Israël annonce une opération à la frontière libanaise contre des tunnels du Hezbollah

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Sur des collines surplombant la Méditerranée, Israël construit un mur de béton le séparant du Liban voisin. Photo prise le 5 septembre 2018, (AFP/Archives/JACK GUEZ)

Israël a annoncé avoir lancé mardi une opération pour détruire des tunnels souterrains du Hezbollah détectés de son côté de la frontière avec le Liban, au risque d’aviver les tensions avec ce mouvement soutenu par l’Iran.


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Mise à jour 04/12/2018, 9h56

La Maison Blanche a exprimé mardi son soutien clair à l’opération lancée par Israël pour détruire des tunnels souterrains du Hezbollah détectés de son côté de la frontière avec le Liban, l’un des grands ennemis de l’Etat hébreu.

« Les Etats-Unis soutiennent avec force les efforts d’Israël pour défendre sa souveraineté et nous appelons le Hezbollah à mettre fin à la construction de tunnels vers Israël et à se tenir de l’écart d’une escalade et de la violence », a indiqué John Bolton, conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump.

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L’opération « Bouclier du nord », annoncée de manière inattendue au lendemain d’un entretien surprise entre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo à Bruxelles, est le dernier épisode en date de la confrontation avec le Hezbollah, l’un des grands ennemis de l’Etat hébreu, de part et d’autre de la Ligne bleue fixant la frontière libano-israélienne.

Cette confrontation s’était au cours des dernières années largement déroulée sur le sol de la Syrie voisine, mais le discours israélien a évolué récemment pour dénoncer davantage les activités du Hezbollah et de l’Iran au Liban.

« Quiconque cherche à s’en prendre à la sécurité d’Israël le paiera cher », a prévenu le Premier ministre israélien. Il a souligné au secrétaire d’Etat américain lundi soir à Bruxelles la nécessité de stopper les « actes d’agression » de l’Iran au Liban, en Syrie et en Irak, ont dit les services du Premier ministre dans un communiqué.

« Nous avons lancé l’opération Bouclier du nord pour mettre au jour et déjouer la menace des tunnels d’attaque de l’organisation terroriste Hezbollah », a dit à des journalistes un porte-parole des forces israéliennes, le lieutenant-colonel Jonathan Conricus.

Israël a repéré sous son sol un certain nombre de tunnels, a-t-il dit sans en spécifier le nombre ni comment ils avaient été localisés. Il n’a pas précisé non plus quand les tunnels avaient été découverts, se contentant d’indiquer qu’Israël surveillait attentivement de telles activités depuis des années.

L’armée a diffusé des images d’engins lourds procédant à des travaux de terrassement près de la frontière. L’un des tunnels partait d’une maison de Kfar-Kila, dans le sud du Liban, a précisé l’armée israélienne.

L’armée opère seulement du côté israélien de la frontière, a dit le lieutenant-colonel Conricus.

Les tunnels ne sont pas encore opérationnels et ne représentent pas une « menace immédiate » pour la population du nord d’Israël, a-t-il dit.

L’armée a établi une zone militaire fermée dans le secteur concerné, proche de Metula, et renforcé sa présence, mais n’a pas mobilisé les soldats de réserve, a-t-il dit. Aucune consigne spécifique n’a été délivrée aux populations civiles israéliennes, a-t-il ajouté.

Les activités du Hezbollah constituent « une violation flagrante de la souveraineté israélienne et de la résolution 1701 » des Nations unies, a dit M. Netanyahu à M. Pompeo, selon ses services.

La résolution 1701 adoptée en août 2006 mettait fin à 33 jours d’une guerre qui a fait 1.200 morts côté libanais, et 160 côté israélien, sans neutraliser le Hezbollah, visé par une vaste offensive après l’enlèvement de deux soldats israéliens.

Après différents conflits, Israël et le Liban demeurent techniquement en état de guerre mais la frontière est restée relativement calme ces dernières années.

Israël construit actuellement un mur le long de la frontière pour stopper d’éventuelles tentatives d’infiltration du Hezbollah.

– Elections « irresponsables » –

L’animosité persistante s’est surtout manifestée en Syrie, où le Hezbollah, comme l’Iran, s’est allié au régime de Bachar al-Assad. Israël a frappé à de multiples reprises des convois d’armes destinés au Hezbollah ainsi que des intérêts iraniens.

L’une des opérations israéliennes en Syrie a mal tourné le 17 septembre quand les batteries antiaériennes syriennes ont abattu par erreur un avion russe, provoquant la mort des 15 soldats russes à bord. Cet événement a sévèrement remis en cause la liberté d’action revendiquée par Israël en Syrie.

Depuis, le Premier ministre israélien a davantage mis l’accent sur les agissements iraniens au Liban en soutien du Hezbollah.

Le 27 septembre, devant l’Assemblée générale de l’ONU, il avait accusé l’Iran de chercher à équiper le Hezbollah de missiles de précision pouvant frapper Israël en profondeur. Il avait fait état de trois sites proches de l’aéroport de Beyrouth où de telles activités seraient menées.

En novembre, M. Netanyahu avait justifié son refus de lancer au sud une opération d’ampleur contre le mouvement islamiste palestinien Hamas à Gaza en laissant entendre que d’autres mystérieux impératifs guidaient sa décision.

Le cessez-le-feu conclu avec le Hamas avait conduit à la démission du ministre de la Défense Avigdor Lieberman, menaçant d’entraîner avec lui la coalition gouvernementale. M. Netanyahu a alors repris le portefeuille de la Défense et s’est employé à empêcher des législatives anticipées qui auraient été « irresponsables » dans une période sécuritaire sensible.

M. Netanyahu est dans une situation délicate au plan national, la police ayant recommandé dimanche son inculpation dans une troisième affaire de corruption présumée.

Le puissant mouvement chiite libanais du Hezbollah, accusé mardi par Israël d’avoir creusé des tunnels souterrains en territoire israélien, a vu son influence politique et militaire croître considérablement sur le plan local et régional depuis sa création, il y a trois décennies.

Mardi, Israël a annoncé avoir lancé une opération « Bouclier du nord » visant à détruire les tunnels présumés creusés par le mouvement pro-iranien, dernier épisode en date de leur confrontation.

– « Résistance » à Israël –

Le « Parti de Dieu » a été créé en 1982 à l’initiative des Gardiens de la Révolution d’Iran, dans la foulée de l’invasion israélienne du Liban.

Il s’implante dans le sud du pays, où il lance une insurrection contre l’armée israélienne, contraignant l’Etat hébreu à évacuer la zone en 2000 après 22 ans d’occupation.

Au sortir de la guerre du Liban (1975-1990), il devient la seule faction libanaise à maintenir ses armes, prétextant de son rôle de « résistance » armée face à Israël. Il continue de refuser de céder son arsenal militaire depuis le retrait israélien il y a 18 ans.

En 2006, après l’enlèvement de deux soldats israéliens à la frontière entre les deux pays, Israël lance une vaste offensive dévastatrice. Cette guerre de 33 jours cause la mort de 1.200 Libanais -notamment des civils- et 160 Israéliens, majoritairement des militaires.

Une force onusienne de maintien de la paix (Finul) est stationnée depuis 1978 à la frontière avec Israël, qu’elle surveille depuis 2006 en coordination avec l’armée libanaise. Le Hezbollah réitère toutefois régulièrement sa disposition à affronter Israël en cas de nouvelle « agression ».

– Expansion régionale –

Le Hezbollah est devenu au fil du temps un acteur incontournable au Moyen-Orient, suscitant la colère de l’Arabie saoudite sunnite, engagée dans une course au leadership régional avec l’Iran.

En 2013, deux ans après le déclenchement du conflit syrien, le mouvement reconnaît officiellement son implication militaire au côté du régime de Bachar al-Assad. Entre 5.000 et 8.000 membres du Hezbollah sont présents en Syrie, selon des experts.

Malgré la fin des combats dans plusieurs régions syriennes, son chef, Hassan Nasrallah, a récemment affirmé que ses combattants resteraient en Syrie jusqu’à nouvel ordre.

Au Yémen, il est accusé de soutenir les rebelles Houthis, cible d’une offensive d’une coalition emmenée par Ryad.

La milice nie son implication dans ce conflit mais reconnait en revanche avoir formé les puissantes milices chiites du Hachd al-Chaabi en Irak, où des responsables militaires du Hezbollah sont déployés sur le terrain.

En septembre, le Hezbollah a affirmé avoir acquis avec succès des missiles de précision, attisant les craintes israéliennes d’un transfert de l’influence militaire iranienne de la Syrie au Liban.

– Poids lourd au Liban –

Au Liban, où ses armes continuent de diviser la classe politique, le Hezbollah s’est rapidement imposé comme une des forces politiques incontournables, siégeant pour la première fois en 2005 au gouvernement.

Sa popularité et son influence croissante au sein de la communauté chiite (30% de la population) est soutenue par un vaste réseau d’écoles, d’hôpitaux et d’associations servant ses partisans.

En 2016, c’est un allié du Hezbollah qui accède à la présidence, le général chrétien Michel Aoun. Pour des experts, aucune décision politique majeure ne peut être prise au Liban sans l’accord du mouvement chiite.

En mai 2018, le parti et ses alliés sont sortis politiquement renforcés des premières législatives organisées au Liban depuis près d’une décennie.

Alors que le pays est toujours sans gouvernement depuis plus de six mois, le blocage est imputé par certains observateurs à la volonté du Hezbollah de faire plier le Premier ministre désigné, Saad Hariri, soutenu par Ryad.

– Organisation « terroriste » –

Les Etats-Unis ont placé en 1997 le Hezbollah sur leur liste d’organisation « terroriste » et lui impose, ainsi qu’à ses cadres, des sanctions économiques et bancaires.

Depuis 2013, l’Union européenne considère aussi la branche armée du mouvement comme une organisation « terroriste ».

En 2017, plusieurs pays arabes, notamment ceux du Golfe, ont qualifié le parti de « terroriste ».

L’administration de Donad Trump a renforcé ses sanctions à l’encontre de la formation chiite, ciblant le mois dernier le fils de Hassan Nasrallah, Jawad, parmi d’autres partisans et proches visés par ces nouvelles mesures punitives.

Le parti est accusé d’implication dans l’assassinat de l’ancien Premier ministre libanais, Rafic Hariri, plusieurs membres du parti faisant l’objet d’un mandat d’arrêt du Tribunal spécial pour le Liban (TSL).

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