Washington veut qu’Ankara achète son système antimissiles plutôt que le russe

0
Une batterie de missiles Patriot prêts à être envoyés (Photo: Archives/ US Arm

Les Etats-Unis ont approuvé mercredi la vente de leur système de missiles antimissiles Patriot à la Turquie, un geste visant à dissuader Ankara d’acheter le système concurrent russe au moment où Américains et Turcs tentent de surmonter leurs nombreux différends.

Dans un communiqué, le département d’Etat américain a annoncé avoir donné son feu vert à cette vente pour un montant de 3,5 milliards de dollars.

Cette décision, qui peut encore faire l’objet d’une opposition du Congrès américain, se veut une « alternative » au système antimissiles russe S-400, qu’Ankara souhaite acheter malgré les mises en garde américaines, a expliqué à l’AFP un porte-parole de la diplomatie américaine.

« Nous avons clairement prévenu la Turquie que l’achat potentiel du système S-400 pourrait remettre en cause » la vente à Ankara d’avions de chasse F-35 américains et l’exposerait à des sanctions de la part des Etats-Unis, a-t-il ajouté.

« Les Etats-Unis ont longtemps expliqué qu’ils voulaient travailler sur la défense antiaérienne et antimissiles avec le Turquie, et lui ont proposé ces dernières années de prendre en considération le système Patriot, qui est compatible avec l’Otan. Si la Turquie devait décider d’accepter cette proposition de vente, ce serait le meilleur choix pour les besoins de sa défense », a insisté ce porte-parole.

La balle est donc désormais dans le camp turc.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan estimait il y a encore quelques semaines que son pays avait « besoin » du système antiaérien russe S-400. Un accord d’achat en ce sens avait été conclu, mais les Américains ont redoublé de pressions pour s’opposer à cette transaction.

Les relations américano-turques, au plus bas cet été, se sont nettement détendues depuis que le pasteur américain Andrew Brunson a été libéré en octobre par la justice turque après un an et demi de détention.

Les responsables turcs assurent que les autorités américaines examinent désormais attentivement leur demande d’extradition du prédicateur turc Fetullah Gülen, qu’ils accusent d’avoir orchestré le coup d’Etat manqué de 2016 contre le président Erdogan.

La Syrie reste un point de crispation entre les deux pays alliés au sein de l’Otan.

Recep Tayyip Erdogan a ainsi affirmé lundi sa détermination à se « débarrasser » des milices kurdes dans le nord de la Syrie si leur parrain américain ne les contraignait pas à s’en retirer.

Ces combattants, alliés de Washington dans la lutte contre les jihadistes du groupe Etat islamique, sont considérés comme des « terroristes » par Ankara, qui redoute de voir s’instaurer un embryon d’Etat kurde à ses portes, au risque de renforcer les velléités séparatistes de la minorité kurde en Turquie.

Or, Washington a annoncé mercredi le début du retrait des soldats américains déployés dans cette région, sans que l’on sache dans l’immédiat quelles seraient les conséquences pour ses alliés kurdes. La menace d’une offensive turque n’a en tout cas pas dissuadé Donald Trump dans sa décision de quitter la Syrie.

« Retirer nos forces de Syrie met en danger nos alliés, les Kurdes », a prévenu le sénateur républicain Lindsey Graham.

Selon Charles Lister, du Middle East Institute, « Trump a peut-être bien donné son feu vert au président turc Erdogan lorsqu’ils se sont parlé au téléphone vendredi ».

Lors de cet appel, les deux dirigeants se sont mis d’accord pour une « coopération plus efficace » en Syrie.

Les commentaires sont fermés.