Poutine défend devant Trump son approche musclée envers l’Ukraine

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Les présidents russe Vladimir Poutine (à gauche) et américain Donald Trump (au premier plan) à Buenos Aires le 30 novembre 2018.(AFP/Juan MABROMATA)
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Les présidents russe Vladimir Poutine (à gauche) et américain Donald Trump (au premier plan) à Buenos Aires le 30 novembre 2018.(AFP/Juan MABROMATA)

Le président russe Vladimir Poutine, qui a affirmé que « la guerre va continuer » dans l’est rebelle de l’Ukraine tant que les autorités ukrainiennes actuelles « resteront au pouvoir », a indiqué avoir expliqué lors du G20 la situation à son homologue américain.

M. Poutine a dit samedi avoir défendu la position de Moscou lors d’un entretien avec Donald Trump en marge d’un dîner vendredi lors du sommet de Buenos Aires.

« Nous nous sommes parlé debout. J’ai répondu à ses questions liées à l’incident en mer Noire », a dit M. Poutine à des journalistes à la fin du sommet. Le président Trump avait annulé sa rencontre officielle prévue avec M. Poutine à Buenos Aires à la suite de cette confrontation russo-ukrainienne.

M. Poutine évoquait les tensions entre Moscou et Kiev qui se sont aggravées depuis l’arraisonnement dimanche par les gardes-frontières russes de trois navires de guerre ukrainiens en mer Noire. L’incident, lors duquel 24 marins ukrainiens ont été arrêtés, a eu lieu au large de la Crimée. La Russie les accuse d’être entrés illégalement dans ses eaux territoriales.

Au cours d’une conférence de presse, le locataire du Kremlin a martelé: « Les autorités actuelles ukrainiennes n’ont pas intérêt à régler le conflit » entre Kiev et séparatistes prorusses dans l’Est ukrainien. « Surtout par des moyens pacifiques ».

Ce conflit a fait plus de 10.000 morts depuis qu’il a éclaté en 2014.

« Tant qu’elles resteront au pouvoir, la guerre va continuer (…). C’est toujours plus facile de justifier ses échecs économiques par la guerre » en rejetant la responsabilité sur un « agresseur extérieur », a-t-il souligné.

Kiev et l’Occident accusent la Russie, qui a annexé en 2014 la péninsule ukrainienne de Crimée, de soutenir militairement les rebelles prorusses de l’est de l’Ukraine, ce que Moscou nie farouchement.

M. Poutine a une nouvelle fois dénoncé samedi « une provocation » de l’Ukraine dont les navires ont selon lui « violé de manière impertinente » la frontière russe.

Pour sa part, l’Ukraine dénonce un « acte d’agression » et a instauré, en réponse, la loi martiale dans plusieurs de ses régions frontalières.

Dans une interview à la chaîne de télévision France 24, le président ukrainien Petro Porochenko a affirmé que Vladimir Poutine refusait de lui parler depuis le début de la crise.

– Apaiser les tensions –

Il a dit avoir demandé à son bureau d’appeler le Kremlin pour transmettre que « nous sommes prêts à des négociations afin de parvenir à une désescalade ». « Malheureusement, jusqu’à présent, Poutine n’a pas répondu à ma demande en vue d’une conversation téléphonique directe. »

Pour M. Poroshenko, l’Ukraine va essayer de résoudre cette situation par des moyens diplomatiques, mais, a-t-il insisté, les forces russes doivent quitter la Crimée, de même que restituer les navires et les marins « capturés illégalement dans les eaux internationales de la mer Noire ».

Kiev était allé jusqu’à demander à l’Otan de déployer des navires en mer d’Azov pour le soutenir dans son bras de fer avec Moscou. Mais les Européens se sont employés à tempérer les ardeurs de l’Ukraine.

Néanmoins, le ministre américain de la Défense Jim Mattis a vivement condamné la Russie. « Nous faisons actuellement face aux violations fourbes par Poutine du traité » sur les armes nucléaires intermédiaires, a-t-il déclaré lors d’un forum sur la Défense, en Californie.

Et de dénoncer « le mépris et le rejet éhontés de l’accord de 2003 qui garantissait aux navires russes et ukrainiens la libre circulation à travers le détroit de Kertch, un accord violé de façon éhontée le week-end dernier ».

La mer Noire et reliée à la mer d’Azov par le détroit de Kertch.

Pour leur part, en marge du sommet G20, le président français Emmanuel Macron et la chancelière allemande Angela Merkel ont demandé à M. Poutine d’œuvrer pour apaiser les tensions.

« La chancelière a de nouveau fait part de sa préoccupation à propos de l’escalade (…) et de son engagement en faveur de la libre circulation maritime en mer d’Azov », a indiqué un porte-parole. Des propos similaires à ceux tenus par le chef de l’État français, qui a dit à son homologue russe « qu’il fallait entrer dans une phase de désescalade ».

Pour convaincre M. Macron du bien-fondé de sa décision d’arraisonner les trois navires ukrainiens, M. Poutine a pris une feuille et lui a dessiné la position des bateaux, avaient raconté vendredi les conseillers du président français.