«Effondrement total du système de santé» au Yémen, selon Médecins sans Frontières

Ghazi Saleh, un enfant souffrant de malnutrition, sur son lit d'hôpital à Taëz dans le sud-ouest du Yémen, le 19 novembre 2018. (AFP/ marzooq AL-JABIRY)
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Ghazi Saleh, un enfant souffrant de malnutrition, sur son lit d’hôpital à Taëz dans le sud-ouest du Yémen, le 19 novembre 2018. (AFP/ marzooq AL-JABIRY)

Le Yémen n’est pas encore en situation de famine mais fait face à des cas de malnutrition et à «un effondrement total de son système de santé», a assuré mercredi à Paris la chef de mission de Médecins sans Frontières (MSF) dans ce pays.

Au cours d’une conférence de presse au siège parisien de l’ONG, Caroline Seguin, rentrée la veille d’une tournée d’un mois dans le pays en guerre, a estimé que « l’effondrement total du système de santé et du système économique » étaient les causes majeures de la crise humanitaire en cours, «la plus grave de ce début du siècle».

Le 8 décembre, l’ONU avait estimé que « jusqu’à 20 millions de Yéménites (étaient) en situation d’insécurité alimentaire ».

«Nous ne faisons pas du tout un diagnostic de famine», a déclaré Caroline Seguin. « Avant la guerre, la malnutrition était présente au Yémen, nous y avions des programmes de nutrition. Nous les maintenons depuis dix ans, mais nous ne voyons pas de famine. Les cas de malnutrition augmentent. Mais dans les vrais cas de famine, on voit des adultes mal nourris, des taux de mortalité qui explosent : ce n’est pas le cas aujourd’hui au Yémen».

MSF est présent dans 11 des 21 provinces du pays, où il gère directement 13 hôpitaux et appuie une vingtaine d’établissements de santé yéménites, a précisé le Dr Mego Terzian, président de MSF.

«Le problème avec l’emploi du mot famine», a ajouté Caroline Seguin, «c’est que des ONG se concentrent sur des programmes nutritionnels alors que nous pensons qu’aujourd’hui les problèmes sanitaires sont bien plus graves que des distributions alimentaires. Les problèmes sont l’effondrement total du système de santé, du système économique, qui fait qu’aujourd’hui une femme enceinte ne peut pas se payer un ticket de bus pour aller accoucher dans un hôpital».

«Les fonctionnaires ne sont plus payés depuis plus de deux ans, il y a de gros problèmes d’importations», a-t-elle poursuivi. « La population devient de plus en plus pauvre, une économie de guerre a été mise en place par les différents belligérants, au niveau du fuel, du gaz. Et c’est la population civile qui trinque».

Le manque d’eau est aussi chronique dans de nombreuses régions, a-t-elle ajouté, et c’est l’explication principale de l’épidémie de choléra qui a ravagé le pays l’an dernier.

«Il y a de moins en moins d’eau, et elle est réservée en priorité aux plantations de khat, que l’on voit partout avec leur vert éclatant. Pour le khat, il y a toujours de l’eau. Les humains passent après», a-t-elle confié à l’AFP.