadienne!

Des systèmes de combat dépassés

Puisque le gouvernement de Stephen Harper pensait qu’une nouvelle flotte arriverait d’ici à 2020, hormis l’intégration de quelques nouvelles armes lors de l’intervention du Canada en Libye en 2011, « la Défense nationale n’a pas amélioré de manière notable la capacité de combat des CF-18 depuis 2008 ».

Bien qu’il soit tout à fait possible de faire voler les CF-18 jusqu’en 2025, voir jusqu’en 2032, après une période de transition vers une nouvelle flotte, le problème est donc la capacité technologique embarquée qui serait complètement dépassée. « En 2032, les CF-18 auront environ 50 ans et leurs technologies de combat, si elles ne sont pas mises à niveau, auront 15 ans de retard de plus », écrit ainsi le Vérificateur général.

Les CF-18 seront désavantagés par rapport à plusieurs adversaires potentiels et leur capacité de combat ne cessera de se dégrader au cours des années 2020 et au début des années 2030.

Si le Canada ne souhaite pas compromettre sa capacité à contribuer aux opérations du NORAD et de l’OTAN, un certain nombre de mises à niveaux seront donc nécessaires. Ce à quoi le ministère de la Défense est d’accord et dit qu’une analyse pour évaluer les mises à niveaux nécessaires sera achevée d’ici au printemps 2019.

Le Vérificateur général estime cependant que malgré 3 milliards $ supplémentaires, la Défense nationale n’a pas de plan concret pour faire face à la « pénurie de pilotes et du déclin de la capacité de combat des CF-18 ».

Y-a-t-il un pilote dans l’avion?

Fondateur de 45eNord.ca, Nicolas est passionné par la «chose militaire». Il suit les Forces armées canadiennes lors d'exercices ou d'opérations, au plus près de l'action. #OpNANOOK #OpATTENTION #OpHAMLET #OpREASSURANCE #OpUNIFIER #OpIMPACT #OpLENTUS

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