Yémen: un cessez-le feu effectif attendu mardi à Hodeida

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Des blindés des forces progouvernementales yéménites dans une zone industrielle détruite par les combats le 19 novembre 2018 dans la ville portuaire de Hodeida cruciale pour l’arrivée de l’aide humanitaire, le 19 novembre 2018. (AFP/STRINGER)

Un cessez-le-feu dans la province yéménite de Hodeida sera appliqué à compter de mardi minuit (lundi 21H00 GMT), selon les Nations unies, qui ont évoqué des « raisons opérationnelles » alors que cette trêve devait initialement entrer en vigueur la semaine passée.

Jeudi dernier, des délégations du gouvernement et des rebelles Houthis ont conclu un accord en Suède prévoyant une cessation immédiate des hostilités. De violents combats et des raids aériens se sont toutefois poursuivis ce week-end dans la région de Hodeida (ouest), principal front du conflit yéménite ces derniers mois.

Selon des habitants de Hodeida joints par téléphone, des combats sporadiques ont encore lieu lundi, à l’est et au sud de la ville portuaire par où transitent l’essentiel de l’aide et des importations alimentaires du pays.

Un responsable des forces progouvernementales a confirmé des échanges de tirs et indiqué que d’autres combats s’étaient déroulées dans la nuit, endommageant une usine dans l’est de Hodeida.

La fin des combats interviendra d’ici quelques heures, a toutefois assuré à l’AFP un responsable de l’ONU.

« Raisons opérationnelles » 

« Oui c’est vrai », a-t-il dit, sous le couvert de l’anonymat, à propos d’informations selon lesquelles la trêve devait finalement être appliquée à compter de mardi 00H00 locales.

Ce même responsable a justifié ce timing par des « raisons opérationnelles », sans autre précision.

Dimanche soir, le ministre yéménite des Affaires étrangères, Khaled al-Yemani, avait affirmé dans une déclaration à la chaîne de télévision officielle du Yémen que le cessez-le-feu entrerait en vigueur mardi à minuit. Les rebelles Houthis, qui tiennent la ville de Hodeida, n’ont pour l’heure pas réagi.

Selon les termes de l’accord annoncé jeudi dernier par l’ONU, ce cessez-le-feu devait initialement entrer « immédiatement » en vigueur à Hodeida, principal point de fixation du conflit. Un retrait des combattants était aussi programmé pour les « prochains jours ».

Face à la poursuite d’affrontements, dans lequel au moins 29 combattants sont morts selon des sources progouvernementales, l’émissaire de l’ONU au Yémen, Martin Griffiths, a exhorté dimanche les belligérants à respecter l’accord de trêve.

Il a souligné, dans un tweet, « attendre des deux parties qu’elles respectent leurs obligations conformément au texte et à l’esprit de l’accord de Suède et qu’elles s’engagent à en appliquer immédiatement les dispositions ».

Résolutions hostiles 

« Les Nations unies travaillent en étroite collaboration avec le gouvernement yéménite et Ansarullah (rebelles Houthis) pour veiller à ce que les dispositions de l’accord de Hodeida soient mises en œuvre en temps voulu et correctement », a-t-il ajouté.

Dans un autre tweet, l’organisation humanitaire Médecins sans frontières (MSF) s’est inquiétée de « la poursuite des combats à Hodeida », ajoutant que ses équipes soignaient de nombreux civils blessés.

L’organisation a appelé les belligérants à « respecter les civils et les installations médicales ».

Une grande prudence reste de mise quant à la viabilité du cessez-le-feu: depuis le début du conflit en 2014 –date à laquelle les rebelles Houthis venus du nord ont notamment pris la capitale Sanaa–, sept trêves négociées par l’ONU n’ont pas tenu.

La dernière en date, quasi inespérée, a été négociée au milieu de pressions internationales sur les parties pour qu’elles mettent fin à un conflit qui a provoqué, selon l’ONU, la pire crise humanitaire dans le monde.

La guerre au Yémen a fait au moins 10.000 morts et des millions de personnes sont menacées de famine.

L’Arabie saoudite conduit depuis 2015 une coalition armée qui intervient au côté des forces gouvernementales yéménites. Les rebelles sont eux soutenus par l’Iran, qui réfute toutefois toute implication militaire.

Ryad est particulièrement sous pression internationale depuis l’affaire du journaliste saoudien Jamal Khashoggi –tué début octobre dans le consulat de son pays à Istanbul–, qui a considérablement nui à son image.

Dans la nuit de dimanche à lundi, l’Arabie saoudite a réagi avec colère au vote de résolutions hostiles au Sénat américain, l’une sur le conflit au Yémen, l’autre sur l’assassinat de Khashoggi.

Cette position se fonde « sur des affirmations et allégations sans preuve », et contient « des ingérences flagrantes dans les affaires internes du royaume », a clamé le ministère des Affaires étrangères dans un communiqué.

La première résolution appelle le président Donald Trump, qui continue de soutenir son allié saoudien, à « retirer les forces armées américaines des hostilités au Yémen ou affectant le Yémen, sauf les forces américaines engagées dans des opérations visant Al-Qaïda ou des forces associées ».

Dans la seconde, le Sénat « estime que le prince héritier Mohammed Ben Salmane est responsable du meurtre » du journaliste à Istanbul.

Les autorités saoudiennes affirment pour leur part que le meurtre a été commis sans l’accord de hauts responsables.

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