Yémen: les combats font rage à Hodeida, le plus grand hôpital repris aux rebelles

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Les forces loyalistes yéménites grignotent du terrain dans la ville de Hodeida aux mains des rebelles, ici photographiées en périphérie est de la cité portuaire yéménite, le 9 novembre 2018. (AFP/STRINGER)

Les combats font rage samedi à Hodeida au lendemain de la reprise par les forces progouvernementales yéménites du plus grand hôpital de cette ville portuaire clé de l’ouest du Yémen aux mains des rebelles Houthis.

Alors que fusent de toutes parts des critiques sur les raids aériens meurtriers de la coalition menée par l’Arabie saoudite contre les rebelles, Washington a confirmé samedi que Ryad utiliserait désormais ses « propres capacités » pour effectuer les ravitaillements en vol en soutien de ses opérations, assurés jusqu’à présent par les Américains.

Depuis le 1er novembre, date de l’intensification de l’offensive pour reprendre Hodeida aux rebelles, les bombardements de la coalition en soutien aux forces du président Abd Rabbo Mansour Hadi ont provoqué la vive inquiétude d’ONG sur le sort des civils dans la ville et, au-delà, de l’acheminement de l’aide humanitaire dans le reste du pays.

Hodeida, aux mains des rebelles depuis 2014, est en effet le point d’entrée des trois quarts des importations et de l’aide humanitaire internationale dans un pays menacé par la famine.

– Mines et snipers –

Sur le terrain, les forces progouvernementales, qui grignotent du terrain depuis jeudi, ont repris vendredi soir dans un quartier est l’hôpital du 22 mai, le plus grand de la ville, selon des responsables militaires.

Elles se trouvent désormais à environ 3 km du principal bastion rebelle de la ville, appelé « 7-juillet », une zone ultra-sécurisée dans l’est de la ville.

Toujours dans l’est, de violents combats opposent samedi matin les forces loyalistes aux rebelles près d’une route principale reliant Hodeida à la capitale Sanaa, d’après les mêmes sources qui font état de l’implication d’hélicoptères Apache de la coalition.

Selon un des responsables, les affrontements prennent désormais la forme de « combats de rue », alors que « pleuvent des obus de mortier tirés par les rebelles ».

Les forces loyalistes, qui progressent depuis le sud et l’est vers le port, ont encore avancé d’un kilomètre, a-t-il affirmé. Elles ont reçu des renforts d’après un photographe de l’AFP.

Leur avancée dans la ville, tenue par les insurgés depuis 2014, est cependant entravée par le nombreux snipers déployés par les rebelles ainsi que par les mines et les tranchées creusées dans plusieurs secteurs, ont encore indiqué ces sources militaires.

Le chef de la rébellion, Abdel Malik al-Houthi, avait promis mercredi que ses hommes se battraient jusqu’au bout et ne se rendraient « jamais ».

Les combats depuis le 1er novembre ont fait 382 morts, selon des sources médicales.

« Ce sont les civils qui vont en payer chèrement le prix », a déclaré à l’AFP Lobna, une habitante de Hodeida qui préfère taire son nom de famille de peur de représailles. « Les civils sont pris entre deux feux », dénonce-t-elle.

Depuis plusieurs jours, de nombreuses ONG ne cessent d’appeler les parties en conflit à cesser les combats.

Pour le Conseil norvégien pour les réfugiés, « il y a un très fort risque que davantage d’attaques aériennes ou terrestres coupent (…) la dernière voie de ravitaillement en produits alimentaires, essence et médicaments des quelque 20 millions de Yéménites qui dépendent des importations passant par Hodeida ».

Un collectif d’ONG a appelé cette semaine à « une cessation immédiate des hostilités » au Yémen, où selon elles « 14 millions » de personnes sont « menacées par la famine ».

Les forces loyalistes tentent de chasser les Houthis, soutenus par l’Iran, de vastes régions conquises dans le nord et le centre du pays, dont Sanaa. Elles tentent de reconquérir Hodeida depuis juin. Quelque 440.000 personnes ont fui la cité –qui comptait 600.000 habitants avant– depuis selon des chiffres de l’ONU.

Cette offensive avait été suspendue en juillet pour donner une chance aux efforts du médiateur de l’ONU. Après l’échec en septembre de la médiation onusienne, la coalition avait annoncé la reprise de l’opération.

– Désengagement de Washington –

Mais depuis plusieurs mois, la coalition menée par Ryad donnait l’impression d’être dans une impasse militaire, sans compter qu’elle était de plus en plus critiquée par l’administration américaine, elle-même épinglée sur le plan intérieur pour son soutien à Ryad.

Son intervention au Yémen est devenue encore plus controversée après le meurtre du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, imputé à de hauts responsables du royaume et qui a terni l’image de Ryad.

Après des informations vendredi du Washington Post faisant état de la décision américaine de cesser de ravitailler en vol les avions de la coalition –mettant ainsi fin à son soutien le plus concret en trois ans de conflit–, Ryad a tenu à affirmer que cela avait été fait à sa demande, selon l’agence de presse officielle SPA.

« Récemment, le royaume et la coalition ont accru leur capacité de mener indépendamment le ravitaillement en vol au Yémen », a-t-elle indiqué. L’information a vite été confirmée par le Pentagone.

Mais pour Andreas Krieg, professeur au King’s College de Londres, qui rappelle qu’il s’agissait de l’aide opérationnelle américaine « la plus importante » à la coalition, celle-ci va se retrouver handicapée.

« La coalition dispose, en théorie, de ses propres capacités de ravitaillement, mais le ravitaillement en vol est un exercice exigeant que ni les Saoudiens ni les Emiratis –autre membres de la coalition– peuvent faire de façon efficace », selon lui.

Dans ce contexte, la coalition a dit espérer « que les prochaines négociations sous l’égide de l’ONU dans un pays tiers conduiront à un règlement négocié » du conflit, a indiqué SPA.

Le Pentagone a évoqué dans le même temps de prochaines négociations. « Nous sommes tous concentrés sur le soutien à une résolution du conflit, menée par l’envoyé spécial de l’ONU Martin Griffith », a dit dans un communiqué le secrétaire américain à la Défense, Jim Mattis.

Pour le cabinet de conseil IHS Markit, Ryad et les Emirats arabes unis, autre membre de la coalition au Yémen, « estiment nécessaire de prendre Hodeida avant d’entamer des pourparlers de paix avec les Houthis. Cela permettrait au gouvernement yéménite d’avoir beaucoup plus de poids politique à la table des négociations ».

En près de quatre ans, le conflit au Yémen a fait quelque 10.000 morts et provoqué selon l’ONU la pire crise humanitaire au monde.

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