Yémen: la coalition a demandé la fin des ravitaillements en vol américains

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Riyad a lancé le 26 mars 2015 des frappes pour stopper la progression des Houthis qui aurait permis à cette milice issue de l’importante minorité zaïdite d’étendre son emprise sur tout le territoire du Yémen, frontalier de l’Arabie saoudite, pays qui compte aussi une minorité chiite. (Archives/Fayez Nureldine/AFP)

La coalition militaire menée par l’Arabie saoudite qui combat les rebelles Houthis au Yémen a demandé aux Etats-Unis de cesser leurs opérations de ravitaillement en vol de ses avions, a prétendu samedi l’agence officielle saoudienne.

« Récemment, le Royaume et la Coalition ont accru leur capacité de mener indépendamment le ravitaillement en vol au Yémen », a annoncé l’agence de presse officielle SPA.

« En conséquence, en consultation avec les Etats-Unis, la Coalition a demandé la cessation du soutien au ravitaillement en vol pour ses opérations au Yémen », indique l’agence.

L’Arabie saoudite et les autres membres de coalition, qui soutient les forces loyales au président yéménite Abd Rabbo Mansour Hadi, « cherchent continuellement à améliorer leur professionnalisme militaire et leur autosuffisance », explique l’agence saoudienne.

« Le commandement de la Coalition exprime l’espoir que les prochaines négociations sous l’égide de l’ONU dans un pays tiers conduiront à un règlement négocié » du conflit, indique par ailleurs SPA.

Mais ce seraient plutôt les Etats-Unis qui ont décidé de cesser de ravitailler les avions de la coalition militaire sous commandement saoudien engagée au Yémen, mettant ainsi fin à leur soutien le plus concret en trois ans de conflit, a pour sa part rapporté la veille le Washington Post.

Cette aide est devenue encore plus controversée depuis le meurtre du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, imputé à de hauts responsables du royaume et qui a terni l’image de Ryad.

Des parlementaires américains, démocrates comme républicains, exigent que Washington prenne des mesures « immédiates », « y compris en mettant fin au ravitaillement des avions de la coalition saoudienne », faute de quoi ils menacent d’adopter eux-mêmes des mesures au Sénat.

Les sénateurs Jeanne Shaheen et Todd Young ont publié un communiqué en ce sens vendredi, avant la parution de l’article du Washington Post.

« Nous devons adresser un message immédiat, concret et sans ambiguïtés: nous attendons que Ryad s’engage de bonne foi et avec urgence dans des négociations pour mettre fin à la guerre civile », écrivent ces élus des deux bords politiques. Selon eux, l’Arabie saoudite doit « aussi comprendre que nous ne tolérerons plus les frappes aériennes aveugles contre des civils ».

En septembre, le secrétaire d’Etat Mike Pompeo avait « certifié » au Congrès que l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis, alliés de Washington, prenaient des « mesures manifestes pour réduire le risque » contre les civils au Yémen.

Cette certification était une condition émise par une loi américaine pour poursuivre le soutien logistique à la coalition dans son combat contre les rebelles Houthis au Yémen, alliés de l’Iran, bête noire de Washington.

La décision du chef de la diplomatie américaine avait été vivement critiquée par la sénatrice Shaheen, qui l’avait accusé d’avoir « violé la loi » par le biais d’une « certification bidon ».

Après le meurtre début octobre de Jamal Khashoggi dans le consulat saoudien à Istanbul, l’administration de Donald Trump, sans jamais remettre en cause l’alliance avec le royaume, a changé de ton sur le dossier yémenite.

Elle a demandé la fin des hostilités, y compris celle des frappes de la coalition arabe, ainsi que l’ouverture de négociations de paix d’ici fin novembre.

Après l’échec en septembre d’une médiation de l’ONU pour trouver un règlement politique, la coalition a annoncé la reprise de l’assaut sur le port stratégique Hodeida, dans l’ouest du Yémen, qui s’est intensifié à partir du 1er novembre.

La bataille pour reprendre Hodeida aux rebelles qui contrôlent la ville menace les efforts de paix des Etats-Unis et de l’ONU, qui espère pouvoir convoquer des pourparlers d’ici la fin de l’année.

La coalition, indique l’agence SPA, « espère voir la fin de l’agression des milices Houthis soutenues par l’Iran contre le peuple yéménite et contre des pays de la région, notamment la menace des missiles balistiques et des drones ».

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