France: vaste traque du tireur de Strasbourg, qui a crié « Allah Akbar »

16
Un barrage de police à Strasbourg le 11 décembre 2018. (AFP/ Patrick HERTZOG)
Temps de lecture estimé : 3 minutes
Un barrage de police à Strasbourg le 11 décembre 2018. (AFP/ Patrick HERTZOG)

Les forces de l’ordre françaises étaient engagées mercredi dans la traque d’un homme radicalisé au lourd passé judiciaire qui, criant « Allah Akbar », a tiré dans la foule du Marché de Noël de Strasbourg (est), faisant deux morts et un blessé en état de mort cérébrale.

« Le terrorisme a une nouvelle fois frappé notre territoire », a lancé le chef du parquet antiterroriste, Rémy Heitz, identifiant l’assaillant sous le nom de Chérif C., né le 24 février 1989 à Strasbourg.

L’homme est « très connu » de la justice, pour des faits de droit commun, « principalement » des vols et violences. Il a été condamné à 27 reprises, en France mais aussi en Allemagne et en Suisse, et incarcéré plusieurs fois, a-t-il dit.

En prison, il s’est radicalisé et a eu une « attitude prosélyte » en 2015, ce qui lui a valu d’être inscrit sur le Fichier des signalements pour la prévention et la radicalisation à caractère terroriste (FSPRT), a précisé le procureur lors d’une conférence de presse à Strasbourg.

« Au regard du lieu ciblé, du mode opératoire employé par l’assaillant, de son profil et des témoignages recueillis auprès de ceux qui l’ont entendu crier +Allah Akbar+, la section antiterroriste du parquet de Paris s’est saisie des faits », a-t-il déclaré.

Mardi matin, il devait être interpellé par les gendarmes dans le cadre d’une enquête de droit commun mais a échappé à cette arrestation, selon une source proche du dossier.

Sur le marché de Noël de Strasbourg, qui accueille deux millions de visiteurs par an, l’assaillant a « ouvert le feu à plusieurs reprises avec une arme de poing et utilisé un couteau », a ajouté le procureur. Blessé dans des échanges de coups de feu avec les forces de l’ordre, il est ensuite monté dans un taxi pour prendre la fuite.

Alors que la police était toujours à la recherche du suspect, quatre de ses « proches » étaient encore en garde à vue, mercredi en milieu de journée, a précisé le procureur Heitz.

Selon lui, deux personnes sont mortes et une autre est en état de mort cérébrale. Un précédent bilan faisait état de trois morts.

Douze autres personnes ont été blessées, dont six sont toujours en état d’urgence absolue. Selon le maire de Strasbourg, un touriste d’origine thaïlandaise compte parmi les victimes.

Plus de 600 policiers et gendarmes sont mobilisés pour tenter de retrouver l’assaillant. Il « ne peut être exclu » qu’il soit passé en Allemagne, a averti le secrétaire d’Etat à l’Intérieur Laurent Nuñez, ajoutant qu’un « bouclage des frontières a été assuré ».

L’importante mobilisation intervient au moment où les forces de l’ordre sont déjà grandement mises à contribution en raison de la crise des « gilets jaunes », dont les dernières manifestations ont été émaillées de violences. Les appels se sont multipliés pour que les « gilets » renoncent à une nouvelle manifestation, samedi à Paris.

Le président Emmanuel Macron a « rappelé que l’ordre public devait prévaloir », a souligné le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux.

Dans le centre-ville de Strasbourg sous le choc, le grand glas de la cathédrale de Strasbourg a sonné durant 10 minutes à midi « pour s’unir à la souffrance des victimes et de tous les Strasbourgeois », selon l’évêché. Le Parlement européen, qui siège cette semaine à Strasbourg, a également observé une minute de silence.

Place Kléber, centre névralgique de la ville, des passants ont commencé à rendre hommage aux victimes par des inscriptions « je suis Strasbourg » et quelques bougies et pétales de roses.

« On a eu la boule au ventre en partant (travailler ce matin à Strasbourg). On ne sait pas comment ça va se passer », s’inquiétait Cathia, livreuse habitant au sud de Strasbourg, présente dans une des rues ensanglantées la veille.

Après cette attaque, le gouvernement a rehaussé à « urgence attentat », soit son niveau maximal, le plan national de lutte contre le terrorisme Vigipirate.

Le traditionnel marché de Noël de Strasbourg avait fait l’objet d’un projet d’attentat en décembre 2000. En décembre 2016, le marché de Noël de Berlin avait été touché par un attentat au camion-bélier revendiqué par le groupe État islamique qui avait fait douze morts.

La France vit sous une menace terroriste élevée depuis la vague d’attentats jihadistes sans précédent qui a fait 246 tués depuis 2015, sans compter la fusillade de Strasbourg. Cette année, deux attaques avaient déjà frappé le pays: l’une au couteau le 12 mai à Paris, faisant un mort et dont l’auteur, Khamzat Azimov, avait grandi à Strasbourg. Le 23 mars, à Carcassonne et à Trèbes (sud) Radouane Lakdim avait tué quatre personnes.