Le secrétaire à la Défense américain quitte ses fonctions

Le secrétaire américain à la Défense, James Mattis, et le président du Joint Chiefs of Staff, le général de marine Joseph F. Dunford, Jr., informe les journalistes sur les frappes aériennes américaines sur la Syrie lors d'une conférence de presse conjointe au Pentagone à Washington, le 13 avril 2018. (Sergent de l'armée américaine Amber I. Smith/DoD)
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Le secrétaire américain à la Défense, James Mattis, et le président du Joint Chiefs of Staff, le général de marine Joseph F. Dunford, Jr., informe les journalistes sur les frappes aériennes américaines sur la Syrie lors d’une conférence de presse conjointe au Pentagone à Washington, le 13 avril 2018. (Sergent de l’armée américaine Amber I. Smith/DoD)

Le secrétaire à la Défense Jim Mattis va quitter ses fonctions «à la fin de février», a écrit jeudi Donald Trump sur Twitter, au lendemain de l’annonce du retrait américain en Syrie.

«Un nouveau secrétaire à la Défense sera nommé prochainement», a ajouté le président américain.

Le secrétaire américain à la Défense Jim Mattis a présenté jeudi sa démission, reconnaissant des divergences avec Donald Trump, dans une lettre au président américain rendue publique par le Pentagone.

«Parce que vous avez le droit d’avoir un secrétaire à la Défense dont les vues sont mieux alignées sur les vôtres […] je pense que me retirer est la bonne chose à faire», écrit l’ancien général des Marines dans cette lettre datée de jeudi, au lendemain de l’annonce du retrait militaire américain de Syrie, auquel il était farouchement opposé.

Dans cette missive d’une page et demi, M. Mattis énumère ses convictions, impliquant qu’elles diffèrent totalement de celles du président, sans toutefois mentionner explicitement le retrait de Syrie.

«La force de notre nation est inextricablement liée à la force de notre système unique et complet d’alliances et de partenariat», écrit le chef du Pentagone.

«Comme vous, j’ai dit depuis le début que les forces armées des États-Unis n’avaient pas pour vocation à être le gendarme du monde», poursuit-il, en référence à la justification par M. Trump de retirer au plus vite les 2000 soldats déployés en Syrie.

Mais «il faut traiter les alliés avec respect», ajoute-t-il, et «nous devons faire tout notre possible pour favoriser un ordre international propice à notre sécurité, notre prospérité et nos valeurs, et nous sommes renforcés dans cet effort par la solidarité de nos alliances».

«De même je suis convaincu qu’il nous faut être résolus et sans ambiguïté dans notre approche envers les pays dont les intérêts stratégiques sont de plus en plus opposés aux nôtres», ajoute le secrétaire à la Défense, citant la Russie et la Chine.

M. Mattis précise qu’il quittera ses fonctions le 28 février «une date qui devrait donner suffisamment de temps pour nommer et confirmer un successeur» et lui permettre de participer à une dernière réunion ministérielle de l’OTAN, prévue en février à Bruxelles.

«Je m’engage à faire tous les efforts pour assurer une transition en douceur», conclut-il dans ce message qui montre sans ambiguïté que ce départ se fait à des conditions qu’il a lui-même fixées.

Quelques minutes auparavant, Donald Trump avait indiqué, sur Twitter, que Jim Mattis quitterait ses fonctions fin février.

Dernier rescapé de ceux que Donald Trump appelait « mes généraux », le ministre américain de la défense Jim Mattis s’est retrouvé dans une position plus inconfortable que jamais au lendemain de l’annonce d’un retrait militaire de Syrie auquel il s’est opposé de toutes ses forces depuis près de deux ans

L’ancien général des Marines, sorti de sa retraite en janvier 2017 pour prendre les rênes du Pentagone, a toujours défendu l’opération militaire américaine en Syrie pour infliger au groupe Etat islamique (EI) une défaite « durable, pas seulement territoriale ».

En avril dernier, lorsque le président américain avait annoncé sa volonté de quitter ce pays en guerre depuis plus de sept ans, M. Mattis, avec le soutien d’autres conseillers de la Maison Blanche, l’avait convaincu de rester encore un peu, tant qu’il y aurait des jihadistes en Syrie.

En juin, il avait estimé devant les alliés de l’Otan que quitter la Syrie de façon précipitée serait une « bourde stratégique », qui risquerait de « laisser un vide » qui pourrait « être exploité par le régime Assad ou ses soutiens ».

Fin octobre au Bahreïn, il réaffirmait solennellement « l’engagement ancien, permanent et transparent des Etats-Unis envers le Proche-Orient » face à la Russie. Moscou, qui assoit son influence en Syrie grâce à ses victoires militaires au bénéfice du régime de Bachar al-Assad, « ne peut pas remplacer les Etats-Unis » dans la région, ajoutait-il.

Depuis l’annonce de M. Trump, son silence est assourdissant. Il ne s’est pas exprimé, n’a pas été vu à la Maison Blanche et le président américain a enregistré mercredi soir un message vidéo sur le retrait militaire de Syrie – seul.

Les premières informations de presse sur ce retrait ont été accueillies avec une stupéfaction palpable dans les couloirs du Pentagone, qui reflète l’ampleur de la tâche qui attend le ministre de la Défense pour accomplir une mission dont les contours apparaissent encore flous.

Incertitudes 

Quel calendrier pour retirer quelque 2.000 soldats américains et leur équipement? Les médias américains évoquent un processus de 30 à 100 jours, mais aucun responsable militaire ne s’est encore hasardé à donner de date.

Que faire des véhicules et des armements distribués aux Forces démocratiques syriennes (FDS), la milice arabo-kurde alliée des Occidentaux dans le nord-est de la Syrie? Seront-ils laissés aux combattants kurdes ou seront-ils détruits pour ne pas tomber entre les mains des jihadistes ou du régime du président syrien Bachar al-Assad et de ses alliés russes et iraniens?

Le chef d’état major américain, le général Joe Dunford, soulignait encore début décembre que seuls 20% des combattants des FDS avaient été formés par les militaires américains pour assurer la sécurité des zones qu’ils contrôlent.

Les Etats-unis vont-ils poursuivre leurs frappes aériennes contre l’EI en Syrie?

Le Pentagone reste vague sur ce sujet. « Tant qu’il y a des soldats sur le terrain, les Etats-Unis vont continuer leurs frappes aériennes de soutien à nos forces », a indiqué jeudi une porte-parole, le capitaine Rebecca Rebarich. « Nous n’émettrons aucune hypothèse sur les futures opérations », a-t-elle ajouté.

Que vont devenir les combattants étrangers faits prisonniers pendant l’offensive internationale contre l’EI et détenus dans les prisons des Forces démocratiques syriennes?

Début décembre encore, M. Mattis participait à Ottawa à une réunion de la coalition anti-jihadiste où il a tenté, sans succès, de convaincre les Occidentaux de récupérer leurs ressortissants jihadistes.

Quelle réponse apporter aux alliés occidentaux qui se sont impliqués aux côtés des Etats-Unis sur le sol syrien, comme la France et la Grande-Bretagne?

M. Mattis, qui répétait dans tous ses discours qu’il n’a jamais combattu sans des alliés à ses côtés et qui a fait du renforcement des alliances internationales le troisième volet de sa stratégie de défense, s’est retrouvé fragilisé sur la scène internationale.