Pourparlers de paix yéménites: les belligérants se rendent en Suède

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Un membre de la délégation rebelle yéménite se prépare à se rendre en Suède, le 4 décembre 2018 à Sanaa. (AFP/Mohammed HUWAIS)

Une délégation gouvernementale yéménite est attendue mercredi en Suède où elle doit participer, sous l’égide de l’ONU, à des pourparlers cruciaux visant à mettre fin au conflit meurtrier qui oppose le pouvoir, soutenu par l’Arabie saoudite, à des rebelles appuyés par l’Iran.

Alors que la délégation rebelle est déjà arrivée en Suède, l’ONU n’a pas officiellement annoncé la date du début des négociations, les premières de ce genre depuis 2016. La guerre dure depuis 2014 au Yémen, où la famine menace une partie de la population.

La délégation gouvernementale a attendu que les représentants rebelles arrivent mardi soir à Stockholm pour décoller mercredi matin de Ryad, ont indiqué des sources proches du pouvoir. Elles ont rappelé qu’en septembre une délégation gouvernementale s’était rendue à Genève pour des consultations, mais que les Houthis n’étaient pas venus.

La délégation gouvernementale yéménite, forte de 12 membres, est cette fois conduite par le ministre des Affaires étrangères Khaled al-Yemani, a précisé une source proche de cette délégation.

Elle est « porteuse des espoirs du peuple yéménite », a dit Abdallah Alimi, chef du cabinet du président Abd Rabbo Mansour Hadi qui s’est réfugié en Arabie saoudite après la conquête en 2014 de la capitale yéménite Sanaa par les rebelles Houthis.

La délégation gouvernementale déploiera tous les efforts « pour la réussite des consultations [en Suède]que nous considérons comme une occasion réelle pour rétablir la paix », a souligné M. Alimi dans un tweet.

« Premier pas vital »

Mercredi, des représentants des rebelles ont été aperçus déambulant aux abords du centre de conférence du château de Johannesbergs, un vaste domaine situé à une soixantaine de kilomètres de Stockholm, bouclé par des cordons policiers.

La délégation rebelle était arrivée mardi soir à bord d’un avion spécial koweïtien transportant également le médiateur des Nations unies, le Britannique Martin Griffiths.

« Nous n’avons aucune illusion et savons que ce processus [de paix]ne sera pas facile, mais nous saluons ce premier pas vital et nécessaire », a commenté mardi le département d’État américain.

Les Houthis « n’épargneront aucun effort pour faire réussir les pourparlers », a quant à lui assuré Mohammed Abdelsalam, qui dirige la délégation des rebelles.

L’une des initiatives ayant favorisé ces prochaines discussions est la signature par le gouvernement du président Hadi, en exil à Aden (sud du Yémen), et les rebelles d’un accord en vue d’échanger des centaines de prisonniers.

Hadi Haig, chargé de la question des détenus au gouvernement, a déclaré à l’AFP que cet accord concernerait entre 1.500 et 2.000 partisans du gouvernement et entre 1.000 et 1.500 rebelles. Il sera mis en oeuvre après les négociations en Suède.

Un représentant des rebelles, Abdel Kader al-Mourtadha, a souhaité qu’il soit « appliqué sans problème ».

Chance « décisive »

L’un des principaux objectifs est de trouver une solution politique pour faire cesser le bain de sang et éviter que la grave crise humanitaire n’empire au Yémen.

Le Conseil norvégien pour les réfugiés (NRC) a appelé mercredi les deux parties à mettre un terme aux combats.

« Les belligérants doivent s’entendre sur les moyens de rouvrir tous les ports et de stabiliser l’économie nationale qui s’effondre, tout en facilitant l’accès total et sans entrave à l’aide humanitaire », a déclaré le NRC.

Selon la Banque mondiale, le conflit a entraîné un effondrement dramatique de l’économie, avec une contraction massive du PIB de 50% depuis 2015.

Partis en 2014 de leur bastion du nord du Yémen, les rebelles Houthis ont pris le contrôle de vastes régions, dont la capitale et la ville portuaire de Hodeida (ouest), par laquelle transitent la plupart de l’aide humanitaire à ce pays pauvre de la péninsule arabique.

En mars 2015, l’Arabie saoudite voisine a pris la tête d’une coalition militaire pour aider le pouvoir au Yémen à stopper la progression des rebelles Houthis. Et le conflit a progressivement pris la tournure d’une « guerre par procuration » entre les rivaux régionaux saoudien et iranien.

Le ministre d’État aux Affaires étrangères des Émirats arabes unis, Anwar Gargash, dont le pays est un pilier de la coalition militaire, a estimé que les pourparlers en Suède offraient « une occasion décisive pour s’engager avec succès dans une solution politique ».

« Un État stable, important pour la région, ne peut coexister avec des milices illégales », a-t-il toutefois ajouté, notant l’importance de la résolution 2216 de l’ONU qui souligne la légitimité du pouvoir Hadi et exige le retrait des Houthis des secteurs qu’ils occupent ainsi que la restitution des armes lourdes.

L’évacuation lundi vers le sultanat d’Oman de rebelles blessés au Yémen a ouvert la voie aux discussions de Suède.

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