Interview de fin d’année avec le vice-amiral Ron Lloyd, commandant de la Marine royale canadienne (VIDÉOS)

Le vice-amiral Ron Lloyd, commandant de la Marine royale canadienne. (Nicolas Laffont/45eNord.ca)
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Le vice-amiral Ron Lloyd, commandant de la Marine royale canadienne. (Nicolas Laffont/45eNord.ca)

À l’occasion de la fin de l’année, 45eNord.ca s’est entretenu avec les commandants des principales branches des Forces armées canadiennes. Après le commandant de l’Armée canadienne la semaine dernière, aujourd’hui, le vice-amiral Ron Lloyd, commandant de la Marine royale canadienne, accompagné du Premier Maître de 1ière Classe Michel Vigneault.

45eNord.ca : La Marine… tout d’abord, les opérations, ce sont des journées bien remplies, des années bien remplies, nous avons eu Op Projection, Op Caribbe, des déploiements de sous-marins, la première opération Projection sur l’Afrique et l’Asie. Quelles sont ces opérations pour la marine, qu’est-ce que cela apporte aux gars?

Vice-amiral Ron Lloyd: Qu’est-ce que cela apporte pour les gars ou pour notre pays? Parce que je préfère travailler du haut vers le bas.

Stratégiquement, donc, dans la nouvelle politique de Défense: Protection, Sécurité, Engagement, vous voyez un engagement dans la région indo-asie-pacifique. Si nous regardons le monde, c’est vraiment un théâtre maritime, et donc, avoir des représentations dans la région, cela convient à la marine.

Sur le plan stratégique, c’est important pour nous car nous parlons de l’OTAN, nous avons un navire avec l’OTAN et Op. REASSURANCE, c’est une alliance dans laquelle nous vivons depuis de très nombreuses années. Ainsi, la synergie, l’intégration et l’interopérabilité sont fantastiques dans cette perspective, cela a pris des décennies pour établir cela.

Nos opérations dans la région indo-asiatique sont donc définies par ces procédures, par ces protocoles. Cette intégration et cette interopérabilité sont importantes pour le succès de nos marines dans cette région.

En ce qui concerne nos marins, nos marins se joignent à la Marine pour voir le monde et faire une différence. Ils se rendent donc dans de nombreux endroits que je n’aurais même jamais imaginé aller dans ma carrière. Denang, au Viet-Nam, au Sri-Lanka et dans tous ces lieux fantastiques.

Ils ont donc une belle occasion de voir le monde. Ils ont également la possibilité de mener des opérations avec les Sud-Coréens, peut-être la marine japonaise, et les marines de la région, ce qui souligne leur engagement envers la région Inde-Pacifique.

Je dirais la même chose à propos de l’Afrique de l’Ouest, du golfe de Guinée. Ce qui représente un grand changement pour nous en tant qu’organisation, c’est un plan en 3D. Nous pouvons maintenant voir Affaires mondiales Canada et leur dire quels sont les ports que nous visiterons. Ce n’est pas simplement nous, la Marine, c’est vraiment les Forces armées canadiennes, parce que c’est Mike Rouleau qui commande ces opérations. C’est donc le commandant du COIC, avec l’état-major stratégique interarmées, Affaires mondiales Canada, qui fournit ce cadre et, quand cela est dit et fait, c’est la marine qui exécute.

Donc, il n’y a pas que des visites de ports individuelles de temps en temps, alors que nous ne savons pas quand, où, jusqu’à ce que ce soit fait, maintenant, cela est officiellement programmé.

Nous générons les forces, pour le COIC, le lieutenant-général Rouleau, et cette relation fonctionne extraordinairement bien, la confiance entre notre personnel est vraiment très forte, et j’ai toute confiance en le lieutenant-général Rouleau et son équipe pour inspirer et diriger nos forces déployées.

Et un autre type de projection était le Chicoutimi dans la même région, la première fois qu’un sous-marin de la classe Victoria est resté aussi longtemps en mer, aussi loin en mer. Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur ce succès?

Ainsi, le succès est mesuré de nombreuses manières et déployer un sous-marin pendant 197 jours de l’autre côté du Pacifique est un succès, à tous égards.

Mike (Michel Vigneault, premier maître de 1ère classe) et moi avons eu l’occasion d’aller visiter le Chicoutimi qui était en opération avec la force d’autodéfense maritime japonaise, vous pouvez voir une photo d’une de leur unité prise par le Chicoutimi juste au-dessus de vos épaules, c’est un succès en termes de fonctionnement au rythme de la bataille. Le fait qu’ils maintiennent le sous-marin pendant une période de maintenance dans l’océan Pacifique était une autre réalisation importante.

De mon point de vue, nous sommes très heureux de Steph Ouellet (le commandant du NCSM Chicoutimi, NDLR) du personnel que nous avions, de l’équipe et de la façon dont ils se distinguaient dans le secteur de l’Asie-Pacifique.

Je pense que ce qui est ignoré de beaucoup de Canadiens, c’est le fait que le Chicoutimi était sur le chemin du retour et qu’un autre sous-marin était en route pour la Méditerranée. Pour nous, avoir deux sous-marins actuellement déployés, rentrant et participant aux opérations, ce n’est pas bien connu des Canadiens. Même le week-end dernier, ils demandaient toujours avec humeur: «Qu’en est-il de ces sous-marins?» «Ce programme sera-t-il un jour sur les rails?». Nous sommes donc vraiment vraiment contents et Mike peut vous donner une meilleure idée de la façon dont le personnel des navires se distingue.

Premier maître Mike Vigneault: Je pense que les deux, le Windsor et le Chicoutimi, ont vraiment démontré la résilience des sous-mariniers et celle de leurs familles. Les conditions de vie et de travail sur un sous-marin sont très différentes. La connectivité, la possibilité de se connecter, est pratiquement inexistant. Donc, avoir autant de sous-marins déployés pendant cette période et être en mesure de vraiment démontrer la résilience dont ils disposent avec leur famille à terre, c’était vraiment impressionnant à voir.

Peut-être que la lumière était davantage sur le Chicoutimi, mais le Windsor fonctionnait également à la même époque en Méditerranée. Que faisait-il en Méditerranée?

La bonne nouvelle pour nous est que, même si je suis extraordinairement impressionné par la façon dont le lieutenant-général Rouleau emploie nos forces, nous entretenons également d’excellentes relations avec l’OTAN. Le vice-amiral Clives Johnston, qui est le commandant du Commandement Maritime de l’OTAN, utilise nos navires, utilise nos sous-marins, comme si c’était les siens.

Une fois de plus, on parle de confiance, j’ai toute confiance en l’amiral Johnston et en l’OTAN qui emploieront nos frégates, nos sous-marins pour répondre à leurs besoins, et c’est exactement ce qu’ils ont fait.

Vous avez mentionné le capitaine de frégate Ouellet, Steph Ouellet, il sera si je ne me trompe pas, à la barre du Victoria, et le Victoria l’année prochaine se concentrera sur la formation des nouveaux sous-mariniers ?

Oui, donc, mais juste pour être clair, chaque sous-marin qui part en mer a une formation embarquée. Chaque fois qu’un sous-marin est en mer, qu’il s’agisse d’une opération ou non, vous pouvez être assuré qu’une partie de ce qu’il fait est consacrée à la formation des sous-mariniers.

Où en sommes-nous maintenant pour la force sous-marine, pleinement opérationnelle? Quelle est la prochaine étape pour notre force sous-marine?

Oh, donc, pour notre force sous-marine, en ce qui concerne les prochaines étapes, nous sommes actuellement en transition après le déploiement de deux sous-marins de la zone atlantique. Vous devez évidemment revenir, vous devez effectuer la maintenance et compléter ces activités afin que vous puissiez les récupérer pour mener à bien la formation car, lorsqu’un sous-marin est à quai, il est très difficile de développer la compétence nécessaire pour réussir en tant que sous-marinier. Ce que vous devrez faire à court terme est donc de retourner en mer, établir ces compétences et se lancer dans notre plan d’utilisation de la flotte de trois ans qui cherchera les possibilités d’employer ces forces en aval.

Et alors, quel genre d’opportunités, le Chicoutimi et le Windsor participent cette année à deux opérations, de temps en temps avec des forces spéciales, il y a des opportunités, dans les années qui viennent, quelles seront les opportunités?

Dans les années à venir, je pense que les opportunités que vous verrez sont des opportunités de continuer à travailler avec l’OTAN et, en nous basant uniquement sur le lieu où nous effectuons notre maintenance, je pense que vous verrez une construction centré sur l’OTAN dans le futur. Ce serait mon avis.

Bien sûr, cette année, le point culminant pour la Marine a été les NPEA (navires de patrouille extracôtier et de l’Arctique)

Les navires de patrouille Harry DeWolf.

Harry DeWolf, donc vous étiez là bien sûr pour le baptême du navire. Êtes-vous heureux, êtes-vous inquiet, êtes-vous ravi de voir le navire enfin en mer?

Extraordinairement extatique. Ce navire représente des capacités extraordinaires et a pu voir le personnel du Harry DeWolf, qui étaient sur place, portant le nouvel insigne de navire, qui constitue une plate-forme impressionnante au-delà de toutes les définitions, et je ne peux m’empêcher de penser que les marins ont hâte de monter à bord et de l’emmener en mer, que ce soit dans l’Arctique ou au large des côtes, cela représente des capacités importantes pour la Marine. Nous sommes impatients de le commissionner et de l’emmener en mer.

Alors, quelle est la prochaine étape pour que l’équipage puisse à un moment donné être prêt à faire fonctionner le navire?

Oui, donc, tout comme nous le faisons avec les frégates, nous allons travailler avec les chantiers navals d’Irving, qui font leurs essais et préparent les navires pour être transférés à la Marine. Nous allons travailler pour que l’équipage du navire à bord puisse obtenir cette formation. Irving a mis au point un programme de formation afin de s’assurer de la compréhension du nouvel équipement, des procédures à suivre et de sa prise en mer. Je m’attends à ce que, probablement, nous commissionnions le NCSM Harry DeWolf vers l’été. Ce sera une journée passionnante pour la Marine. C’est sûr.

Qu’est-ce que cela apporte, le Harry DeWolf, j’en ai beaucoup entendu parler, ce n’est pas un brise-glace, ce n’est pas armé de gros canons, comme des frégates ou des destroyers dans le passé, c’est comme un navire intermédiaire, certains craignent qu’il ne soit pas correctement armé, et ce n’est pas non plus un brise-glace, alors qu’est-ce que cela apporte à la marine?

Donc, beaucoup de gens essaient, vous savez, de faire une histoire, à propos de l’armement, et tout ça. Mais, quand vous regardez n’importe quelle marine dans le monde, elle a des navires combattants et ensuite, ils ont des navires de patrouille, puis des navires de ravitaillement ou de soutien.

Ainsi, lorsque vous examinez l’armement d’un navire de patrouille, vous constatez qu’il possède l’armement des navires de patrouille du monde entier. Qu’il n’ait ni missile Harpoon, ni missile Sea Sparrow, les gens essaient d’en faire toute une histoire.

Vous savez, la marine a besoin de patrouilleurs et ceux-ci disposent d’un armement modeste, et c’est exactement ce qu’a le Harry DeWolf. Nous avons un armement modeste pour la tâche et les missions qui seront assignées.

Et puis, nous pensons qu’il va opérer dans l’Arctique, il doit évidemment être robuste, c’est pourquoi il a la taille qu’il a pour pouvoir opérer dans l’Arctique, mais également au large des côtes. C’est ce qui est vraiment unique à propos de ce navire. Il ne sera pas seulement utilisé dans l’Arctique où il prolonge la saison de navigation, mais aussi pourra être extraordinairement efficace dans les Caraïbes, pensez au Golfe de Guinée, imaginez également des missions de secours en cas de catastrophe, quantité de capacités de commandement et de contrôle et l’aide qui peut être fournie à cette région. (Se tournant vers le premier-maître Vigneault) Quelles sont les pensées des marins à ce sujet?

Premier maître Vigneault: Je pense, monsieur, qu’une des autres choses que cela apporte est l’excitation. Sur le plan symbolique, il y a trente ans, lorsque nous accueillions les frégates dans la flotte, le sentiment d’excitation que nous avions eu, je le vois aujourd’hui. Vous pouvez vraiment le voir, c’est tangible, nous sommes maintenant dans notre future flotte dont nous parlons depuis de nombreuses années, alors c’est très excitant.

Et vous l’avez mentionné, cette future flotte ne se limite pas aux NPEA, mais aussi aux navires de combat de surface canadiens, avec cette nouvelle étape de franchit qui consistait à sélectionner le modèle, et peut-être le contrat dans les années à venir. Un grand moment pour la marine, avec pas moins de 21 nouveaux vaisseaux !

Nous allons avoir la plus grande capitalisation de notre histoire en temps de paix. C’est excitant!

Le point de Mike est que nous allons commencer à parler de la future marine, la future marine arrive aujourd’hui. Nous en parlons depuis un certain temps, mais maintenant, il existe une preuve physique. Il suffit de voir nos revues de l’année 2018 et même 2017, cela témoigne du dévouement assidu de nos marins, mais également de l’ensemble de l’équipe de la Marine, de la Réserve militaire, de l’effectif de la fonction publique et de l’équipe de la Marine composée de nos familles. Mike a renforcé leur contribution à la réussite de nos marins.

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Mais, beaucoup trop souvent, et je pense que l’histoire qui n’est pas racontée ici, l’histoire qui doit être racontée, est que, dans l’ensemble, la partie la plus facile sera de changer les navires. La partie la plus difficile est de changer la culture et tous nos systèmes et protocoles afin d’être préparé pour cette future flotte.

Donc, pour le moment, nous devons nous assurer que nous sommes prêts à tous égards, prêts à être une marine numérique. Et quand nous parlons de marine numérique, c’est un gros problème parce que nous devons nous assurer que nos marins, ceux qui sont nés à l’âge du numérique et qui sont là-bas, la génération des réseaux, la génération Z, dans la foulée des milléniaux, s’adressent à une organisation qu’ils sentent technologiquement sophistiqué.

Au lieu de faire ça tous les jours (le vice-amiral Lloyd fait semblant de naviguer sur son téléphone portable), vous arrivez sur un navire et vous effectuez une routine papier, et cela ne va tout simplement pas le faire, en terme d’attraction, ça ne va pas le faire non plus en termes de recrutement, et cela ne va certainement pas le faire en termes de capacité à retenir les marins talentueux dont nous avons besoin.

Alors, vous pouvez avoir recours au BYOD (Bring you own device) permettant d’utiliser leurs propres ordinateurs, smartphones à des fins professionnelles, afin de pouvoir suivre leur formation lorsque déployés en mer dans le monde entier.

Ainsi, notre préoccupation, nous cherchons à nous assurer qu’ils sont mieux en mesure de servir les nouveaux navires. Le système de formation, nous cherchons à nous assurer qu’il est plus numérique, plus « jeu-vidéo » si vous voulez, et nous faisons en sorte que la Marine devienne une marine du XXIe siècle, afin que les navires de combat de surface du XXIe siècle et les navires de patrouille extracôtier et de l’Arctique accomplissent leur service puisses parfaitement s’intégrer.

C’est ce sur quoi nous nous concentrions au cours des cinq dernières années. Mike, peut-être, peut partager certaines de nos initiatives.

Premier maître Mike Vigneault: La plus importante et celle qui semble la plus populaire en ce moment est la capacité de nos marins à se connecter chez eux à la maison lorsqu’en mer.

Tout cela fait partie de la politique que nous avons définie pour améliorer la vie de nos marins en mer. De même, améliorez la qualité de vie de leurs familles lorsqu’ils sont déployés et connectés.

Ainsi, l’introduction du WIFI en mer est extrêmement populaire et tout aussi populaire sinon plus auprès des familles à la maison. Et ce sont ces petites choses contre lesquelles, pendant des années, nous avons pris position, parfois pour des raisons de sécurité, entre autres, pour de bonnes raisons, mais lorsque nous parlons de la nouvelle génération de marins, et de ceux, et pas seulement des jeunes, qui sont constamment connectés, et nous leur demandons de se déconnecter pendant des semaines, ils ne sont pas heureux, leurs familles ne vont pas être heureuses. Cela n’aide pas à la rétention de nos marins. Donc, peu importe ce que nous pouvons faire pour les garder et les maintenir dans l’organisation, au XXIe siècle, la connectivité en est un élément essentiel. Nous y arrivons donc très vite.

Quand ils se rendent au Mali, en Irak, en Afghanistan, en Lettonie ou en Ukraine, etc., le WIFI haut débit est partout. Mais, avec la marine, de temps en temps, lorsque vous essayez de vous connecter sur Facebook, la page ne se charge pas pendant 10 minutes, ce qui est très difficile.

(Rires) Vous avez fait l’expérience de cela apparemment.

C’est une image générale de mon séjour à bord du Charlottetown.

Mais je saute à ma prochaine question. Il y a 14 700 marins dans la marine, êtes-vous à l’aise avec cette force de 14 700 personnes ou, en ce qui concerne le recrutement, où faites vous des efforts sur certains types spécifiques de…

Donc, il y a deux types de recrutement, il y a le recrutement dans la force régulière, et il y a le recrutement dans la réserve.

Et nous avons un succès énorme avec le recrutement dans la réserve, c’est la marine qui est responsable du recrutement dans la réserve. Et nous venons d’organiser une réunion la semaine dernière pour rationaliser encore davantage afin de pouvoir respecter le mandat du chef d’état-major de la Défense selon lequel les réservistes de la marine devraient pouvoir être recrutés au cours de trois sessions de formation consécutives. Nous redoublons d’efforts pour nous assurer que nous pouvons faire exactement cela.

Ce n’est pas le cas pour le recrutement dans la force régulière, c’est la responsabilité du chef du personnel militaire. En utilisant des outils d’intelligence d’affaires, je peux suivre nos progrès en matière de recrutement et, malheureusement, nous n’avons pas été en mesure de recruter depuis un certain nombre d’années selon le plan stratégique de recrutement que nous avions défini en tant que Marine pour le Chef du personnel militaire.

Le lieutenant-général Lamarre et son équipe en ont donc fait cette année une priorité d’assurer la direction de leurs activités et de leurs ressources de façon à recruter des marins. J’espère que lui et son équipe réussiront à respecter notre plan stratégique de recrutement, car il manque actuellement environ 700 recrues et nous devons évidemment régler ce problème.

Nous devons, comme l’a dit Mike, retenir également les marins afin de ne pas avoir à en recruter de nouveaux. Nous sommes donc tous engagés dans la rétention, la priorité numéro un, vous avez encore besoin de les garder. C’est pourquoi le recrutement est vraiment une priorité. C’est pourquoi j’obtiens un rapport mensuel, c’est pourquoi nous accordons une attention particulière à tout ce que nous pouvons faire pour aider le chef de du personnel militaire à faire entrer ces jeunes Canadiens talentueux dans la Marine.

Où sont les besoins ? Sur les navires, les sous-marins, les bases, les quartiers généraux?

Donc, à cause de la pénurie actuelle, si vous regardez un tableau où vous avez des rangs et des occupations, vous verrez un gros point rouge au centre, où nous sommes à court. Et ce gros point rouge se situe en grande partie au milieu de notre leadership, nos troupes navigantes de combat. Pensez aux opérateurs de capteurs électroniques, pensez à nos opérateurs de sonar, pensez à nos opérateurs d’équipement d’information de combat (Marine), ceux pour lesquels nous sommes à court, sont les plus grandes préoccupations que nous avons. Mike…

Premier maître Mike Vigneault: C’est inquiétant, car c’est le personnel qui va en mer, le parcours des marins du rang, ces opérateurs, c’est un peu inquiétant.

L’une des autres choses sur laquelle nous devons nous engager est l’inclusion, laquelle, à notre avis, conduira à la diversité. Ainsi, les petites choses comme regarder les menus et adapter les menus à bord des navires pour pouvoir être une organisation inclusive pour attirer le groupe démographique que nous semblons avoir du mal à recruter. Alors, encore une fois, nous ferons les choses que nous pouvons faire pour influencer ou changer la situation.

Pourquoi cette pénurie dans ces domaines spécifiques. N’est-ce pas attrayant ou n’est-ce pas suffisamment connu peut-être?

Donc, je ne pense pas que nous communiquons bien. C’est pourquoi, par exemple nous avons changé le nom de notre officier de marine de surface et de fond, parce que je ne sais même ce qu’est un officier de marine de surface et de fond, et j’en étais un, essayez donc maintenant de l’expliquer aux Canadiens. Nous les appelons maintenant officiers de guerre navale. Vous êtes dans la marine, vous faites quelque chose en rapport avec la guerre et vous êtes un officier. Je pense que cela peut probablement l’expliquer.

J’ai mentionné les opérateurs d’EIC, qui signifie opérateurs d’équipement d’information de combat (Marine). Ne les appelons plus opérateurs d’équipement d’information de combat (Marine)… que diable est un opérateur d’équipement d’information de combat (Marine) ? Essayez d’expliquer cela à un Canadien! Mais si vous appelez cela un opérateur de combat, ou un spécialiste du combat ou un spécialiste des opérations, vous indiquez au moins aux Canadiens que vous faites quelque chose en lien avec les opérations ou les combats du navire. Et c’est ce que nous devons faire.

Et je pense à autre chose que ce que nous n’avons pas fait non plus, c’est de ne pas avoir délégué la responsabilité et les autorités vers les Canadiens extraordinairement talentueux que nous amenons à la Marine.

À bien des égards, nous ne pensions pas qu’ils pourraient être capables de diriger et d’exercer des fonctions et tâches stimulantes à moins qu’ils ne soient des maîtres de 1ère ou 2e classe, ce qui est tout simplement faux.

Donc, je suis confiant dans le fait que nos jeunes marins de premier plan, nos jeunes matelots et matelots chefs, sont plus que capables de faire plus que ce que nous leur donnons actuellement, en les mettant au défi. Une partie de cela, ce que nous allons faire, c’est faire en sorte que nous leur déléguions des responsabilités. Je pense que cela nous aidera du point de vue du recrutement, et que nous nous assurerons que nous ferons un meilleur travail pour communiquer aux Canadiens ce qu’ils sont censés faire. Ton avis Mike?

Premier maître Mike Vigneault: Oh! Absolument. Les marins d’aujourd’hui sont très différents de ma génération de marins lorsque nous sommes entrés dans le service. Ils sont beaucoup plus conscients, ils ont besoin de savoir pourquoi ils font des choses, ils doivent comprendre pourquoi et ce que cela signifie pour eux. Quelque chose qui ne nous a pas été expliqué à nous, à l’époque. Nous faisions juste ce qu’on nous disait de faire. Nous devons faire très attention à cela et une partie de l’attention à cela consiste à leur faire confiance, en leur donnant les responsabilités qu’ils sont plus que capables de réaliser.

Peut-être une réponse brève à ce sujet: nous avons perdu des destroyers, nous avons également perdu des navires de ravitaillement et il y a eu beaucoup de problèmes récemment avec le Toronto, le Halifax, et le Edmonton, les incendies et la pénurie d’électricité à bord. Peut-être que cela pousse les gens à penser que notre marine n’est pas bonne.

Vice-amiral Lloyd : Donc, bilan de l’année 2018, s’il y a une chose que les Canadiens devraient savoir, c’est que d’abord et avant tout la santé et la sécurité de nos marins sont notre priorité. Il n’y a donc rien que nous ferions qui aurait un impact négatif sur les opérations en temps de paix, la santé et la sécurité de nos marins, et c’est le job numéro un des dirigeants de l’organisation.

En ce qui concerne les frégates, elles sont extraordinairement capables, vous savez, ce n’est pas par accident qu’elles se débrouillent extrêmement bien dans toutes nos opérations déployées. Ce sont les navires toujours prêts à peu de temps d’avis lorsque vous opérez dans un contexte multinational. J’ai donc une très grande confiance en nos navires de défense côtière, nos sous-marins et nos frégates.

Mais il ne devrait pas y avoir de doute, lorsque vous n’avez pas de navires de soutien interarmées, ni de destroyers, donc de capacités de défense de la zone, ce sont des défaillances importantes.

Nous sommes donc particulièrement content que la politique de défense du Canada: Protection, Sécurité, Engagement, se concrétise dans notre future flotte : quinze navires de combat de surface, la modernisation de la classe Victoria, les navires de soutien interarmées. 

Ainsi, bien que nous ayons à combler un écart aujourd’hui, nous atténuons au mieux nos capacités, mais nous sommes vraiment satisfaits de l’engagement pris.

Êtes-vous satisfait maintenant de voir l’Astérix aller en opération, en exercice ?

L’Astérix fournit un excellent service à la Marine et, jusqu’à présent, les réactions que j’ai eues lorsqu’il opérait sur la côte Est ou RIMPAC, ou, actuellement, dans le Pacifique avec la Calgary, ont été très positives.

45eNord.ca: Dernière chose, deux choses peut-être, sur la nouvelle du jour…

Je n’ai pas lu les nouvelles aujourd’hui [le vice-amiral sourit]… Qu’est-ce qu’il y a dans les nouvelles aujourd’hui, s’il vous plaît?

Avez-vous vu les problèmes entre la marine russe et la marine ukrainienne dans la mer d’Azov, ou la mer Noire, avec les navires russes tirant sur les navires ukrainiens, saisissant des navires. Nous croisons de temps en temps avec le Charlottetown, le Calgary, dans la mer Noire. Craignez-vous que la période actuelle soit difficile pour les navires de l’OTAN dans la région?

C’est donc une question qui devrait être laissée au vice-amiral Johnston, commandant du commandement Maritime à l’OTAN, ce serait à lui de répondre de mon point de vue.

Mais je suppose que, dans une perspective plus générale, votre question est la suivante: vous savez, du point de vue de la menace et de la compréhension du lieu où nous allons déployer nos navires, est-ce que nous avons un processus à cet effet ? Et vous pouvez être assuré que, lorsque nous déployons nos navires, le COIC dispose d’une solide capacité garantissant que l’évaluation de la menace est informée et que notre équipe de commandement de navires et nos marins auront une bonne idée des défis auxquels ils pourraient ou non être confrontés dans une zone d’opération, par exemple.

La Marine s’entraîne pour les opérations navales, la guerre navale, mais la dernière fois que la marine a combattu en période de guerre, c’était il y a plusieurs décennies. Sommes-nous prêts maintenant à combattre dans une vraie guerre en mer?

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Dans nos plus récents plans stratégiques, il est dit: prêt à aider, prêt à diriger, prêt à combattre. Et en substance, c’est cela qui compte.

Prêt à aider. Chacun de nos marins est prêt à apporter à aider, qu’il s’agisse d’opérations dans les Caraïbes après un ouragan dévastateur ou après une inondation dévastatrice.

Au Canada, l’année dernière, par exemple, notre division de la réserve navale s’est tournée vers le NCSM Montréal. On peut se tourner avec très peu de temps d’avis et d’entraînement spécifique, vers nos navires et nos marins qui sont prêts à aider.

Quand un navire sort de sa période de carénage, il est à tous égard prêt à aider.

Un peu plus de formation, un peu plus de temps en mer, et ce navire et son personnel sont prêts à diriger. Voilà pour votre question, que ce soit Trident Juncture, que ce soit dans l’Indo-Asie-Pacifique, le leadership assuré par ces équipes de commandement, ces marins, que ce soit Darren Garnier qui passe à la FOM 150 dans peu de temps (depuis le moment de cet entretien, le commodore Garnier a pris les commandes de la FOM 150, NDLR), nos marins sont à tous égards prêts à prendre le leadership.

Peu de Canadiens comprennent que pour être prêt à se battre, il faut s’entraîner. Ainsi, au cours des cinq dernières années, je peux vous montrer combien de missiles Sea Sparrow ont été tirés, ce qui est important, soit environ deux fois et demi ce qu’ont tiré les autres, parce que vous devez vous entraîner comme dans un vrai combat, vous devez donc utiliser des armes, des missiles. Et nos navires, lorsqu’ils se trouvent dans l’Atlantique Nord, pour citer l’amiral Johnston, «quand nous nous présentons, nos navires sont prêts à se battre».

Alors, quand vous demandez: «Sommes-nous prêts?», C’est notre travail, c’est ce que nous nous sommes engagés à faire. Je suis convaincu que si le gouvernement du Canada a besoin de nous pour le faire, nos marins extrêmement talentueux seront en mesure de faire exactement ça.

Mais encore une fois, si les marines nationales font bien leur travail, vous n’avez pas de conflit, et donc cette diplomatie navale, et ce que les marines font si bien, je pense, est à la base de ce que nous faisons.

C’est pourquoi nous avons ce plan d’utilisation de la flotte de trois ans, le COIC et l’équipe de la Marine, en liaison avec Affaires mondiales Canada, qui cherche à savoir de quoi il s’agit et où nous pouvons soutenir nos Hauts-commissaires, nos ambassadeurs dans le monde entier pour faire progresser les intérêts et les valeurs du Canada à l’échelle mondiale.

Et les marines nationales sont idéalement placées pour cela et je suis assez confiant, et Mike aussi, que nos marins, qui constituent le personnel de nos navires, sont à tous égards prêts à aider, prêts à diriger, et prêts à se battre.

Pour finir, y a-t-il quelque chose d’important à mentionner et que nous n’avons pas encore discuté?

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Je vais sauter sur la glace avant Mike, mais vous l’avez entendu ponctuellement de Mike et de moi: «le personnel d’abord, la mission toujours». Et c’est très ferme, c’est de veiller à ce que nos marins disposent de l’équipement, de la formation, quel que soit la stratégie que le gouvernement du Canada pourrait déployer.

Nous demandons donc beaucoup à nos marins et, à leur tour, ils travaillent dur. Je suis toujours impressionné lorsque nous examinons les bilans de 2018, 2017, le déploiement mondial de nos marins, le fait qu’ils parcourent le monde et font une différence, mais cela a un coût pour leur famille.

Nous ne parlerons jamais assez des sacrifices énormes et du soutien de nos proches, de nos familles. C’est la raison pour laquelle ce que font les centres de ressources pour les familles des militaires et notre reconnaissance pour la famille ne peuvent être suffisamment soulignés.

Parler d’une équipe d’une seule marine, c’est vraiment ça. Ce sont les militaires réguliers, les réservistes, les employés de l’État, et je ne sais pas si vous avez vu la vidéo reconnaissant l’importance des fonctionnaires dans la réussite de nos opérations, et enfin les familles. Ainsi, lorsque nous parlons de cette équipe de la Marine, c’est vraiment, vraiment, très important pour nous. Quoi d’autre Mike?

Premier maître Mike Vigneault: J’étais sur le point de parler du personnel d’abord, mais il est question d’engagement et d’un leadership de la Marine, alors que nous nous engageons auprès de nos gens, les actes doivent accompagner la parole. Si nous nous engageons auprès de notre personnel, le personnel s’engagera envers la marine et les familles s’engageront. Et cet engagement est ce qui les retient, c’est ce qui rend la Marine si passionnante.

Quand je vois un nouveau navire entrer en service, et quand je vois les nouveaux navires entrer en service dans les quinze ou vingt prochaines années, je voudrais simplement m’engager à nouveau. Et cet engagement est vraiment ce qui rend nos marins prêts à mener, à combattre et aider. À tous égards.

Messieurs, merci.

Merci Nicolas, merci beaucoup d’être venu passer du temps avec nous.

La semaine prochaine, mercredi 19 décembre à 18h, voyez notre entrevue avec le lieutenant-général Al Meinzinger, commandant de l’Aviation royale canadienne.