Yémen: des dizaines de morts dans la bataille de Hodeida ces dernières 24 heures

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Des membres des forces progouvernementales avancent en direction de la ville de Hodeida contrôlée par les rebelles, le 6 novembre 2018 au Yémen. (AFP)

Des dizaines de rebelles et de combattants progouvernementaux ont été tués ces dernières 24 heures dans la bataille de Hodeida, cette ville de l’ouest du Yémen qui revêt une importance stratégique en raison de son port, ont indiqué mercredi des médecins.

Depuis jeudi dernier, des forces progouvernementales yéménites, appuyées militairement par l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis, mènent des opérations au sol, visiblement pour encercler la ville aux mains des rebelles.

Des avions et des hélicoptères de la coalition sous commandement saoudien pilonnent de leur côté des positions des rebelles Houthis dans la cité.

Au cours des dernières 24 heures, 27 Houthis et 12 combattants loyalistes ont été tués à la périphérie de la ville, a indiqué une source médicale à l’AFP, ce qui porte à près de 200 le nombre de morts de part et d’autre au cours de la semaine écoulée.

Les combats au sol et les raids se sont poursuivis mercredi, selon des sources militaires.

Selon une source militaire progouvernementale, la coalition antirebelles a réalisé des « avancées limitées » vers Hodeida et son port, point d’entrée de 70% des importations et de l’aide humanitaire au Yémen, ravagé par la guerre depuis 2015 et théâtre de la pire crise humanitaire au monde selon l’ONU.

Plusieurs organisations humanitaires se sont inquiétées de l’intensification des combats et des raids aériens, qui menace selon elles l’accès des civils à l’assistance internationale, alors que des millions de personnes sont menacées par la famine dans le pays.

La rébellion promet de résister, les humanitaires tirent la sonnette d’alarme

Le chef de la rébellion au Yémen a promis mercredi de ne pas céder face aux forces progouvernementales, faisant craindre une bataille féroce dans la cité de Hodeida où les humanitaires s’inquiètent pour les civils et l’aide à une population menacée par la famine.

Dans ce pays pauvre ravagé par la guerre, les forces loyales au président Abd Rabbo Mansour Hadi, avec l’aide militaire de l’Arabie saoudite voisine et des Emirats arabes unis, tentent depuis 2015 de chasser les rebelles chiites Houthis des vastes régions qu’ils ont conquises, dont la capitale Sanaa.

La reprise aux rebelles de Hodeida (ouest) est très importante dans la mesure où c’est par le port de cette ville sur la mer Rouge que transitent près des trois quarts des importations et de l’aide tant nécessaire à la population.

« Est-ce que l’ennemi pense que pénétrer dans tel ou tel secteur, ou prendre telle ou telle zone, veut dire que nous allons être convaincus que nous devons nous rendre ou remettre le contrôle » de Hodeida à la coalition militaire sous commandement saoudien, a demandé le chef politico-religieux, Abdel Malik al-Houthi. « Cela ne se produira jamais ».

Mercredi, les combats se sont poursuivis en périphérie sud de la ville, près de l’Hôpital du 22-Mai, où, selon une source médicale, des rebelles ont pris le matin position dans l’établissement, y compris sur les toits.

A l’horizon, des colonnes de fumée se sont élevées de la cité soumise à un pilonnage intensif depuis près d’une semaine, alors que les forces loyalistes ont avancé dans la nuit en direction du port à pied ou à bord de pick-up.

Selon une source militaire, elles ont réalisé des « avancées limitées » vers Hodeida et son port, qu’elles cherchent visiblement à encercler, sous le couvert des raids des avions de combat et des hélicoptère Apache de la coalition.

Plusieurs ONG ont fait état de combats au sol dans la ville même, alors que les sources militaires progouvernementales ont affirmé que de tels combats se déroulaient en périphérie de Hodeida.

– « Ligne de vie » –

Près de 40 combattants parmi les rebelles et les progouvernementaux ont été tués ces dernières 24 heures, ont indiqué des sources médicales. Depuis l’intensification le 1er novembre des frappes aériennes et des opérations au sol, au total près de 200 combattants des deux camps ont péri.

« Ce que nous redoutons le plus, c’est que l’escalade de la violence compromette des efforts humanitaires qui sont vitaux. Je répète +vitaux+ », a dit à l’AFP Juliette Touma, responsable de la communication de l’Unicef au Moyen-Orient.

« Le port de Hodeida est vraiment la ligne de vie dans ce pays en guerre », a-t-elle insisté en expliquant que l’Unicef faisait parvenir des fournitures et de l’aide pour des millions d’enfants à bord de petites embarcations via des points d’entrée à Hodeida, qui « doivent continuer à fonctionner ».

Déjà la veille, l’Unicef et l’organisation Médecins sans frontières (MSF) ont exprimé leurs craintes face aux bombardements qui ont visé des cibles proches de deux hôpitaux de cette ville de quelque 600.000 habitants, dont certains ont fui.

« Les combats intenses se sont rapprochés dangereusement de l’hôpital Al-Thawra, ce qui met en danger de mort 59 enfants, dont 25 sont en soins intensifs », a averti l’Unicef. MSF s’est pour sa part inquiétée du sort « des malades et du personnel de l’hôpital Al-Salakhana ».

Pour Caroline Seguin, responsable des projets de MSF au Yémen, l’organisation est « réellement inquiète » d’un éventuel encerclement total de Hodeida qui serait « une catastrophe ».

– Impasse –

Mirella Hodeib, porte-parole du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) au Yémen, a appelé « toutes les parties à épargner les civils et les infrastructures civiles ». Elle a cité en particulier l’hôpital Al-Thawra, « l’un des plus grands de la ville », qui est très proche de la « ligne de front », ainsi que les réservoirs d’eau et les centrales électriques.

Mme Hodeib a demandé aussi aux belligérants de « permettre le passage en sécurité des civils qui veulent fuir ».

Depuis plusieurs mois, la coalition antirebelles donne l’impression d’être dans une impasse militaire. Le Yémen est de fait quasiment divisé en deux, les forces progouvernementales contrôlant le sud et une bonne partie du centre et les rebelles le nord et une bonne partie de l’ouest.

La bataille de Hodeida a lieu au moment où Washington, allié des Saoudiens, et l’ONU cherchent à relancer le processus de paix.

Selon des analystes, la pression diplomatique pourrait avoir incité les Saoudiens à chercher à obtenir le maximum de gains militaires avant d’éventuelles discussions. En septembre, un processus de consultations prévu par l’ONU à Genève avait échoué.

Depuis 2015, la guerre a fait quelque 10.000 morts et provoqué selon l’ONU la pire crise humanitaire au monde. Mais des responsables humanitaires estiment que le bilan réel des victimes est bien plus élevé.

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