Pour Poutine, l’Occident veut « freiner le développement » de la Russie

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Vladimir Poutine lors sa conférence de presse annuelle jeudi 20 décembre 2018 à Moscou. (Service de presse du Kremlin)
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Vladimir Poutine lors sa conférence de presse annuelle jeudi 20 décembre 2018 à Moscou. (Service de presse du Kremlin)

Vladimir Poutine a dénoncé jeudi la volonté des Occidentaux d freiner la « montée en puissance » et le « développement » de la Russie, promettant une nouvelle vague de croissance économique pour son pays lors sa conférence de presse annuelle.

Le président russe s’est livré à cet exercice très attendu – devenu une tradition depuis son arrivée au pouvoir en 2000 – dans un contexte de tensions renouvelées avec l’Occident, notamment autour de l’intention américaine de se retirer d’un traité nucléaire et de l’incident armé avec l’Ukraine au large de la Crimée en novembre.

Interrogé sur les sanctions occidentales contre la Russie, en place depuis 2014 suite à l’annexion de la péninsule ukrainienne de Crimée, Vladimir Poutine a assuré qu’elles étaient liés à « l’augmentation de la puissance de la Russie ».

Faisant ensuite référence aux scandales d’espionnage et aux accusations contre son pays, notamment l’empoisonnement en Grande-Bretagne de l’ex-agent double Sergueï Skripal, Vladimir Poutine y a vu la même logique à l’oeuvre.

« S’il n’y avait pas eu Skripal, ils auraient imaginé autre chose. L’objectif est simple: freiner le développement de la Russie (vu) comme un possible concurrent », a-t-il déclaré.

Mais Vladimir Poutine doit aussi faire face à une montée du mécontentement chez lui, en raison d’une impopulaire réforme des retraites qui a fait chuter son taux de popularité et provoqué des défaites électorales inhabituelles pour son parti.

C’est d’ailleurs sur la question économique qu’il a débuté sa conférence de presse, faisant la liste des principaux indicateurs économiques du pays, assurant que « la Russie a pleinement les moyens de rentrer dans le top cinq » des économies mondiales.

Il a souligné que la Russie – classée 12e économie mondiale par la Banque mondiale – connaissait une croissance de 1,7% sur les 10 derniers mois, prévoyant une hausse de 1,8% sur l’année et disant voir une hausse « mineure » des revenus réels en Russie après « une longue pause ».

Vladimir Poutine a été réélu pour un quatrième mandat avec 77% des voix en mars mais sa popularité est aujourd’hui inférieure à 50%.

La Russie a connu une récession en 2015 et 2016, sur fond de chute des prix du pétrole et de sanctions occidentales liées à la crise ukrainienne. Le pays a depuis retrouvé la croissance mais celle-ci reste modeste.

M. Poutine a semblé rejeter la faute sur son Premier ministre Dmitri Medvedev, à qui il avait confié la tâche de porter la réforme des retraites et qu’il a soutenu du bout des lèvres, se disant « globalement » satisfait de son travail à la tête du gouvernement.

Déguisements et gilets jaunes 

S’exprimant ensuite sur la situation internationale, Vladimir Poutine a ensuite mis en garde contre un « effondrement du système international » de contrôle des armes après l’annonce américaine de son intention de se retirer du traité nucléaire INF.

Le président russe avait dit cette semaine que la Russie développerait de nouveaux missiles si Washington abandonnait en effet cet accord, qui abolit la production de missiles balistiques d’une portée de 500 à 5.000 kilomètres.

Il a en revanche jugé que la décision du président américain Donald Trump de retirer les troupes américaines de Syrie, annoncée mercredi, était « juste ».

« Donald a raison. Je suis d’accord avec lui », a ajouté M. Poutine en faisant référence au fait que, selon le président américain, l’organisation Etat islamique (EI) avait été vaincue.

Il a aussi évoqué la récente escalade des tensions avec l’Ukraine. Fin novembre, les gardes-côtes russes ont capturé trois navires militaires ukrainiens et leurs équipages au large de la Crimée, le premier affrontement armé ouvert entre les deux pays.

Après cette confrontation militaire, le président ukrainien Petro Porochenko a instauré la loi martiale dans plusieurs régions frontalières, tandis que le président américain a annulé sa rencontre avec Vladimir Poutine prévue en marge du sommet du G20 en Argentine.

La Russie a pour sa part dénoncé à plusieurs reprises une « provocation » ukrainienne, ce que Poutine a réaffirmé jeudi, ajoutant qu’elle était « peut-être » parvenue à faire remonter la cote de popularité de M. Porochenko en vue de l’élection présidentielle ukrainienne de mars 2019.

Comme tous les ans, les journalistes venus de tout le pays et des cinq continents rivalisaient d’effets pour tenter d’attirer l’attention du président russe. Cette année, une journaliste s’est habillée en « Fille des neiges » tandis que deux autres avaient enfilé des gilets jaunes et portaient une pancarte « Paris nous attend ».

Les organisateurs ont toutefois demandé aux journalistes de ne pas brandir des pancartes aux messages humoristiques, absurdes ou provocateurs, comme ils en avaient l’habitude pour attirer l’attention.

Plus de 1.700 journalistes ont été accrédités pour cette « Grande conférence de presse » traditionnelle, la quatorzième du président russe depuis son arrivée au pouvoir en 2000.