Une première, la mère d’un soldat qui s’est suicidé est devenue Mère nationale de la Croix d’argent

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Anna Cenerini a été nommée enn 2018 Mère nationale de la Croix d’argent, devenant ainsi la première Mère de la Croix d’argent dont le fils, le soldat Thomas Welch, s’est ôté la vie des suites de son service militaire. (FAC)

Pour la toute première fois cette année, avec la nomination d’Anna Cenerini comme Mère nationale de la Croix d’argent, c’est à une mère dont le fils s’est ôté la vie à la suite de son service militaire qu’échoit cet honneur.

Crée le 1er décembre 1919, la Croix du Souvenir, plus communément appelée la Croix d’argent, «est présentée comme un mémento de perte et de sacrifice personnel aux mères et aux veuves de soldats qui sont morts durant leur service ou dont le décès est attribuable au service.», explique sur son site la Légion royale canadienne qui, chaque année, choisit la Mère nationale de la Croix d’argent pour représenter les mères du Canada qui ont perdu un être cher.

Mais, avec les réticences à plusieurs niveaux à reconnaître qu’un suicide puisse être attribuable au service militaire, cet honneur n’avait jamais été attribué à une mère dont l’enfant s’était enlevé la vie.

Le fils de Mme Cenerini, le soldat Thomas Welch, était un Fantassin membre du 3e bataillon, The Royal Canadian Regiment, basé à Petawawa, Ontario, Thomas Welch, né le 25 octobre 1981 à Thunder Bay, en Ontario, s’était s’enrôlé dans les Forces armées canadiennes en 2001, puis avait été déployé en Afghanistan en 2003, où il a servi comme mitrailleur.

Moins de trois mois après son retour d’Afghanistan, Thomas s’enlève la vie à Petawawa. Sa mort, le 8 mai 2004, était le premier décès par suicide d’un soldat canadien après son retour de mission en Afghanistan, décès qui sera jugé finalement, au terme d’une âpre bataille, déclaré attribuable au service militaire.

Comme dans quasiment toutes les armées du monde, le suicide dans les Forces armées canadiennes a été jusqu’à tout récemment un sujet délicat, voire tabou et il aura fallu une épidémie de suicide en 2013-2014 et sa médiatisation pour qu’on accepte enfin d’en parler.

«Cette année, je suis la première femme à être nommée Mère de la Croix d’argent à la suite du suicide de son fils ou de sa fille», a déclaré Mme Cenerini.

«Cette sensibilisation est un sujet qui intéresse également la population canadienne», ajoute la Mère de la Croix d’argent 2018. «Ce sujet (le suicide, NDLR) est au premier plan à l’échelle de notre pays en ce qui a trait à la maladie mentale, au suicide et à l’incidence de celui-ci sur la vie des gens, de même qu’à la stigmatisation qui l’entoure toujours.»

«Il s’agit d’un moment très important pour combler l’écart entre ce que le Canada fait de façon générale et ce que les forces armées font. Je pense qu’il s’agit d’une occasion incroyable pour le Canada dans son ensemble, de même que pour les forces armées et la population canadienne en général.», a déclaré Mme Cenerini en parlant de sa nomination.

À titre de Mère nationale de la Croix d’argent, Mme Cenerini déposera une couronne au pied du Monument commémoratif de guerre du Canada le 11 novembre 2018 au nom de toutes les mères canadiennes qui ont perdu un fils ou une fille au service de notre pays. Durant la période du 2 novembre 2018 au 31 octobre 2019, Mme Cenerini sera de plus invitée à participer à diverses activités commémoratives en hommage à ceux et celles tombés au champ d’honneur.

Le lieutenant-colonel Sharpe

Samuel Sharpe, un héros de la Premièere Guerre mort des suites du service militaire, mais dont la mémoire n’avait pas jusqu’à 2018 été honoré en raison de son suicide. (Wiki)

Le lieutenant-colonel Sharpe a du attendre, lui, un siècle après sa mort, avant que sa mémoire ne soit honoré.

Sharpe, alors député au Parlement, a participé à la création du 116e bataillon du Corps expéditionnaire canadien, puis il a traversé l »Atlantique pour commander l’unité pendant la Première Guerre mondiale.

Sharpe a non seulement été impliqué dans certaines des batailles canadiennes les plus importantes et les plus sanglantes de la Première Guerre mondiale, mais il a été réélu en son absence quelques semaines seulement après la fin de la bataille de Passchendaele, pour laquelle il a reçu un prix de bravoure.

Mais Sharpe n’allait jamais reprendre son siège. La tension et les traumatismes de la bataille de Passchendaele, où plus de 16 000 Canadiens ont été tués ou blessés au cours des mois de combats en 1917, y compris plusieurs amis proches, ont eu raison de sa santé.

Le militaire et homme politique a été hospitalisé pour « choc nerveux » quelques mois plus tard. Le 25 mai 1918, il a sauté d’une fenêtre de l’Hôpital Royal Victoria à Montréal.

Mais ce n’est que cette année qu’a enfin été honoré la semaine dernière par une plaque commémorative au Parlement canadien la mémoire du lieutenant-colonel Samuel Sharpe, plus d’un siècle après le retour de l’ancien député et ancien combattant de la Première Guerre mondiale traumatisé par les champs de la mort en Europe et s’est suicidé.

La nomination d’Anna Cenerini et le dévoilement de la plaque honorant la mémoire du lieutenant-colonel Sharpe a fait dire au ministre des Anciens combattants et ministre associé à la Défense, Seamus O’Regan, que cette année était «une année charnière pour la reconnaissance de la maladie mentale en tant que conséquence de la guerre», rattrapant ainsi le retard que pouvait avoir, parfois par orgueil, le monde militaire sur l’évolution des mentalités à cet égard dans la société canadienne en général.

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