L’Allemagne soutient le Canada et ses ressortissants emprisonnés en Chine

Les deux Canadiens détenus en Chine, apparemment en représailles pour l'arrestation par les autorités canadiennes de la dirigeante du géant chinois des télécoms, Huawei: à gauche Michael Kovrig, à droite Michael Spavor. (Montage 45eNord.ca)
Temps de lecture estimé : 4 minutes
Les deux Canadiens détenus en Chine, apparemment en représailles pour l’arrestation par les autorités canadiennes de la dirigeante du géant chinois des télécoms, Huawei: à gauche Michael Kovrig, à droite Michael Spavor. (Montage 45eNord.ca)

L’Allemagne a exprimé dimanche son inquiétude concernant la détention en Chine de ressortissants canadiens, un jour après que le Canada a appelé ses alliés à le soutenir face à Pékin devant ce « précédent inquiétant » pour l’ensemble de la communauté internationale.

Le ministère allemand des Affaires étrangères a déclaré qu’il suivait de près les affaires de l’ancien diplomate Michael Kovrig et du consultant Michael Spavor, deux Canadiens vivant en Chine arrêtés le 10 décembre pour « menaces à la sécurité nationale », en pleine crise diplomatique liée à l’affaire Huawei.

« Nous sommes extrêmement inquiets que des motifs politiques aient pu jouer un rôle dans la détention de deux ressortissants canadiens en Chine », a déclaré un porte-parole du ministère allemand, réclamant que « ces cas soient traités selon des normes équitables et l’État de droit ».

La ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, avait affirmé samedi que ces détentions étaient un « précédent inquiétant, non seulement pour le Canada, mais pour le monde entier » et avait exigé la libération « immédiate » des deux hommes « détenus arbitrairement ».

Elle avait remercié les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Union européenne pour leurs déclarations de soutien, soulignant qu’Ottawa allait continuer à travailler avec ses alliés et partenaires pour former « un front uni », afin d’obtenir la libération de ses ressortissants.

Bien que le lien n’ait pas été officiellement établi, ces arrestations semblent être liées à celle de Meng Wanzhou, la directrice financière du géant des télécoms chinois Huawei, aussi survenue le 10 décembre au Canada.

Ottawa n’a cessé de réaffirmer que cette arrestation avait été décidée en toute indépendance par la justice canadienne, sans pression politique, en vertu d’un traité d’extradition qui la lie aux États-Unis.

La directrice financière de Huawei a été relâchée sous caution mardi dans l’attente de son audience d’extradition vers les États-Unis, qui la soupçonnent de complicité de fraude pour contourner les sanctions américaines contre l’Iran.

Le ministère allemand des Affaires étrangères a déclaré être « convaincu » que le Canada gère l’affaire de façon « juste, impartiale et transparente », ajoutant que le pays ne faisait que « respecter ses obligations internationales ».

« Les interrogatoires et la libération sous caution font partie du processus normal dans un État de droit », a indiqué Berlin.

Canadiens détenus en Chine: Pékin doit prouver que ce n’est pas arbitraire 

Le Premier ministre canadien Justin Trudeau a exprimé pour sa part sa volonté de prendre la Chine au mot en lui demandant de prouver que la détention de ressortissants canadiens en Chine n’était pas arbitraire.

Cet entretien à Global TV diffusé dimanche avait été enregistré mercredi, soit deux jours avant que les autorités canadiennes ne haussent le ton en réclamant la « libération immédiate » de deux Canadiens, détenus « arbitrairement » selon elles.

Soulignant que le Canada respecte les règles de droit sans interférence politique et que la Chine affirme faire de même, M. Trudeau a déclaré: « Nous allons les prendre au mot ».

« Nous allons leur dire: OK vous avez arrêté ces personnes. Vous dites que c’est indépendant de toute autre affaire. Très bien. Faites-nous connaitre les preuves. Expliquez-nous pourquoi vous faites ça. Donnez-nous un accès consulaire complet. Suivons les règles de droit », a-t-il ajouté.

Les autorités chinoises ont arrêté le 10 décembre l’ex-diplomate Michael Kovrig et le consultant Michael Spavor, officiellement pour activités « menaçant la sécurité nationale ».

Mais de nombreux observateurs jugent qu’il s’agit d’une mesure de rétorsion après l’interpellation début décembre à Vancouver de la directrice financière du géant chinois des télécommunications Huawei, Meng Wanzhou, à la demande de la justice américaine.

Washington la soupçonne de complicité de fraude pour contourner les sanctions américaines contre l’Iran. Elle a été libérée sous conditions.

M. Trudeau a également indiqué ne pas avoir communiqué directement avec le président chinois Xi Jinping sur cette affaire, comme le réclame l’opposition conservatrice. Il a expliqué que dans ce type d’affaires consulaires, il fallait procéder par étapes.

Par ailleurs, il a affirmé qu’il n’y aurait pas « d’interférence politique » dans le processus de désignation d’un opérateur pour le déploiement de la 5G au Canada, n’excluant pas que ce puisse être Huawei.

« Nous prendrons notre décision en fonction de ce qui est le mieux pour les Canadiens et en suivant la recommandation des experts concernant la sécurité nationale et le renseignement », a-t-il dit, soulignant qu’Ottawa examinera aussi la position de ses partenaires, dont les Etats-Unis.

Les Etats-Unis font pression sur le Canada pour qu’il ne choisisse pas Huawei, craignant notamment qu’avec la 5G Pékin puisse perturber leurs communications militaires.

Le Canada est le seul du club des « Five Eyes » –regroupant les services de renseignement des Etats-Unis, du Canada, de l’Australie, de la Nouvelle-Zélande et du Royaume-Uni –, qui n’a pas exclu de faire affaire avec Huawei.