Yémen: le gouvernement se dit prêt à reprendre des pourparlers de paix

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Une voiture détruite par une frappe aérienne dans la ville d’Hodeida au Yémen, le 24 octobre 2018. (AFP/ABDO HYDER)

Le gouvernement yéménite a affirmé jeudi qu’il était prêt à reprendre les négociations de paix avec les rebelles Houthis au Yémen, pays ravagé par la guerre où plus de sept millions d’enfants font face à un risque sévère de famine.

« La République du Yémen salue tous les efforts pour rétablir la paix », a indiqué le gouvernement dans un communiqué publié par l’agence Saba, au moment où les Nations unies appellent les belligérants à s’asseoir à la table des négociations d’ici un mois.

Basé à Aden (sud), le gouvernement a ajouté être « prêt à ouvrir immédiatement les négociations sur le processus visant à bâtir la confiance, principalement avec la libération de tous les détenus et prisonniers, ainsi que ceux qui ont été enlevés ou soumis à une disparition forcée ».

Ces déclarations interviennent alors que les Etats-Unis ont haussé le ton mardi en réclamant que cessent immédiatement les hostilités au Yémen, où une coalition régionale menée par l’Arabie saoudite combat depuis 2015 aux côtés du gouvernement contre les rebelles Houthis, soutenus par l’Iran.

Objet de critiques régulières sur son intervention au Yémen, Ryad subit toutefois une pression internationale sans précédent depuis l’assassinat, début octobre au consulat d’Arabie saoudite d’Istanbul, du journaliste Jamal Khashoggi, un critique du pouvoir saoudien.

L’impact de la guerre au Yémen touche particulièrement les enfants, qui représentent « plus de la moitié » des 14 millions de Yéménites souffrant d’insécurité alimentaire, a souligné mercredi à l’AFP Geert Cappelaere, le directeur régional du Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef).

D’ores et déjà, « 1,8 million d’enfants de moins de cinq ans font face à une malnutrition aiguë et 400.000 enfants sont touchés par une malnutrition extrêmement aiguë », a-t-il précisé.

– « Pas suffisant » –

M. Cappelaere a salué les appels récents à la reprise des négociations de paix, mais fait valoir que « mettre fin à la guerre » ne serait « pas suffisant ».

« Ce dont nous avons besoin, c’est de mettre fin à cette guerre » mais aussi d’instaurer un mécanisme gouvernemental qui se concentre sur les gens et les enfants », a-t-il ajouté.

Selon le responsable onusien, le conflit « exacerbe une situation déjà mauvaise en raison d’années de sous-développement » dans ce pays le plus pauvre de la péninsule arabique.

Les experts en sécurité alimentaire tentent actuellement de déterminer si la famine peut être déclarée au Yémen, d’après l’ONG de solidarité Care International.

« Déclarer la famine signifierait que la communauté internationale a déjà échoué (à aider) le peuple du Yémen », a déclaré Jolien Veldwijk, assistante de direction pour Care Yémen.

« Deux des plafonds nécessaires pour déclarer une famine -les taux de mortalité et de graves taux de malnutrition- sont des indicateurs retardés, c’est-à-dire qu’au moment où ces plafonds seront franchis, les gens seront déjà en train de mourir », a-t-elle expliqué.

Plus de 6.000 enfants ont été tués ou blessés depuis 2015 au Yémen, selon l’Unicef. « Il s’agit de chiffres que nous avons pu vérifier, mais nous pouvons dire sans risque de nous tromper que leur nombre est en réalité bien plus élevé », a également indiqué à l’AFP Geert Cappelaere.

– Echecs répétés –

En mars 2015, la coalition sous commandement saoudien est intervenue militairement au Yémen en soutien aux forces pro-gouvernementales du président Abd Rabo Mansour Hadi, après que les rebelles Houthis, soutenus par l’Iran, se sont emparés de la capitale Sanaa.

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), environ 10.000 personnes ont été tuées depuis le début de ce conflit qui risque de se poursuivre.

Certaines organisations de défense des droits de l’Homme estiment que le conflit a fait jusqu’à 50.000 morts. Il a provoqué « la pire crise humanitaire au monde », d’après l’ONU.

En septembre, les Houthis avaient refusé de se rendre à Genève pour participer aux discussions de paix, accusant notamment l’ONU de ne pas leur garantir de pouvoir ensuite retourner à Sanaa, la capitale qu’ils contrôlent.

Les pourparlers avaient déjà échoué en 2016, après 108 jours de négociations au Koweït.

Le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo et le secrétaire à la Défense Jim Mattis ont exigé mardi la fin des raids aériens, reconnaissant de manière implicite l’implication de la coalition militaire dirigée par Ryad dans le bombardement de civils.

Dans un rapport publié en août dernier, un groupe d’experts de l’ONU a conclu que toutes les parties avaient potentiellement commis des « crimes de guerre » au Yémen, mais que les frappes aériennes de la coalition menée par Ryad avaient causé « le plus de victimes civiles directes ».

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