Nouvelle opération turque contre les milices kurdes en Syrie « dans les prochains jours »

Photo prise à Kobané (nord de la Syrie) le 6 novembre 2018 de combattants des Forces démocratiques syriennes (FDS) assistant aux obsèques d'un des leurs, tué dans une offensive de jihadistes contre une de leurs positions près de Deir Ezzor (est). (AFP/Archives/ Delil SOULEIMAN)
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Photo prise à Kobané (nord de la Syrie) le 6 novembre 2018 de combattants des Forces démocratiques syriennes (FDS) assistant aux obsèques d’un des leurs, tué dans une offensive de jihadistes contre une de leurs positions près de Deir Ezzor (est). (AFP/Archives/ Delil SOULEIMAN)

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a annoncé mercredi qu’une opération militaire contre des milices kurdes, considérées comme « terroristes » par Ankara mais soutenues par Washington, serait lancée « dans les prochains jours » en Syrie.


Mise à jour 12/12/2018, 20h24

Le Pentagone a prévenu mercredi la Turquie qu’une nouvelle offensive turque contre les alliés kurdes de la coalition dans le nord de la Syrie serait « inacceptable ».

« Une action militaire unilatérale de toute partie dans le nord-est de la Syrie, plus particulièrement dans une zone où du personnel américain pourrait être présent, est très inquiétante », a indiqué un porte-parole du ministère américain de la Défense, le capitaine Sean Robertson.

« Nous considérerions une telle action comme inacceptable », a-t-il ajouté.

« Nous disons que notre opération pour sauver l’est de l’Euphrate de l’organisation terroriste séparatiste va commencer dans les prochains jours », a déclaré dans un discours le chef de l’Etat turc, se référant à des zones contrôlées par les milices kurdes dans le nord de la Syrie.

M. Erdogan avait déjà déclaré le 30 octobre que la Turquie était prête pour une telle offensive, qui serait la troisième opération menée par l’armée turque dans le nord de la Syrie.

Il fustige régulièrement le soutien apporté par Washington aux Unités de protection du peuple (YPG), épine dorsale des Forces démocratiques syriennes (FDS), une coalition arabo-kurde soutenue par les Etats-Unis dans la lutte contre le groupe Etat islamique (EI).

En effet, Ankara considère les YPG comme une extension en Syrie du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), un groupe qui livre une sanglante guérilla sur le sol turc depuis 1984 et qui est classé « terroriste » par la Turquie, mais aussi les Etats-Unis et l’Union européenne.

« Notre objectif ce ne sont pas les soldats américains, mais les membres de l’organisation terroriste active dans cette région », a souligné le président turc. Des militaires américains sont en effet présents aux côtés des FDS à l’est de l’Euphrate.

Les déclarations de M. Erdogan surviennent au lendemain de l’annonce par Washington de l’installation, en dépit de l’opposition d’Ankara, de postes d’observation censés empêcher toute altercation entre l’armée turque et les YPG.

Un porte-parole du Pentagone a déclaré mardi que les postes d’observations avaient été installés « dans la région frontalière du nord-est de la Syrie, pour répondre aux soucis sécuritaires de la Turquie ».

« Il est évident que l’objectif des radars et des postes d’observations installés par les Etats-Unis n’est pas de protéger notre pays des terroristes, mais de protéger les terroristes de la Turquie », s’est emporté M. Erdogan.

La Turquie redoute que l’émergence d’un « Etat kurde » à sa frontière ne galvanise les velléités séparatistes sur son sol. Deux opérations transfrontalières ont déjà été lancées par Ankara en Syrie, pour repousser à la fois les YPG et l’EI de la frontière turque.

Syrie: une offensive turque affecterait la bataille contre l’EI, réplique la milice kurde

La principale milice kurde de Syrie a réagi mercredi aux menaces d’Ankara de lancer une nouvelle offensive dans le pays en guerre en assurant que toute opération turque affecterait sa propre bataille contre le groupe Etat islamique (EI).

Les Unités de protection du peuple (YPG), principale milice kurde de Syrie et partenaires de Washington dans la lutte contre l’EI dans ce pays, ont aussi rappelé que les Etats-Unis avaient des « engagements » vis-à-vis des Kurdes.

Ankara considère les YPG comme un groupe « terroriste » mais la milice est surtout l’épine dorsale des Forces démocratiques syriennes (FDS). Cette alliance de combattants kurdes et arabes, soutenue par la coalition internationale antijihadistes emmenée par Washington, lutte dans l’est syrien pour chasser l’EI de son ultime bastion.

« Les menaces (turques) coïncident avec l’avancée de nos forces contre les terroristes, marquée par l’entrée dans la ville de Hajine », a indiqué mercredi à l’AFP le porte-parole des YPG, Nouri Mahmoud.

Hajine fait partie des derniers territoires tenus par l’EI dans l’est syrien, non loin de la frontière irakienne.

« Sans aucun doute, toute attaque sur le nord syrien aura un impact direct sur la bataille de Hajine », a mis en garde M. Mahmoud, en estimant qu’en cas d’opération turque, les forces kurdes combattant à Hajine rentreront « pour défendre leur région et leur famille ».

Le porte-parole a rappelé que « les menaces turques ont déjà été responsables de l’arrêt de l’opération » il y a quelques semaines. Fin octobre, les FDS avaient en effet annoncé la suspension temporaire de leur offensive contre l’EI, en réaction à des bombardements turcs contre des positions militaires kurdes dans le nord syrien.

« En cas d’attaque, nous allons utiliser le droit de légitime défense pour nos régions et nous résisterons jusqu’au bout », a martelé M. Mahmoud, rappelant que « les Etats-Unis et les pays de la coalition ont des engagements vis-à-vis du nord syrien ».

Les déclarations de M. Erdogan surviennent au lendemain de l’annonce par Washington de l’installation, en dépit de la ferme opposition d’Ankara, de postes d’observation censés empêcher toute altercation entre l’armée turque et les YPG dans le nord syrien.

« Les postes d’observations à la frontière (…) c’est pour prouver que la sécurité turque n’est pas menacée », a insisté le porte-parole des YPG.

La minorité kurde de Syrie, opprimée durant des décennies par le pouvoir de Damas, a profité du conflit qui ravage le pays depuis 2011 pour instaurer dans ses zones une administration semi-autonome.

La Turquie craint que cette autonomie de facto ne galvanise les velléités séparatistes sur son sol.

« Nous appelons la communauté internationale, les Nations unies en tête, ainsi que la coalition internationale (antijihadistes), à prendre position contre les projets agressifs d’Erdogan », a lancé dans un communiqué le conseil exécutif de l’administration semi-autonome.

« Nous appelons aussi le gouvernement syrien à prendre une position officielle contre ces menaces », a-t-il poursuivi.