Vente de blindés à l’Arabie saoudite: Ottawa veut maintenant rompre le contrat

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Un CMI Defence Cockerill CT-CV 105HP monté sur un VBL fait feu. (Archives/CMI Defence)

Le Canada cherche les moyens de ne pas honorer un important contrat de vente d’armes à l’Arabie saoudite, a annoncé dimanche le premier ministre Justin Trudeau, critiqué par l’opposition et les défenseurs des droits de l’Homme.

Mise à jour, 17/12/2018, 20h40

La société General Dynamics Land Systems-Canada, qui a le contrat de vente de véhicules blindés avec l’Arabie saoudite, a pour sa par averti le gouvernement libéral par voie de communiqué lundi que l’annulation de l’entente coûterait des milliards de dollars en pénalités.

La société ontarienne a déclaré également que l’annulation du contrat aurait «des conséquences négatives importantes sur nos employés hautement qualifiés, notre chaîne d’approvisionnement au Canada et le secteur de la défense au Canada» et affirme maintenir la mise en oeuvre de son «contrat valide et contraignant».

M. Trudeau avait jusqu’à présent estimé qu’il était «extrêmement difficile» d’annuler ce contrat de 15 milliards de dollars canadiens, signé par le précédent gouvernement conservateur, «sans devoir payer des pénalités exorbitantes».

«Nous avons hérité d’un contrat de 15 milliards de dollars signé par Stephen Harper pour l’exportation de véhicules blindés légers en Arabie saoudite», a rappelé le dirigeant libéral lors d’une entrevue à CTV. «Nous étudions les permis d’exportation pour voir s’il est possible de ne plus exporter ces véhicules vers l’Arabie saoudite», a-t-il ajouté sans autre explication.

Les pénalités financières dépasseraient le milliard de dollars, avait-il indiqué fin octobre.

Cette commande, conclue en 2014, portait à l’origine sur 928 véhicules blindés légers, mais a été réduite à 742 en début d’année. Il s’agit de la plus importante vente d’armes canadiennes de l’histoire, qui doit être assurée par General Dynamics Land Systems.

Ottawa avait exprimé dès 2017 des inquiétudes quant à l’éventuelle utilisation de ces blindés légers dans des opérations de répression dans l’est de l’Arabie saoudite et au Yémen.

La chancelière allemande Angela Merkel a indiqué en octobre que son pays n’autoriserait pas d’exportations d’armes vers l’Arabie saoudite, compte tenu de l’incertitude autour des circonstances de l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi.

«L’assassinat d’un journaliste est absolument inacceptable et c’est la raison pour laquelle le Canada exige depuis le début des réponses à ce sujet», a ajouté M. Trudeau dimanche.

Les relations entre le Canada et le royaume saoudien ont connu une crise ces derniers mois. Riyad avait annoncé en août l’expulsion de l’ambassadeur du Canada, rappelé le sien et gelé tout nouveau commerce ou investissement avec le Canada, après la dénonciation par Ottawa de l’arrestation de militants saoudiens des droits de l’Homme.

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