Poutine dévoile les projets de Moscou en cas de retrait américain du traité nucléaire INF

Des militaires russes équipent un système de missile tactique Iskander à Kubinka, à l'extérieur de Moscou, le 17 juin 2015. La Russie aurait déployé le missile de croisière SSC-8 lancé du sol qu'elle conçoit et teste depuis plusieurs années. (VOA)
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Des militaires russes équipent un système de missile tactique Iskander à Kubinka, à l’extérieur de Moscou, le 17 juin 2015. La Russie aurait déployé le missile de croisière SSC-8 lancé du sol qu’elle conçoit et teste depuis plusieurs années. (VOA)

Le président russe Vladimir Poutine a dévoilé mardi les projets de Moscou si les Etats-Unis se retirent comme il l’ont annoncé du traité nucléaire INF, assurant que la Russie développera des missiles stratégiques jusqu’alors interdits par cet accord signé en 1987.

Depuis que Donald Trump a annoncé son intention de sortir de ce traité signé par le dernier dirigeant soviétique Mikhaïl Gorbatchev et le président américain de l’époque, Ronald Reagan, la Russie ne décolère pas et met en garde contre un retour de la « course aux armements ».

Début décembre, Washington a réitéré ses intentions, le secrétaire d’Etat Mike Pompeo ayant donné à Moscou 60 jours pour s’y conformer.

Si Vladimir Poutine avait déjà menacé de développer de nouveaux missiles balistiques de portée intermédiaire en cas de retrait américain, il a pour la première fois détaillé ses intentions lors d’un discours devant les plus haut-gradés de l’armée russe au ministère de la Défense.

L’accord signé en 1987, qui interdit le développement d’armes nucléaires de portée intermédiaire, bannissait les missiles balistiques terrestres mais pas ceux lancés depuis la mer ou les airs.

Les missiles Kalibr, développés pour les frégates de la Marine russe, et les missiles air-sol Kh-101 seront donc adaptés pour être lancés depuis le sol, a d’emblée prévenu Vladimir Poutine.

« Ce ne sera probablement pas très difficile de mener la recherche et développement appropriée et de les installer sur terre si nécessaire », a-t-il déclaré avant de vanter une nouvelle fois les mérites du missile hypersonique « Kinjal » (« Poignard »), qu’il avait qualifié d’invincible en mars.

« Personne d’autre ne l’a », a répété le président russe, qui s’exprimait aux côtés de son ministre de la Défense, Sergueï Choïgou.

Vladimir Poutine a également suggéré d’accueillir de nouveaux pays dans le traité INF, signé et appliqué seulement par les Etats-Unis et la Russie. Si elle n’a pas été nommée, cette invitation s’adressait notamment à la Chine qui a développé des missiles interdits par le traité INF.

« Il y a effectivement des difficultés avec ce traité. D’autres pays qui possèdent des missiles de portée intermédiaire n’en sont pas membres », a déclaré le président russe: « Mais qu’est-ce qui nous empêche de lancer les négociations sur leur adhésion au traité existant ou de commencer les discussions sur un nouveau traité? »

Le traité INF, en abolissant l’usage de toute une série de missiles d’une portée variant de 500 à 5.500 km, avait mis un terme à la crise déclenchée dans les années 1980 par le déploiement des SS-20 soviétiques à têtes nucléaires ciblant les capitales occidentales.

« Quels que soient les griefs envers le traité, il remplit un rôle stabilisateur dans les conditions actuelles, il travaille à apporter un certain niveau de prédictibilité et de retenue dans la sphère militaire », a martelé le président russe.

Pour l’expert militaire russe Vassili Kachine, transformer les missiles Kalibr ou Kh-101 en missiles terrestres sera effectivement facile. « Ce n’est pas une menace: c’est ce qui sera inévitable s’il n’y a plus de traité », a-t-il déclaré à l’AFP

Selon lui, les missiles balistiques terrestres sont moins coûteux et seraient donc plus facile à développer pour la Russie. Mais, ajoute-t-il, la Russie souhaitait rester dans le traité INF pour se protéger d’une éventuelle attaque américaine.

Alexandre Golts, un autre expert militaire russe, estime en revanche « complètement irréaliste » l’idée que la Chine puisse rejoindre le traité. Les missiles balistiques terrestres d’une portée de 500 à 5.000 km représentent « 90% des capacités nucléaires de la Chine », a-t-il assuré.

Washington et l’Otan se plaignent du déploiement par Moscou du système de missiles 9M729 (SSC8 dans la nomenclature Otan), dont la portée dépasse, selon les Etats-Unis, les 500 km.

Selon le secrétaire général de l’Otan Jens Stoltenberg, ces missiles peuvent frapper les villes d’Europe en quelques minutes après avoir été tirés de l’intérieur du territoire russe et peuvent porter des charges nucléaires.

Moscou rejette ces accusations « sans fondement » et a accusé en retour Washington de lui aussi violer ce traité.